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aussi intéressante qu'édifiante. Le scalpel à la main, il rouvre et étudie les plaies déjà cicatrisées de son cœur. À côté des tentations de la concupiscence, il range et il flétrit celles de la gourmandise, de la vue, de l’ouïe, de l’odorat ‘. Mais il s'élève avec une véhémence toute par- ticulière contre les tentations de Porgueil, contre cet égoïsme qui nous pousse à vouloir être aimé ou craint, en ne tenant compte que de nous-mêmes *. Il ne condamne pas moins sévèrement la Curiosité, qu’il fait rentrer dans la concupiscence des yeux ‘. Vouloir connaitre, - vouloir connaître surtout les secrets de la nature, n’estce pas d’une présomption sacrilége ? Il devait paraître en effet bien outrecuidant à Augustin, celui qui, ne se doutant même pas de la dégradation de la nature humaine, osait soulever un' voile que Dieu avait abaissé sans doute pour nous cacher ses mystères.
C’est, en effet, l'oubli de cette faiblesse originelle qui, aux yeux d’Augustin, constitue nos plus grandes fautes, et c’est le libre arbitre qui est la cause de nos péchés “. La misère humaine est si grande, que par nos propres forces nous ne.pouvons absolument rien faire. Augustin nou sexhorte done à ne placer notre confiance qu’en Dieu, et avec une humilité et une tendresse amicale qui lui fait le plus grand honneur, il nous propose l’exemple d’Alype*. Mais quoiqu'il se soit efforcé de n’appeler l'attention que sur son ami, chaque page des Confessions respire une confiance sans bornes en Dieu, qui est sa seule consolation. «Toute notre espérance, s’écrie-t-il, n’est que dans ton immense miséricorde °.»
&L, 40, ch. 30-54. 2? L. 10, ch. 36. 8 L. 10, ch. 35. #L,7, ch. ; 5 Le 6, ch. 8. 6 EL. 10, ch. 419.
À l'en croire, en effet, nous ne sommes rien que par la grâce de Dieu, et l’idée qu’il se fait de la manière dont Dieu exerce sa toute-puissance.est en vérité effrayante. «ll y a des hommes, dit-il, qui doivent venir se plier sous la douceur de la grâce de Dieu, et d’autres doivent rester dans la perpétuelle amertume de limpiété ‘> — «Nos bonnes œuvres ne viennent que de la grâce de Dieu ?.» — «C'est Dieu qui a rendu le juste juste, de pécheur qu'il était 5,»
Si misérable que soit homme aux yeux d’Augustin, il n’en fait pas moins de l'esprit humain une description des plus intéressantes.
Toute cette étude psychologique se base sur la mémoire, et c’est à cette faculté qu'Augustin rapporte la plupart des opérations de l’âme. Le rôle qu’il lui assigne correspond, il est vrai, jusqu’à un certain point, à celui qu'on lui reconnaît généralement, quand il dit que «la mémoire représente les images des choses; qu’elle rappelle les idées que nous avons, pour les avoir éprouvées par les sens “.» — «Les images des choses, dit-il ailleurs, saisies au passage par une merveilleuse rapidité, sont déposées dans des cases diverses avec un merveilleux discernement, et ramenées sous les yeux de l’esprit par un miracle du souvenir.»
A côté de la mémoire qui reproduit les images des ob- Jets, Augustin en reconnait une autre qui se manifeste dans les sciences, et qui agit sans l'intervention des sens”. «Notre mémoire, dit-il à ce sujet, ne possède pas seulement le son des mots qui les exprime, et dont l’image a
1L.13,ch.25. 2? L.143,ch:38. 8 L. 140, ch: 2 04 I} MO, ch. 8. 5 [L,140, ch. 8-41,
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été imprimée dans les sens, mais les idées des choses elles-mêmes, que nous n'avons reçues par aucune porte charnelle.» Telles sont les idées des nombres, des joies, des douleurs, des passions ‘, de la mémoire elle-même ?, de l’oubli *.
