‹ Saint AugustinChapitre 169 sur 292 · In Epistolam Joannis, Tract. IX, n" 5; t. III, col. 20i · texte numérisé non relu

In Epistolam Joannis, Tract. IX, n" 5; t. III, col. 20i

crainte du châtiment n'est qu'un amour de nousmême, amour inspiré par la bassesse; elle mérite le nom de « crainte servile : il n'est pas noble de craindre le châtiment, mais il est noble d'aimer la justice... Et celui qui aime la justice craint plus en son cœur d'être dépouillé de la justice, que vous ne craignez, vous, d'être dépouillé de votre argent. Voilà la crainte chaste... Nous arrivons auprès du Seigneur pour le voir face à face ; c'est là que la crainte chaste nous maintient; cette crainte ne nous trouble pas, elle nous ajffermit^ ». Les mêmes pensées reviennent dans la Cité de Dieu, où elles fournissent à saint Augustin l'occasion de formuler cette sentence : « Sous le nom de crainte chaste est désignée cette volonté qui nous met hors d'état de mal faire, et qui sans l'anxiété de la faiblesse effrayée en face de la faute, mais plutôt avec le calme de l'amour, nous fait éviter le péché 2. »

Tous les sentiments désignés par le nom de passions, sont les diverses formes que l'amour peut prendre^. Les passions ne seront donc par elles-mêmes, ni bonnes, ni mauvaises; elles tiennent leur caractère et leur valeur de l'amour qui les fait être ce qu'elles sont. Il ne faut écouter, d'ailleurs, ni les épicuriens, ni même les stoïciens ; car les stoïciens, parleur prétention d'arriver à l'insensibilité, fournissent à l'orgueil une occasion de s'exalter : « Si la Cité du démon compte quel-

1. Tractatusin Joannem, Tract. XLIII, n° 7; t. III, col. 1708.

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