LE SOUVERAIN BIEN. — L OPTIMISME
En soi, le souverain bien c'est Dieu; mais pour nous, le souverain bien c'est, en un mot, Tamour de Dieu^
Tous les hommes aspirent naturellement à la plénitude de l'être ; ils y aspirent par le désir d'exister toujours ; ils y aspirent encore par le désir de connaître et enfin par le désir d'être heureux 2. Ce n'est pas l'anéan-
1. Voici l'indication, non de tous les passages, ni même de toutes les œuvres, mais simplement des œuvres les plus importantes : 1" [386] La Vie heureuse; — 2" [388-395] Questions diverses (Quaest. LXXIX, n- 1); — 3" [400] Les Confessions (surtout lib. I; lib. II, c. vi et i\ ; lib. III, c. i; lib. IV, c. XII et XIII; lib. V, c. iv ; lib. IX, c. i; lib. X, c. i et vi, c. xxii et XXIII, c. XXVIII et xxix ; lib. XIH, c. viii); — 4" [415] Cité de Dieu (lib. VIII, c. II et VIII ; lib. XI, c. xi et xii ; lib. XII, c. vi ; lib. XIV, c. xxv et XXVI ; lib. XIX, d'une importance particulière ; les quinze premiers chapitres, et les trois derniers-, lib. XX, c. xvi; lib. XXII, c. xxvi-xxx); — 5" Le Sermon CL, intitulé parfois Traité contre les Kpicuriens et les Stoïciens; — Ci" [i2i] Ena7'ration sur le Psaume CXVIII ; c'est un ouvrage très important, où il faut remarquer surtout Serm. I, XII et XIII ; Serm. XXII. — Les autres indications seront en note.
2. Sur le désir d'être, voir : 1" De Libero Arbitrio, lib. III, c. vi, vu et VIII ; — 2" Z)e Civitate Del, lib. XI, c. xxvii et xxviii. Dans la Cité de Dieu,\c chapitre xxvii(n° 2) mentionne notre désir de savoir.
tissement, c'est un état meilleur que, même dans le suicide, on aie vague espoir d'atteindre *. Or, l'existence simplement par elle-même ne nous suffirait pas ; nous aimons ardemment de savoir; nous n'accepterions pas ce bien-être qui peut se rencontrer parfois dans la folie 2. En un mot, nous voulons l'existence parfaite ou souverain bien.
Nous avons l'aversion naturelle du mal ^ ; ce que nous aimons dans le péclié, ce n'est pas proprement le péché. Notre amour va d'abord vers le bien, vers l'ordre : « Nous pouvons dire que notre bien suprême c'est la paix^. » Il n'a jamais été question de décider si les hommes veulent ou s'ils ne veulent pas un bien, qui, pour eux, sera le souverain bien^. Les hommes ne cessent de s'accorder qu'au moment où il faut déterminer la nature du souverain bien; mais sur ce sujet encore les divergences ne peuvent pas être en nombre infini ; c'est une erreur de compter 288 solutions ; on en
1. Pour suicide : De Lib. Arb., lib. III, c. \iii, n*^ 23; t. I,col. 1282 ; — De Civitaie Dci, lib. XI, c. xxvii in principio.
2. « Jam vero nosse quantum ametur, quamque falli nolit humana natura, vel hinc intelligi potest, quod lamentari qulsque sana mente mavult, quam laetari in amentia, » {De Civitate Dei, lib. XI, c. xxvii, n° 2 ; t. VII col. 341.)
3. De Libero Arbitrio, lib. I, c. ix, n° 9 et 10; — cf. Enarr. in Psalm. XXXII, Serm. II, n" 15 ; t. IV, col. 293; De Trinitate, lib. X, c. x, et Serm. CL, c. m.
4. « Fines bonorum nostrorum esse pacem » {De Civitate Dei, lib. XIX, c. XI; t. VII, col. 637).
5. De Civitate Dei, lib. XIX, c. i, n" 3 ; t. VII, col. 623-624 ; c. ii. — Enarr. in Psalm. C XVIII, Serm. I, le début; De Trinitate, lib. XIII, c. IV, v; et d'ailleurs beaucoup d'autres endroits qu'il n'est pas nécessaire d'indiquer.
trouverait à la rigueur jusqu'à douze, et ces douze se réduisent à trois, car on peut considérer comme bien souverain : les biens seuls de l'âme, ou les biens seuls du corps, ou l'une et l'autre sorte de biens*.
Ici, les épicuriens et les stoïciens, chacun à leur manière, commettent une égale exagération^; ni les uns ni les autres ne tiennent convenablement compte de ce qu'est la nature humaine. Les peripatéticiens, avec des sentiments parfois moins élevés, ont plus de sagesse que les stoïciens; ils n'oublient pas les conditions de notre nature et ils ne nous demandent ni de fuir, ni de mépriser certains avantages dont l'existence humaine ne peut pas se désintéresser^. Mais les stoïciens et un grand nombre d'anciens philosophes commettent l'erreur fondamentale de ne considérer l'homme que dans son existence terrestre. Ils ont tous voulu nous attribuer ici-bas la possession du souverain bien; c'est là une entreprise où les stoïciens, en raison même de leurs sublimes aspirations, devaient échouer; car Fexistence terrestre s'écoule parmi de trop grandes contrariétés et de trop grandes bassesses*.
Ces réflexions de saint Augustin importent autant à l'histoire de la philosophie qu'à l'exposé de la doctrine. On trouve, au même endroit, les paroles suivantes par lesquelles saint Augustin exprime sa propre pensée : « Si on nous demande quelle serait à toutes