Ep. XCH, n° 3; col
3. Saint Paul : « Régi sœculorum immortali, invisibili » (I Tira. I, 17).
4. Ep. CXLVII, c. XX, no 48; col. 618. — Au n» suivant, il dit de ceux qui espèrent la transformation du corps en esprit : « conatus mentis UTCUMQLE ferendus est, volentis corpus converiere in spirilum » (n^^ 49, col. 619) ; — cf. Ep. CXLVIH, c. I, n" 4 ; col. 623.
jours rimpossibilité de voir Dieu corporellement ; c'est tout au plus si, dans le ciel, la perception produite par des sens presque spiritu alises, ferait deviner la présence de Dieu. La pensée de saint Augustin est, ici, fort ingénieuse. Mais elle démontre bien que saint Augustin n'attribue nullement au corps transformé la vertu de faire percevoir par la sensation l'essence divine : « Il peut se faire, dit-il, et il est fort croyable que, par notre vision du ciel nouveau et de la terre nouvelle, nous apercevions Dieu partout présent et gouvernant l'univers corporel. C'est ainsi que les hommes parmi lesquels aujourd'hui nous vivons, nous donnent par leur présence non point la foi de leur vie, mais la vision de leur vie K » Saint Augustin s'arrête enfin à ceci : « Dieu nous sera tellement connu et tellement manifeste, que chacun de nous le verra spirituellement en chacun de nous; chacun le verra dans Tautre, et chacun le verra en soi-même ; on le verra dans le ciel nouveau et dans la terre nouvelle, et dans toute créature alors existante 2. »
Une pareille connaissance implique naturellement l'amour. Et c'est bien dans l'amour que consiste, pour l'essentiel, notre rapport avec Dieu. Dieu, en effet, est le bien absolu*^, Tordre absolu, la loi
1. De Civitate Dei, lib. XXII, c. xxix, n" 6; t. VII, col. 800.
2. Ibid., c. XXIX, n° 6; t. VII, col. 801; le dernier passage se continue en ces termes : « videalur et per corpora in omni corpure quocumque fuerint spiritualis corporis oculi acie perveniente directi »; il n'était pas nécessaire de traduire, car c'est la même chose que dans la première citation.
3. Ep. CXL, n" 81; col. 575; cf. De duahus animahus, c. viii; t. VIII, col. 102; De Trinilate, lib. VIII, c. m, n" 4; t. VIII, col. 949.
à laquelle toute volonté doit se soumettre, et à laquelle, d'ailleurs, nulle volonté ne peut réellement se soustraire : « Toute créature, qu'elle le veuille ou non, est soumise uniquement à son Dieu et à son Seigneur. Or, cela nous enseigne à servir de toute notre volonté. Dieu, notre Seigneur. Car le juste le sert librement, mais le pécheur le sert en esclave ^ » Cette pensée, que saint Augustin reproduit fort souvent 2, a eu sa meilleure expression au sixième livre de la Musique [387], dans les deux formules très courtes que voici : « Autre chose est se conformer à l'ordre, autre chose être contraint par Tordre-^ » ; et ; « On est esclave de la loi, lorsqu'on n'aime pas la loi^. »
Il y ainsi deux sortes de volontés dont le total forme les deux cités : la cité du démon et la cité de Dieu^. Et ces volontés sont, ou soumises à cet ordre, ou contraintes par cet ordre qui impose le bien et qui défend le mal; elles se meuvent, quoique diversement, mais avec une égale obligation, sous l'empire de « la loi éternelle qui ordonne de conserver l'ordre de la nature, et qui défend de le troubler ^ ».
1. De Agone Chrisliano [396 ou 397], c. vu, n" 7; t. VI, co!. 294.
2. Voir De Genesi ad Utteram, lib. VIII, c. xx-xvi, et Epistolae ad Galatas expositio, n° 32^ t. III, col. 2l';.8.
3. Aliud est enim tenere ordinem, aliud ordine ieneri (c. xiv, n° 46; t. I. col. 1187).
4. Suhditur legibus qui non amat leges (Ibid., n° 48; 1. 1, col. 1188).
5. Outre De Civiiate Dei, voir De catechizandis rudibus [400], c. xix.
6. Qux ordinem naturalem conservari jubet, perturbari vetal {Contra Fausium Manichœum [400] , lib. XXII, c. xxi ; t. VIII, col. 420).
IIP
Nous avons la faculté de nous déterminer ou de choisir, et nous lavons au point de ne pouvoir sans contradiction la méconnaître : « Car il a été donné à notre âme un libre arbitre tel que, si Ton recourt à de futiles raisons pour l'ébranler, on tombe dans F aveuglement, mais un aveuglement qui ne permet pas d'apercevoir combien ces raisons vaines et sacrilèges proviennent elles-mêmes de la propre volonté-. » En un mot, c'est par le libre arbitre que l'on nie le libre arbitre. Saint Augustin pense donc, et il a raison de penser, que notre conscience nous révèle spontanément notre libre arbitre 3. On a souvent cité à ce sujet un passage du traité Des deux âmes [391]; le voici : « M'auraitil donc fallu examiner tous ces livres obscurs (des Manichéens) pour apprendre que l'on ne mérite ni blâme ni supplice lorsque, d'ailleurs, on ne veut rien contre les prohibitions de la justice, ou que l'on ne fait pas ce qu'il est impossible de faire? Mais tout cela,
1. La liste des passages à consulter serait infinie. On pourra voir particulièrement : 1° [388-395] Libre Arbitre (lib. III); — 2° parmi les Traités contre le Pélagianisme ; [il5] De la Nature et de la Grâce. Les notes de ce paragraphe donneront de nombreuses indications.
2. De Quantilate animx, c. xxxvi, n° 80; t. I, col. 1079; cf. De Lib, Arb., lib. III, c. i, n» 3; t. I, col. 1272.
3. Cf. Disputatio cum Felice Manichxo, lib. II, c. m in fine : « ad conûtendum verum de libero arbitrio, plus in eo (Manichneo) valuit natura humana... quam fabula sacrilega quam sibi ipse confinxil » (t. VIII, coL 538).
n'est-ce pas ce que les bergers chantent sur les montagnes, les poètes sur les théâtres, les ignorants dans les carrefours, les savants dans les bibliothèques, les maîtres dans les écoles, les évoques dans les lieux saints et le genre humain dans tout l'univers ^ ? ^)
Dans le traité du Libre Arbitre, il assimile en un certain sens la volonté à la raison; car si la raison se connaît elle-même, la volonté, à son tour, se meut elle-même : « La volonté qui use de tout le reste, dit-il à Evodius, use aussi d'elle-même; elle fait comme la raison qui, connaissant tout le reste, se connaît aussi elle-même 2. » Il dit plus expressément encore, au traité Des deux âmes : « Je sais que je vis : accordezle-moi; je sais que je veux vivre : accordez-le-moi encore; or, si tout le genre humain est unanime sur ce point, notre volonté nous est donc connue autant que notre vie. Et lorsque nous prétendons connaître notre volonté , il n'y a pas à craindre que l'on nous convainque du danger d'erreur; car enfin, pour iomber dans l'erreur, il faut d'abord vivre, ou d'abord vouloir quelque chose 3. » Je pense, je suis libre, ce sont pour saint Augustin deux perceptions fondamentales, nécessaires et infaillibles.
Mais percevoir le fait de la liberté, ce n'est pas, aussitôt, expliquer la nature de la liberté. Or, dans les quelques passages allégués, on a pu voir déjà l'équivalence, pour saint Augustin, des deux termes libre arbitre et