De Civitate Dei, lib, XI, c. iv, n
Les philosophes ne voient pas assez que la difficulté nous dépasse; et qu'en fait, elle réside tout entière à concilier le successif de l'univers avec limmuable de Dieu^. Et peu importe l'infinie durée de l'univers; peu importe la théorie des cataclysmes et des recommencements; nous restons toujours sans réponse à cette question : Comment l'action divine immuable produit-elle notre univers multiple et successif? Qui pourrait examiner cette profondeur : (( Dieu créant dans le temps, par une volonté immuable, l'homme temporel avant lequel aucun homme n'avait encore existé 2 »?
Saint Augustin, ici encore, donne l'exemple de la sagesse; il ne veut pas qu'on l'accuse avec quelque vraisemblance, « d'affirmer plus facilement, sans rien savoir, que d'enseigner ce qu'il sait^ ». Il a donc toute autorité pour conclure : « (Voyez) quelles questions périlleuses il faut éviter; et ne vous imaginez pas être en état de tout résoudre ^. » C'est un mot de plus à retenir.
Il a raison aussi de dire des philosophes : « Ils mesurent l'âme divine d'après leur âme humaine changeante et bornée... Ce n'est pas Dieu, inaccessible
1. Ibid., c. III, X, xvii et xxi; — lib. XII, c. xii versus flnem ; passage remarquable.
2. Ibid., lib. XII, c. xiv ; t. VII, col. 362. — Voir trois chapitres de première importance : xv, xvi et xvii, surtout xv et xvii. Saint Augustin y examine la difficulté : Dieu a-t-il toujours été Seigneur? et comment pouvait-il l'être lorsque l'homme n'existait pas encore? Cf. De Trinitate, lib. V, c. XVI, n" 17.
3. De Civitate Dei, lib. XII, c. xiii, n" 3; t. VII, col. 365.