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LA CREATION

Saint Augustin conçoit Dieu comme l'absolue perfection réalisée ; il le conçoit comme tel avec infiniment plus de netteté et cle certitude que n'ont fait Platon et Aristote. Il ne laisse pas supposer, en effet, que quelque chose existe indépendant de Dieu, et qui, par suite de son indépendance, devrait nécessairement limiter Dieu. Il n'identifie pas, non plus, l'univers avec Dieu.

Il avait rencontré deux fois la doctrine de l'identification, chez les Manichéens d'abord, puis chez les philosophes Ml s'arrête beaucoup plus au panthéisme des

1. Pour le panthéisme des Manichéens, voir surtout : 1° [392] Actes ou Dispute contre Fortunat le Manichéen (Disp. I, n" 5, 11, 12, 13, 17; Disp. II, no 20, 21); — 2° [400] Contre Faus te le Manichéen (lib. XI, c. m et IV circa finem; lib. XX, c. v, ix, x, xv, xvii; lib. XXI, c. xvi; surtout lib. XXII, c. XXI, XXII, xcviii; lib. XXVIII, c. v); — 3° [404] Actes ou Dispute contre Félix le Manichéen (lib. I ; t. VIII, col. 534; lib. II, col. 535- 537, 589, 542; 544, 546-549);— 4° [après 404] Nature du Bien (c. xlvii);

— 5° [vers 405] Contre Secundinus le Manichéen (c. vu, ix, xx, xxiv).

— Pour le panthéisme contre les païens, surtout Cité de Dieu (lib. IV, c. ii-xii, XXIX circa finem; c. xxx, xxxi; lib. VII, c. vet vi; cf. sq.); cf. Vraie Beligion, un mot de c. xxxvii, n" 68 circa finem.

Manichéens : « SiTâme, dit-il, est la substance de Dieu, la substance de Dieu se trompe, la substance de Dieu se corrompt, la substance de Dieu est violée, la substance de Dieu est trompée *. » Il dit de même dans la Cité de Dieu : « Si Dieu est l'âme du monde , il ne reste donc rien qui ne soit une partie de Dieu. Or, si cela est, qui ne voit quelle impiété et quel sacrilège s'ensuit? car, foulant aux pieds quelque chose, c'est une partie de Dieu que Ton foule aux pieds, et tuant un animal, c'est une partie de Dieu que Ton tue. Je me refuse à dire tout ce qui peut s'offrir à la pensée, mais que Ton ne saurait dire sans honte 2. »

Les passages indiqués contiennent souvent cette même réflexion; et c'est bien la réflexion décisive. Mais saint Augustin y ajoute quelques considérations qu'il faut connaitre .

« Les païens, dit-il à Fauste, adorent comme des dieux (les diverses parties deTunivers)... Mais vous, vous adorez ce qui n'est pas, vous adorez les fictions de vos fables impies, et vous seriez plus près de la piété véritable et de la religion véritable, si seulement vous étiez païens^. » C'est encore à Fauste qu'il affirme la supériorité du plus grossier anthropomorphisme sur le panthéisme manichéen : « Un Dieu qui ignorerait de quel côté Adam s'est enfui, serait bien préférable à un Dieu qui n'aurait aucune ressource, d'abord, contre la dure et impitoyable nécessité, et plus tard contre la race opposée et enne-

1. Contra Fortunatum, Disp. I ; t. VllI, col. IIG. ' 2. De Civitale Dei, lib. IV; t. Vif, col. 123. 3. Contra Faustutn Manichœnm, lib. XX, c. v; t. VIII, col. 371.

mie... Avouez du moins ceci : un Dieu qui sans motif ou pour une légère faute , frappe de mort temporelle plusieurs milliers d'hommes, est préférable à un Dieu qui envoie dans le gouffre du péché ses propres membres, c'est-à-dire les membres de Dieu, la substance de Dieu lui-même , et qui les condamne à un châtiment éternel ^. »

Saint Augustin montre encore fort bien que la doctrine panthéiste rend impossible, ou plutôt rend absurde toute exhortation morale. Secundinus, qui lui reproche de s'être fait catholique, reçoit aussitôt cette réponse : « Ai-je bien fait, c'est-à-dire mon changement s'est-il opéré du mal au bien, c'est vous-même qui me donnez la solution, et cela par le terme qui vous sert à caractériser mon changement. Si, en eifet, mon âme, selon votre parole, était la substance de Dieu, Dei natura essety elle ne pourrait ni changer en mieux, comme je pense Favoir fait, ni changer en plus mal, comme vous me le reprochez : elle ne pourrait changer, ni par ellemême, ni sous l'impulsion de n'importe qui^. » Il s'adresse ensuite à Secundinus, il Fexhorte, et il justifie Texhortation qu'il formule : « Je vous parle ainsi, lui dit-il, parce que votre âme n'est pas la substance du mal, laquelle absolument n'existe pas, et aussi parce que votre âme n'est pas la substance de Dieu, car, autrement, je parlerais en vain à une substance immuable ^. »

Enfin, nous existons et le monde existe. Il s'agit pour

1. Ibid., lib. XXII, c. xxii; t. VIII, col. 414; ce chapitre est fort long; mérite d'être lu. — Cf. Contra Secundinum Manichxum, c. xxiii.

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