‹ Saint AugustinChapitre 139 sur 292 · C. X, n" 13; t. VIII, col · texte numérisé non relu

C. X, n" 13; t. VIII, col

volonté. Il les a constamment employés l'un pour l'autre, et ce n'a pas été par distraction. Il entend, en effet, par liberté, le propre pouvoir de choisir; et d'un autre côté, à aucune époque, il n'admet un pouvoir chimérique d'absolue indifférence. Et, puisqu'il invoque le témoignage de la conscience universelle, il aurait pu dire que la conscience universelle ne réclame pas du tout la liberté de véritable indifférence, et qu'au contraire, si elle se représente un héros de vertu, elle lui donne une volonté toujours généreuse et toujours impeccable.

Il n'a pas songé à cette réflexion; et qui plus est, il n'a pas étudié uniquement pour elle-même la question de la liberté. Car, au commencement, à partir de 388, sa préoccupation principale a été de combattre les Manichéens; voilà pourquoi le traité du Libre Arbitre , au lieu de donner uniquement et totalement ce que son titre ferait attendre, expose une conception de l'univers, et devrait plutôt s'appeler De la Nature des choses contre les Manichéens * Puis, à partir de 412, lorsque Pelage dogmatise, il ne s'agit pas, non plus, pour saint Augustin, d'élucider curieusement toutes les conditions et tous les mystères de Tacte libre ; il fallait alors, avant tout, enseigner que la liberté purement humaine ne peut ni vouloir , ni accomplir l'acte sur naturel d'amour de Dieu. Ainsi, quelque autre question. Manichéisme ou Pélagianisme, a toujours été aux yeux de saint Augustin, plus importante et plus haute que la question pure et simple de la liberté. Sans cette circonstance , il aurait étudié plus expressément le rôle des

inclinations naturelles et leur influence sur le choix libre. C'est un point qu'il aurait du mieux approfondir. Mais il donne, sur tout le reste, une doctrine complète. Très souvent, et à toutes les épocpies, il a identifié la liberté, non pas avec le volontaire ou la simple volition', mais avec la volonté librement réfléchie. Son langage, pas plus que sa doctrine, n'a subi sur ce point aucune variation. Si l'on veut des formules où volonté équivaut à liberté, on en trouvera dans les premiers traités contre les Manichéens, notamment dans le traité Des deux âmes où le passage sur les bergers qui chantent le libre arbitre, est précédé d'un long chapitre - bien instructif. C'est laque volonté et libre arbitre sont dits indifféremment l'un pour Tautre; et c'est là qu'on lit cette définition : « La volonté est le mouvement par lequel, sans subir de contrainte, Tâme s'efforce de ne point perdre ou d'acquérir quelque

1. Celte question a été longuement agitée, au seizième siècle, contre les protestants, et au dix-septième contre les jansénistes. On peut voir, pour les disputes du seizième siècle, Bellarmin, Controv. De Gratta et Libero Arhitrio, lib. III, et aussi les autres livres. — La discussion contre les jansénistes se trouve dans : Deschamps (Campsius), De Hxresi Janseniana, ouvrage très orthodoxe, très savant, très diffus, et où le style de controverse domine trop; Thomassin, De Deo^ lib. X, c. lxxvi- Lxxvii; PÉTAu, De Tridentini Concilii interpreiatione et Santi Aucjustini doctrina; De sex primorum mundi dierum opificio, lib. III et IV; FÉNELON, Ordonnance portant condamnation contre la théologie de Châlons, V et III^ part.; Instruction Pastorale en forme de dialogues sur le système de Janséniiis, surtout P^ part., lettre V; Lettres sur la Grâce et la Prédestination^ P® lettre. Ces deux dernières pièces sont d'une très grande valeur. Pourtant, sur cette question, saint Augustin conserve une supériorité, qui est d'avoir eu toujours le sens du mystère.

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