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aussi parfaite ^ Les discours sur la première Épître de saint Jean ont cependant, sur le môme suj et , quelque chose d'admirable : « Qu'est-ce que Dieu vous ordonne? Aimez-moi. Vous aimez For, vous allez chercher l'or, et peut-être ne le trouverez-vous pas : quiconque me cherche, je suis avec lui... A.imez-moi, vous dit Dieu; ce n'est pas par un intermédiaire que l'on arrive à moi; Famour par lui-même me rend présent à vous'. » « L'amour est doux à nommer, mais plus doux à exercer ^. » — « Tout est compris à la fois par l'intelligence qui a la charité ^. » Il y a aussi dans les Traités sur saint Jean un passage bien connu, qui, dans la question du culte de Dieu, doit compter parmi les plus caractéristiques. Saint Augustin cite la parole de Notre -Seigneur : Personne ne vient à moi, sinon celui que mon Père aura attiré (Jo. VI, 4i) ; il ajoute : « N'imaginez pas que vous serez attiré malgré vous ; car l'âme est attirée aussi par l'amour, trahitur animus et amore... Donnez-moi quelqu'un qui aime, et il a le sentiment de mes paroles^. »
1. Ep., CLVII, no 11 ; col. 737 : « Et unde illecolitur, nisi charitale? » — j&p., CLV, n" 14; col. 672 : « Imus autem (ad Deum) non arabulando, sed amando ».
2. 1% Epistolam Joannis, Tract. X, n" 4 ; t. III, col. 2056 sq.
3. « Dilectio dulce verbura, sed dulcius factum » [IhicL, Tract. VIII, n» 1 ; t. III, col. 2035).
4. « Intellectu totum simul videt qui habet charitatem » [Ihid., Tract. VII, n« 10; t. III, col. 203i}. — Cf. iôù/., Tract. V, n°2; t. III, col. 2013, et : 1" De diversis Quœstionibus LXXXIIl, Quaest. XXX ; — 2" De Musica , lib. VI, c. XIV, n° 46; t. I, col. 1187 ; 3" — Ep., CXL, c. ii, n" 3; col. 539.
5. Tractatus in Joanneniy Tract. XXVI, n° 4; t. III, col. 1608; ajouter le n" 5.
Le seul obstacle à l'amour de Dieu c'est l'amour de nous-mêmes. Le commencement comme la perfection de l'amour de Dieu consiste à se détacher de soi ; et si le détachement devient parfait, on aura dès lors l'amour parfait. Mais si, à aucun degré, le détachement n'existe, si on aime essentiellement soi-même, si on est pour soi comme une divinité à laquelle on rapporte tout, et si, d'ailleurs, dans cet état, on prétend faire pour Dieu les plus grands sacrifices, on se trompe : on ne fait rien; on a donné quelque chose de ce que l'on possédait, mais on a réservé pour soi tout soi-même ^.
Un pareil état est contraire à l'ordre. Il ne faut pas, d'ailleurs, conclure qu'entre l'amour parfait et le péché, il n'y ait aucun état possible. L'amour, en effet, peut être joint dans l'âme avec d'autres sentiments moins élevés; il peut diversement dominer ou transformer les autres sentiments; et, en général, « l'union avec Dieu augmente selon que l'amour du propre bien diminue- ». Or, parfois, pour renoncer au propre bien, il est utile de s'arrêter à un sentiment de crainte : « Ne craignez pas le châtiment, mais aimez la justice. Vous ne pouvez pas encore aimer la justice? Craignez du moins le châtiment, et cela, afin de parvenir à aimer la justice ^. » — « Craignez Dieu, afin
1. « Dans Deo aliquid suum, sibi autem seipsum. » (De Civitate Dei^ lib. XV, c. VII; t. VII, col. 444.)
2. De Trinitate, lib. XII, c. xi, n° 16 ; t. VIII, col. 1006.
3. Tractatus in Joannem, Tract. XLI, n° 10; t. III, col. 1698. — Cf. Ep., CXL, n" 52 ; col. 559 : « non tain iimendo pœnam, quam amando jus* titiam ».
de ne pas succomber; aimez-le, afin d'avancer '. » Mais la crainte doit être animée par l'amour, c'est cette sorte de crainte que saint Augustin, d'après le psaume XVIII (10), nomme la crainte chaste, timor castiis^. Il a spécialement étudié et défini cette crainte dans les Traités sur la première Épître de saint Jean, et dans ceux sur U Évangile de saint Jean^. Les deux passages sont de fort grande importance ; on y voit la différence entre la crainte servile du châtiment et la crainte de perdre l'amour de Dieu ; la crainte, d'ailleurs, est parfois mêlée d'amour : « Certains hommes ont pour craindre Dieu cet unique motif : peut-être seronsnous jetés en enfer... Voilà précisément la crainte qui introduit l'amour; cette crainte ne se produit que pour disparaître. » Mais une autre crainte n'est que l'amour lui-même; c'est la crainte chaste, « c'est celle qui a pour objet la perte des biens. Remarquez-le, autre chose est craindre Dieu, de peur qu'il ne vous jette dans l'enfer avec le démon ; autre chose le craindre de peur qu'il ne s'éloigne de vous... Et lorsque, craignant Dieu, vous redoutez que sa présence ne vous abandonne, cette crainte vous unit à lui, elle fait que vous désirez jouir de lui^* ». La