‹ Saint AugustinChapitre 15 sur 292 · C. XIX et XX · texte numérisé non relu

C. XIX et XX

scandaleuse des principaux Manichéens le détachait peu à peu de la secte.

Quoi qu'il en soit, il ne voit d'abord que fort peu , car l'imagination le domine, et il ne sait pas concevoir intellectuellement. C'est dans cet état qu'à vingt-six ans, il écrit le traité Sur le Convenable et sur le Beau (De Apto et Pulchro)^ r^a grossièreté du Manichéisme gênait réellement en lui l'activité intellectuelle 2. Ses réflexions se transformaient en représentation sensible. Cependant il lit beaucoup les philosophes, et il s'aperçoit que les Manichéens leur sont fort inférieurs^.

Voilà quelle était, jusqu'à vingt-huit ans, sa disposition d'esprit; il put alors entendre, à Carthage, Fauste le grand personnage du Manichéisme^. Il fut déçu. Il savait, en effet, dès cette époque , discerner sous les artifices du langage, la valeur de la pensée ; or, la pensée de Fauste était vide : « 0 mon Dieu , déjà j'avais appris de vous que le motif de reconnaître un discours comme vrai, ce ne doit pas être l'éloquence du discours^. »

Malgré cela, ses méditations philosophiques sont encore bien embrouillées et bien flottantes. Il restera deux ans sous l'empire plus ou moins absolu de l'imagination; aussi ne peut-il pas se séparer tout de suite des

1 , 2. Lib. IV, c. XIV, XV, n° 24, et au n° 27 : « Et eram aetate annoriim fortasse viginti sex aut septem, cum illa volumina scripsi, volvens apud me corporalia figmenla, obstrepenlia cordis mai auribus. » — Cf. c. xvi, n°' 30 et 31.

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