Confess. y lib. XI, c. xi, n° 13; t. I, col
pas faire supposer qu'avec beaucoup d'application, on comprendra comment Dieu immuable ordonne le passé et le futur; on arrivera seulement à savoir qu'il l'ordonne.
Saint Augustin développera encore d'autres explications. Mais, avant tout, en un sujet aussi grave et aussi mystérieux, il veut écarter les explications de complaisance. Et sachons-le bien, nous sommes ici à l'un des endroits où la supériorité et la rectitude de saint Augustin se manifestent le mieux. 11 faut donc lire avec attention le passage qui va suivre, et y voir le principe qui devrait toujours diriger les discussions doctrinales :
« Voici, dit saint Augustin, voici ce que je réponds à cette parole : que faisait Dieu avant de faire le ciel et la terre? Je réponds, non certes comme le fît, dit-on, quelqu'un par cette plaisanterie qui lui servait à éluder la force de la question : Dieu, disait-il, préparait des tourments pour ceux qui scrutent les profondeurs. Mais autre chose est de voir, autre chose de se moquer, aliud est videre, aliud ridere. Non, je ne réponds pas cela; car je préférerais dire : j'ignore, si, en cfiet, j'ignore. Et telle réponse vaudrait mieux que ce mot d'où résulte la moquerie opposée à une question profonde, et la louange
décernée à une réponse fausse Mais si, sous le nom
de ciel et de terre est désignée toute créature, j'ose le dire : avant que Dieu fît le ciel et la terre, il ne faisait pas quelque chose; car, s'il avait fait quelque chose, qu'aurait-il pu faire, sinon une créature *? »
J. De Confess.,\\h. XI, c. xu, n° 14; t. I, col. 815.
Il pourrait paraître singulier qu'en un même sujet, saint Augustin dise au chapitre xii : on pose une profonde question, et au chapitre xi : ceux qui parlent ainsi ne vous comprennent pas encore, ô Sagesse de Dieu, lumière des âmes. La question est, en efTet, profonde par son objet. Mais les Manichéens, et en général tous ceux qui s'arrêtent à une pareille question, pour s'en prévaloir comme d'une objection invincible, ou simplement pour s'en effrayer, ne comprennent pas encore la Sagesse de Dieu; ils obéissent à leur imagination. C'est le point essentiel qui va être plus exactement discuté.
Saint Augustin demande que, dans cette question de haute doctrine, l'on se défie de l'imagination, et que l'on se tienne ferme à la perception intellectuelle : « Le temps lui-même est votre œuvre, et le temps ne pouvait pas s'écouler avant que vous l'eussiez créé. Or, si avant le ciel et la terre, il n'existait aucun temps, pourquoi demander quelle chose vous faisiez alors? Car il
n'y avait aucun alors, là où il n'y avait aucun temps
Mais vous précédez tout passé par la hauteur de votre éternité toujours présente; et vous dépassez tout futur, parce que les choses sont maintenant futures, et que, une fois réalisées, elles seront passées. Mais vous, vous êtes toujours le même, et vos années ne s'écoulent pas, (Ps. CI, 28)... Vos années, c'est un seul jour; et votre
jour ce n'est pas une succession, c'est un aujourd'hui
Vous avez fait tous les temps, et, avant tous les temps, vous êtes ; et il ne fut pas un temps où le temps n'était pas^ »