‹ Saint AugustinChapitre 165 sur 292 · Ib., n° 25; t. X, col · texte numérisé non relu

Ib., n° 25; t. X, col

dans notre conduite dépend du motif [non acllbus, sed finibus pensantur officia ^). Or, le motif dont il parle est, en même temps, très élevé et très déterminé : c'est Famour surnaturel tel que la grâce de Notre-Seigneur le produit.

Donc, pour éviter le péché, deux conditions essentielles sont requises : 1° éviter ce qui, en soi, est mauvais; 2** l'éviter en vue de plaire à Dieu. Il faut donc, en un mot, pour éviter le péché, connaître et pratiquer la doctrine de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

On peut aussi représenter en ces termes la pensée de saint Augustin : il ne suffît pas d'être sincère avec soi-même ; il faut, de plus, ne pas prendre, même invinciblement, le mal pour le bien. Mais il est clair qu'ici, invinciblement ne s'entend pas d'une manière absolue ; il ne désigne, et il ne peut désigner qu'une difficulté de laquelle, en fait, on ne sort pas'^.

Baïus^ et les jansénistes reprenaient, sur ce point, la doctrine de saint Augustin et ils la poussaient à un excès que saint Augustin n'autorise pas. Car, selon Baïus et les jansénistes, il faut nier la liberté et il faut admettre une vraie réprobation. Les infidèles sont donc, en vertu d'un décret divin, de véritables et d'absolus réprouvés ; ils font le mal toujours et par nécessité for-

1. 76., n° 26 in fine. — Cf. Ep. CLXIV [415], très importanle, surtout n» 4, où il dit que le salut des anciens sages serait chose bien désirable, nisi aliter se haberet sensus humanus^ aliter justitia Creatoris.

2. Voir ci-dessus les passages des Confessions, de ï Enchiridion et des Traités sur saint Jean, paragraphe viii.

3. Docteur de Louvain (1513-1589), condamné par la Sorbonne (1560), par Pie V (1567), par Grégoire XIII (1580).

nielle. Mais saint Augustin attribue aux infidèles la liberté; et, d'ailleurs, il n'enseigne pas que, toujours et au même degré, les infidèles pèchent. On a vu ce qu'il dit de Fabricius; il enseigne, en outre, au traité De la Prédestination des Saints, qu'un infidèle peut, sous l'action de la grâce, accomplir des œuvres agréables à Dieu^; il reconnaît, enfin, dans notre nature, au moins une tendance bonne, qui est notre amour instinctif du bonheur : (( Notre nature , dit-il, parmi toutes ses misères, n'a pas pu perdre le désir du bonheur 2. » Enfin, il n'y a lieu de parler ici ni de dureté, ni de douceur. Il ne s'agit que d'une doctrine sur laquelle saint Augustin porte un jugement arrêté. La même difficulté , d'ailleurs , existe pour tout le monde ; car tout philosophe devrait savoir donner une réponse aux questions que voici : comment juger les erreurs pratiquement invincibles, telles que le sacrifice humain ou la débauche sacrée? Comment aussi jugera-t-on les jeux de gladiateurs et les mœurs publiques qui inspirent presque toutes les épigrammes de Martial? Or, parmi les philosophes, saint Augustin est le seul qui ait osé regarder et qui ait osé parler 3. Locke, il est vrai, de même que Bayle, s'arrête à la diversité des mœurs humaines ; il allègue des exemples, et il prend

1. C'est au sujet du centurion Corneille : « cujus acceptas sunt eleemosynae, et exaudilee oraliones, antequam credidisset in Christum, nec tamen sine aliqua fide donabat et orabat. Nâm quomodo invocabat in quem non credideral? » (C. vu, n° 12 ; t. X, col. 970.)

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