Mais la mémoire ne consiste pas seulement pour Augustin à conserver et à reproduire les idées, soit sensibles, soit intellectuelles, dont nous avons déjà eu conscience. Il y a des notions auxquelles nous pouvons n’avoir jamais songé, comme celles de l'existence, de l’essence, de la qualité. Celles-là Augustin, conservant sous ce rapport les idées de Platon, les considère également comme des réminiscences. «Elles étaient, en effet, dit-il, dans la mémoire, mais cachées et enfoncées dans des cavernes profondes “,» et en véritable Platonicien, il soutient qu'apprendre, que savoir, c’est se souvenir. Cogitare vient de cogere *. Comme conséquence logique de son principe, il admet que l’idée de Dieu dans l’homme n’est qu’un souvenir. «Comment te trouverai-je, s’écriet-il, si je ne me souviens de toi ° ?» De là à admettre que toutes les facultés de l’âme se concentrent dans la mémoire, il n’y avait qu’un pas. Aussi Augustin dit-il en termes formels : «La mémoire c’est l’esprit même, c’est moi ?.»
Une appréciation de la théorie psychologique d’Augustin ne rentre pas dans le cadre de ce travail. Je dirai cependant que, fidèle à la tendance philosophique de son esprit, il cherche à prouver le principe dont il vient d’être question, et voici coinment il procède : Connaitre la vie
ML 10 hole 10 ch. 15: SE, 10,616 À L.10, ch#40. 2 5"L/40,ch.414.% 6 L. 40, ch.47,:17 L.10,eh.17.
ER, bien-heureuse, dit-il, c’est bien réellement s’en souvenir. Car on ne regarde pas la vie bien-heureuse comme autre chose que comme le bonheur. Or nous ne connaissons Île bonheur, que parceque nous nous souvenons d’avoir été heureux”.
Mais était-il possible,.si nous nous rappelons le caractère édifiant qui prédomine partout dans les Confessions, était-il possible qu'Augustin ne fit pas de sa théorie de la mémoire quelqu’application morale? Aussi part-il de son opinion sur la mémoire pour engager les hommes à
chercher à connaître les conditions de la vie bienheureuse *.
Les applications morales qu'Augustin tire de ses spéculations philosophiques m’amènent à dire: ce que, à en juger d’après les Confessions, il a été comme moraliste.
C’est une vérité incontestable que le dogme et la morale ne sauraient être indépendants l’un de l’autre, que nos opinions philosophiques et religieuses exercent sur nos principes de vie l'influence la plus profonde. Le livre que nous avons sous les yeux, nous offre de cette vérité la preuve la plus convaincante.
Augustin soutient, on s’en souvient, que la nature humaine est viciée par l'effet du péché originel. La conséquence logique de ce principe, c’est que tout ce que nous pouvons, nous le pouvons-par l'effet de la grâce de Dieu. Aussi Augustin dit-il que «la vie heureuse n’est qu’en Dieu *.» Et de cette assertion il induit que «tous les
1 L.40, ch. 2. 2? L. 10, ch. 20. 3 L. 10, ch. 22,
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hommes désirant étre heureux, doivent vouloir l'être en Dieu ‘.» — Et dès les premières lignes de L'ouvrage; il déclare que l’âme n’a de repos qu’en Dieu.
Cette morale qui ne promet la félicité véritable qu’à ceux qui parviennent à entrer avec Dieu dans la communion la plus intime, est à coup sûr des plus relevées. Augustin exprime sa pensée en termes magnifiques, quand il s’écrie : «Que le cœur de mes frères aime en moi ce que tu m’ordonnes d’aimer, et plaigne en moi ce que tu m'ordonnes de plaindre *.» Une pareille morale ne pouvait pas attacher une grande importance aux œuvres extérieures, et nous ne nous étonnerons pas que, pour Augustin, «la qualité d’une action change suivant l’intention de celui qui la fait et suivant les circonstances qui la déterminent °.» Aussi ceux qui, dans le sein même du christianisme, ne manquent pas de se prévaloir de l’observation rigoureuse de certaines prescriptions extérieures, sont-ils en opposition manifeste avec le principe professé par Augustin, quand il dit que «ce n’est pas la viande qui souille, mais bien l’intempérance “.» Son animosité contre toutes les impressions religieuses qui ne sont-pas tout intérieures et spirituelles, est si grande, qu’il s’élève avec violence contre la musique d'église ”, soutenant que les impressions qu’elle produit agissent beaucoup trop sur les sens, pour exercer une influence vraiment morale sur l’àme. Et quoique ailleurs il rapporte des faits miraculeux, qui auraient fait une grande sensation parmi les chrétiens de son temps, il n’en blâme pas
À L. 10, ch. 2 2 EL. 40, ch, 4, 5% L. 5, ch.9. ,# L.140, ch. 32. D Là 10, chu 53.
mn M mar moins «ceux qui, pour trouver la vraie manière de vivre, demandent des visions, et se font illusion ‘.»
