‹ Saint AugustinChapitre 123 sur 292 · DIEU ET L HOMME · texte numérisé non relu

DIEU ET L HOMME

Pour toute créature, le degré de réalité et le degré de ressemblance avec Dieu sont une même chose. Mais outre la ressemblance qui se confond avec le degré d'être, et qui, comme telle, ne dépend pas du propre effort, il doit y avoir chez la créature raisonnable une autre ressemblance avec Dieu et un autre rapport avec Dieu. C'est ce que saint Augustin exprime en disant que toutes les autres créatures existent par le Verbe qui est l'image complète de Dieu, mais que la créature raisonnable doit aussi exister pour le Verbe et pour la ressemblance avec Dieu^

Or, il nous importe, avant tout, de savoir si, existant pour cette ressemblance, notre vie terrestre doit seule la réaliser. Car, en nous, la ressemblance divine se

1. « Alla sic suntper ipsam, ut ad ipsam etiam sint » {De vera Religione [390], c. xliv, n" 82; t. III, col. 159). Cette différence entre per ipsam et ad ipsam est aussi exprimée trois ans plus tard : « per similitudinem ejus profecto, qui condidit omnia...., ut similibus inter se parlibus pulchra sint, ad ipsam tamen similitudinem omnia non facta sunt, sed sola substantia rationalis : quare omnia per ipsam, sed ad ipsam nonnisi anima » (De Genesi ad litteram , liber imperfectus, c. xvi, n" 59 in fine; t. III, col. 243; cf. ib., n" 60).

réalise, d'abord, par la connaissance, et infiniment plus par la volonté. La question est donc de savoir si la connaissance et si la volonté, réalisables l'une et l'autre pendant cette vie, doivent définitivement être, pour nous, toute connaissance possible et toute volonté possible. Ainsi, avant de déterminer en quelle mesure et en quel sens nous existons pour la ressemblance avec Dieu, il faut déterminer si nous devons vivre toujours.

Saint Augustin montre, dans toutes ses œuvres, que le mystère de notre destinée exige l'immortalité de l'âme ; Ton se gardera pourtant de conclure qu'il fait expressément tout concourir à la démontrer. Il la rappelle plus souvent qu'il ne la démontre. Et, sans doute, la manière dont il la rappelle pourrait bien se nommer aussi une démonstration. Cependant, il n'a eu le dessein formel de la démontrer par des preuves proprement dites , que vers l'époque de sa conversion. C'est dans deux traités de cette première période, les Soliloques et VImmorta' lité de Vâme, que l'on trouve des preuves directes, cherchées et proposées comme telles. Plus tard, bien qu'il n'en fit pas alors son étude principale, il établit aussi au treizième livre de la Trinité ^^ et même en un chapitre de la Cité de Dieu-, la nécessité de croire l'âme immortelle.

Page 1