LA FORMATION INTELLECTUELLE
Saint Augustin a raconté sa propre formation intellectuelle i. Il a donné aussi une théorie générale de la formation intellectuelle. Ce qu'il a raconté est d'un réel intérêt philosophique et peut, en outre, aider grandement à saisir la théorie.
A dix-huit ans, sollicité par l'instinct secret de son génie philosophique, il désire de comprendre, mais, trompé par son ardeur déjeune homme, il s'imagine que l'intelligence des doctrines ne présente aucune difficulté. Les Manichéens lui disent : « (Chez les Catholiques), il est commandé de croire avant d'en connaître la raison;
1. Pour l'histoire, outre les neuf premiers livres des Confessions [400], il faut voir selon l'ordre des dates : 1° [386] Contre les Académiciens (lib. Il, c. II, III et IX ; et lib. III, c. xiv) ; — 2" De la Vie heureuse (la Dédicace) ; — 3" De l'Ordre (lib. I, c.4i, n° 5) ; — 4° [389] Des Mœurs de VÉgliseiyxh. II, c. xix et xx) ; — 5° [391] De l'Utilité de croire (c. i, n» 2, et c. VIII, no 20, très important) ; — 6" Des deux âmes (c. i etii; c. viii, et et surtout c. ix) ; — 7" [400] dans le traité Contre Fauste le Manichéen, un mot remarquable (lib. XIV, c. viii).
(chez nous), personne n^est poussé vers la foi avant d'avoir discuté la vérité, et de Favoir éclaircie '. » Une .si belle promesse l'attire, et elle le retient : « L'ignorance de quelques catholiques, dit-il, fait le succès des Manichéens 2. Ce sont ceux-là que les Manichéens poursuivent, et ceux-là qu'ils enveloppent dans leurs séductions. Tel nous étions quand nous les avons rencontrés, tel quand nous nous sommes attaché à eux ; tel nous avons été délivré, non par nos propres forces, mais par la miséricorde de Dieu 3. » De semblables paroles, écrites l'année même des Confessions y doivent être connues.
Les Manichéens lui avaient d'abord inspiré une vive sympathie; il approuvait d'autant plus leur doctrine, qu'il désirait d'en sentir la vérité^. Mais pendant dix ans, s'accomplit dans le secret de son âme un travail très lent et très obscur ; les Confessions ne donnent làdessus aucun détail; on peut seulement savoir, d'après le second livre des Mœurs de l'Église ^, que la conduite
1. De Utilitate credendi, c. i, n» 2 ; t. VIII, col. 66. — Cf. : « NIhil apud illos (catholicos) credendum putavimus, eorum qui islis (Litlerîs) sacris inimici infestique sunt voce commoli. apud quos faim poUiciiaiione rationis inaudita, millia fabularum credeie et colère cogeremur » (c. vi, n» 13 in fine^ col. 75; c. ix, n° 21). — «< Promillebas scientiam veritatis, et nunc quod nescio cogis ut credam » {Contra Epislolam Fundamenti, c. v, noô; t. VIII, col. 176. Cf. c. xiv, n" 17).
2. « Imperitia nonnullorum catholicorum, Tenatio Manichœorum est. »
3. Contra Faustum Manichœum, lib. XIV, c. viii;col. 299. — Cf. Ep.y CXVIII, à Dioscore, c. v, n"32, col. 448 : « (Manichaei) audent imperitos quasi ralione traducere... conantur aucloritatem slabilissimam fundatissirnse Ecclesiae quasi ralionis nomine et pollicilalione superare. Omnium enim hœreticorum quasi rcgularis est isla temeritas. »
4. De duabus anvnabus , c. ix, n" 11 ; t. VllI, col. 102; Confessions, lib. III, c. VI sq.