La répugnance qu’il éprouve pour tout ce qui est purement extérieur, lui arrache contre la vaine gloire une diatribe amère *; le chapitre qu'il a écrit sur les louanges nous montre en lui un adversaire inflexible de tous les vices, et de plus un moraliste aussi éloquent que profond : «Je ne crois pas être loué, dit-il, lorsqu'on ne loue pas l'opinion que j'ai moi-même de moi *.» Mais, pour Augustin, comme pour tout moraliste sérieux, le vice qui est au fond de tous les autres, c’est l’égoisme *. Sa sévé-
-rité parait exagérée toutefois lorsque, dominé toujours par son opinion de la corruption originelle de notre nature, il place au même rang que les égoïstes les plus présomptueux, et condamne non moins impitoyablement ceux qui veulent découvrir les secrets de la nature * et les hommes qui, par l’effet du mal originel, ont, à son sens, plus de soif de savoir que d’intelligence pour comprendre *.
Lorsque nous songeons à la violence et aux emportements de la polémique qu’il a soutenue contre Pélasge, nous avons lieu de nous étonner des dispositions toutes conciliantes dont il fait preuve, dans les Confessions, visà-vis de ses contradieteurs. Il se prononce en termes formels sur la nécessité de la tolérance : «Écoutons, ditil, ce qui est écrit : que l’un ne s’enfle pas contre l’autre pour une opinion ‘;» et à ceux qui, à son sens, attachent
{ L. 10, ch. 42. ? L. 10, ch. 58. Comp. Pascal, Pensées ; Montaigne, Lahure, vol. 1, 41, p. 477; Gicéron (Pro Ærchea), I. 3 L, 10,
éh: 379 © L, 10, ch: 59% 5 L. 40, ch. 55°; voyez p.006: L'44ech. 28. 7 Jean VII, 4.
Res. à gere
une influence trop exclusive au dogme, il rappelle ces paroles de Jésus : Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, et ton prochain comme toi-même ‘. En effet, avant d’avoir réduit sa doctrine en un système, partant d’un principe unique, il devait être disposé à la tolérance. Je n'ai qu'à rappeler les nombreuses mentions qu’il fait dans les Confessions de la faiblesse de l’esprit humain s’appliquant à la recherche de la vérité. Il devait se rappeler d’ailleurs ses propres erreurs, et le souvenir de l’empressement avec lequel il avait embrassé tour à tour les doctrines les plus contraires, devait l’affermir dans l’idée qu'il ne fallait agir sur les autres que par la parole, et ne vaincre que par la force des arguments.
La morale d’Augustin, on n’en saurait disconvenir, découle naturellement de son opinion sur la nature humaine. D’après cette opinion, en effet, l’homme ne peut trouver par lui-même ni la paix, ni la vérité, et il ne peut être sauvé que par la grâce de Dieu. Le principal moyen de salut que Dieu lui offre c’est l’Église. Augustin croit que Dieu doit avoir établi une autorité certaine, reconnaissable à des signes certains, pour ramener Pesprit inquiet de l’homme à la vérité, dont il a besoin, et cela d'autant plus que toutes les hérésies prétendaient, tout commel’Église officielle, tirerleurs doctrines del’Évangile.
Parmi les moyens tout extérieurs dont Dieu a rendu l'Église dépositaire dans l'intérêt des fidèles, Augustin nomme le baptème, auquel il attribue la vertu magique
1 L.49, ch. 25. Voyez encore le récit de sa conférence avec l’évêque Donauste Fortunatus, Veander.
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de laver celui qui le-reçoit de tous les péchés qu’il a déjà commis. Aussi regarde-t-il comme une imprudence de se faire administrer le baptème à un àge peu avancé; Car ne pouvant désormais plus être effacées, «les fautes qui suivent le baptème sont plus dangereuses *.» :
Cependant l’idée de croire à une doctrine d’autorité répugne à esprit d’Augustin, et il insiste sur la nécessité où nous sommes de raisonner notre foi. Aussi s’écrie-til, en se souvenant d’avoir été en contravention directe avec ce principe: «J'étais assez insolent ponr rejeter même ce que je n’avais pas bien examiné» — et ailleurs il déclare qu’il a repris du goût pour le christiainime parce qu’il n’exige pas une foi aveugle comme le manichéisme.
