‹ Saint AugustinChapitre 178 sur 292 · Enarratio in Psalm. CXXVII, n" 5; t. IV, col · texte numérisé non relu

Enarratio in Psalm. CXXVII, n" 5; t. IV, col

3. 4. De Civitate Dei, lib. XIX, c. xiii, n" 1 et 2; l. VII, col. 641. — Les philosophes, au moins depuis Platon, avaient vu cela. Cf. Gorgias.

5. Lib. UT, c. XV, n° 44; cf. lib. I, c. xi, n° 22. — Cf. « in seipsis malse voluntates habent interiorem pœnam suam, eamdem ipsam iniquitalem suam » [De Genesi ad litteram , lib. VIII, c. xxiii, n" 44 in fine; t. IIf> col. 390).

2i2 SAIXT AUGUSTIN.

et comment elle crée notre bonheur. La justice de Dieu, en effet, semble ne pas s'exercer pendant cette vie; elle supporte également le malheur du juste et la félicité du coupable : pourquoi, dès lors, s'obliger à la pratique de la vertu? « Plusieurs, dit-il, ontpensé à la suavité et à la joie intérieure de la justice ; ils les ont mises en balance avec les peines corporelles et les ennuis que le genre humain, par suite de sa condition mortelle, doit subir; et plus que cela, ils les ont encore mises en balance avec tout ce que la malice imagine pour faire expier aux justes leur justice; or, ils n'avaient aucun espoir de vie future; et ils trouvaient plus d'agrément et plus de charme à souffrir des tourments pour T amour de la vérité, qu'à ressentir le plaisir des festins et de l'ivresse*. » Environ à la même époque, dans le traité Des Mœurs de V Église [388], il écrit un chapitre qui, sur ce point, est de beaucoup le plus remarquable. Il prend pour texte les paroles de saint Paul : Pour quiconque aime Dieu, toutes choses coopèrent au bien,,. (Rom. VIII, 28, 38-39) ; il y ajoute des réflexions, dont voici la dernière qui les résume toutes : « Les misères qui nous pressent ^ ne nous séparent pas de Dieu, car nous les sentons d'autant plus légères que nous sommes plus étroitement unis à ce Dieu, de qui elles tendraient à nous séparer ^. » Une Épitre de la même époque

1. De div. Quxslionibus LXXXIIl, Quœst. LXXXII, n° 1 ; t. VI, col. 98.

2. Instantes moles iix ; c'est en ce sens que saint Augustin interprète ici instantia. — Mais dans Exposiiio quarumdam proposilionum ex Epistola ad Romanos [394), instantia est pris au sens de circonstances actuelles. D'alleurs le passage de VExposition est très inférieur au chapitre des Mœurs de l'Église (vid. t. III, col. 2077).

3. De Moribus Ecclesix, lib. I, c. xi, n" 18, 19; t. I,col. 1319.

porte que le service de Dieu procure « une joie solide à laquelle nulle joie terrestre ne se peut comparer ^ ». C'est, en réalité, la même conviction qui, dans la Cité de Dieu, lui inspire ce langage : « Si, ce qu'à Dieu ne plaise, il n'y avait aucune espérance du bien éternel, nous devrions persister dans la lutte pénible, plutôt que de laisser, par défaut de résistance, le vice dominer sur nous 2. » Il avait déjà dit, en 400, d'une manière beaucoup plus explicite : (( (L'âme bien disposée peut arriver) à aimer Dieu plus qu'elle ne craindrait l'enfer; c'est au point que, si Dieu lui disait : vivez constamment dans les délices charnelles, et péchez autant que vous le pourrez : vous ne mourrez jamais, vous ne serez pas jetée dans l'enfer, mais seulement vous ne serez pas avec moi; cette âme frémirait, elle se tiendrait bien loin du péché, non certes pour éviter le malheur qu'autrefois elle craignait, mais pour ne pas ofïenser celui qu'absolument elle aime, celui en qui seul est le repos 3. » Enfin, « les lois de Dieu sont dures à la crainte, légères à l'amour^)).

Voilà bien l'amour pur ; mais outre cette manière de l'enseigner, saint Augustin en a une seconde à laquelle il ne semble pas que l'on ait accordé une suffisante attention. Saint Augustin enseigne donc que notre désintéressement dans le service de Dieu assure davantage notre bien propre ou notre intérêt propre : « savoir bien aimer

1. Ep. X, Nebridio, n" 2 in fine, col. 74; cf. Ep. IIl, qui est de 386.

2. De Civitate Dei, lib. XXI, c. xv in fine; t. Vil, col. 730.

3. De catechizandis rudihus [400], c. xvii, n° 27; t. VI, col. 331.

4. De Natura et Gratia, c. lxii, n"83; passage à lire; t. X, col. 289 sq.

2ÏÏ SAINT AUGUSTIN.

soi-inêiiie, c'est aimer Dieu ^ ». « Il arrive, je ne sais en quelle inexplicable manière, qu'aimer soi-même et non pas Dieu, c'est ne pas aimer soi-même ; mais qu'aimer Dieu et non pas soi-même, c'est aimer soi-même -. » — « On ne nuit jamais à Dieu, mais en résistant à la volonté de Dieu, on nuit à soi-même ^. »

Dieu évidemment ne peut pas acquérir un surcroit de bonheur, il ne peut subir, non plus, aucun dommage ; et, d'un autre côté , il n'y a pas pour nous d'autre bien réel que l'union avec Dieu. C'est ainsi que notre bien propre, ou notre avantage propre, est d'autant plus assuré que nous l'oublions plus sincèrement: « Dieu n'ordonne rien pour en retirer de l'utilité, mais pour l'avantage de celui qui reçoit l'ordre *. » — « Si, dans notre amour, nous préférons ou nous égalons quelque chose à Dieu, c'est nousmêmes que nous ne savons pas aimer ^. » — « C'est à nous qu'il est utile de servirDieu, non à Dieu lui-même^. » Saint Augustin y revient dans l'Épître si importante qu'il adresse à Proba [vers 412] : « Lorsque nous disons : que votive nom soit sanctifié, nous nous avertissons nousmêmes de désirer que son nom qui est toujours saint, soit aussi reconnu pour tel parmi les hommes, c'est-à-

1. « Qui se diligere novit, Deum diligit. » {De Trinitate, lib. XIV, <•. XIV, n° 18; t. VIII, col. 1050.)

2. Tradatus in Joannem , Tract. CXXIII, n^b; t. III, col. 1968.

3. De diversis Quœstionihus LXXXIII, Quaesl. LXVI, n" 6; t. VI, col. 05.

4. « Nihil Deusjubet quod sibiprosit, sed illicuijubet «(fp. CXXXVIH [412], Marcellino, c. i, n" 6; col. 527). Cf : « non Deo, sed nobis utilia pielatis officia exercentur » (Ibid.).

Page 1