De Lib. Arb., lib. Ilf, c. xxv, n° 74; 1. 1, col
sans rien connaître, on ne serait pas un être raisonnable ; et il n est pas moins clair que si une représentation intérieure, quelle qu'en fat la cause, déterminait toujours notre choix, nous ne serions plus libres : « Toute substance vivante, dit saint Augustin, et non seulement une substance raisonnable, comme l'homme, mais aussi la substance privée de raison, comme le bétail, les oiseaux et les poissons, se meut d'après des représentations intérieures, visis movetur. Mais l'âme raisonnable consent ou résiste, par l'arbitre de sa volonté, aux représentations intérieures ^ »
Si, d'ailleurs, on résiste aux représentations intérieures, les inclinations ont une bien autre force : (( Notre préférence dominante détermine nécessairement notre action 2. » Les jansénistes attachaient à ce mot de saint Augustin une importance décisive; ils y voyaient en abrégé tout leur système des deux délectations indélibérées : la délectation du péché domine, il est donc inévitable que l'on s'abandonne au péché ; mais si, au contraire, la âélectation de la grâce domine, on ne manquera jamais d'obéir à la grâce; et, dans les deux cas, la spontanéité libre n'a rien à faire. Fénelon répondait aux jansénites : <( (Saint Augustin) veut seulement dire que notre conduite est toujours
décidée par nos plus fortes volontés Il se borne à
dire que nos mœurs sont conformes à notre volonté, et que nous agissons au dehors, dans la pratique, à pro-
1. De Genesi ad litteram, lib. IX, c. xiv, n'' 25; t. III, coi. 403.
2. Quod enim amplius nos delectat, secundum id operemur necesse est {In Ep. ad Galatas [vers 394], n" 49; t. III, col. 2141).
portion de ce que nous sommes disposés au dedans par nos principes arrêtés. C'est donc une réflexion morale , qui est incontestable ; et non pas une explication dogmatique de notre liberté, et du pouvoir de la grâce sur nous ^ » Fénelon, en défendant contre les jansénistes la possibilité du choix réellement libre, restait fidèle à la pensée de saint Augustin ; mais le désir d'ôter tout prétexte aux jansénistes le poussait ici trop loin. Saint Augustin, en effet, dans cet endroit et dans beaucoup d'autres, pense en même temps à l'action extérieure et à la décision libre qui la précède et qui la rend inévitable. Cela ressort des réflexions qui suivent la formule sur la délectation dominante : « On voit, par exemple, une belle femme et l'on se sent attiré vers l'impudicité ; mais si, par la grâce, le charme réel de la chasteté nous délecte davantage..., nous faisons ce que la charité nous montre comme agréable à Dieu. Enfin, ce que je viens de dire de la chasteté et de l'impudicité, je veux qu'on l'applique à tout le reste 2. » Un peu plus loin : « Il est manifeste que nous vivons selon nos tendances ; mais nos tendances se comportent selon l'amour qui est en nous. Si donc le précepte de la justice et l'habitude charnelle sont mis devant nous en opposition, et si nous aimons l'un et l'autre, nous tendrons vers ce que nous aimons davantage ; si nous aimons l'un et l'autre également, nous ne tendrons vers
1. Lettres sur la Grâce et la P)'ëdestination,]eltre II« {Œuvr. compl., éd. Gaume, t. II, p. 166); — comparer Instruction Pastorale en forme de Dialogues, P« part., lettre V% t. V, surtout p. 273.