Aussi n’est-ce pas avec une foi aveugle, mais avec une foi parfaitement raisonnée qu'Augustin veut que l'on croie aux écritures saintes que Dieu, suivant lui, a mises à la disposition des chrétiens pour faire leur salut. Il reconnait, il est vrai, à la Bible l'autorité la plus absolue. Ainsi, toujours conséquent avec son opinion sur la nature humaine, il déclare que l’homme étant trop faible pour trouver la vérité par lui-même, doit, de confiance, accepter la révélation ; après avoir passé par le manichéisme, le scepticisme, l'astrologie, le platonisme, il déclare que c’est par la lecture de la Bible et surtout de Paul qu'il a été ramené à Dieu et à la vérité‘. À ses yeux, l'autorité des saintes écritures est sans bornes, et les faits et les idées qui y sont contenus échappent à notre contrôle.
Ponte. 2 4. ch: 2,097: 70h24;
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Loin de moi, s’écrie-t-il, ceux qui pensent que Moïse a pu dire des choses fausses, lui dont Dieu a dirigé la plume’. — Et plus loin : «L'Écriture est toujours véridique, même lorsqu’elle est obscure ?.» Ailleurs il dit encore que: «les vérités révélées s’imposent à nous ; en effet la diffusion de la Bible prouve que Dieu a voulu qu’elle fût la source de nos croyances °.»
Mais, tout en attachant à la Bible une autorité immense, il se prononce catégoriquement dans les Confessions contre une interprétation officielle de la Bible. «Quiconque, dit-il, s’arroge et usurpe pour lui seul ce droit (d’interprêter la pensée des auteurs sacrés), dont Dieu a voulu que tous jouissent également, celui qui veut faire sien ce qui est commun à tous, est chassé des biens communs, et relégué dans son lieu propre, c’est-à-dire est privé de la vérité et réduit au mensonge“.»
Fidèle au principe qu'il a posé lui-même, il ne prétend pas imposer aux autres le sens qu’il attache aux différents passages de la Bible. La méthode dont il se sert pour expliquer les saintes écritures est des plus remarquables. Elle n’est autre que l’exégèse allégorique ou mystique, dont se sont servis avec le plus d'éclat Origène, Ambroise (liber de paradiso) et Augustin lui-même (de Genesi adv. Man. de Genesi ad litteram).
D'après cette exégèse, les passages bibliques renferment outre le sens littéral que tous peuvent comprendre, un autre sens qui ne peut être saisi que par certaines inteHigences privilégiées. Dans les Confessions, Augustin explique d’après ce principe le commencement de la Génèse. I croit en effet qu’en écrivant ce livre, Moïse a eu plusieurs
1 L.49, ch.25. 2? L.19,ch.%. 3 L.6,ch.5. 4 L. 10, ch. 25.
sens dans l'esprit ‘; ailleurs il semble admettre toutefois que les auteurs sacrés écrivant, en quelque sorte, sous ja dictée de Dieu, ont exprimé un sens tout différent de celui qu'ils croyaient exprimer. «Un sens, dit-il en s’adressant à Dieu, peut-être vrai en lui-même; parce que tu le montres tel, toi lumière de toutes les intelligences véridiques, lors même qu'il ne serait pas celui de l’auteur, qui, lui-même de son côté, n’a rien pu penser que de vrai ?,»
En vertu de cette théorie herméneutique, l’auteur sacré, en racontant que les eaux de la mer sont remplies de poissons, a voulu dire que les vérités divines s'expriment de mille manières différentes *, — et quand Moïse parle des reptiles, il faut entendre par là: «les sacrements répandus par les œuvres des saints de Dieu, au milieu des flots des tentations du siècle, pour régénérer les nations dans le baptème au nom de Dieu ",» — les fruits de la terre désignent les œuvres pieuses *,» — les poissons etles baleines sont les hommes charnels, qui pour croire ont besoin de miracles, et qui ne produisent pas de bonnes œuvres, c’est-à-dire (vu que «les animaux terrestresreprésentent les âmes pures, douces°,»}— ne se nourrissent pas des fruits de la terre 7. à
On comprend à quelles erreurs peut mener une exégèse qui trouve dans les textes tout ce qu'il lui plait. Angustin n'hésite pas, en effet, à prendre un même passage dans les sens les plus divers. «Que la lumière soit, et la lumière fut ! j'entends ces paroles, dit-il, non sans vraisemblance de la nature spirituelle, qui était déjà une sorte de vie
NAS A; Ch. 31, 2 LS 42; 0h48." "SLT eh MEET chi 201,08 L.H3, ch1259 5 LASSch:207 (7 TL. 15$ch: 27: