‹ Saint AugustinChapitre 179 sur 292 · Epît. CLV [414], Macedonio, c. iv, n" 13; col. G · texte numérisé non relu

Epît. CLV [414], Macedonio, c. iv, n" 13; col. G

G. « Nobis enim prodesl colère Deum, non ipsi Deo. » {Ep. Cil [408 ou 409], à Deogralias. Quaist. III, n* 17; col. 377.)

dire ne soit pas méprisé : or cela est utile non à Dieu, mais aux hommes ^. » Le même enseignement a sa place dans la Cité de Dieu : «. Tout culte de Dieu bien ordonné, est utile à l'homme, non à Dieu 2. » — « Quel mal peut faire à Dieu une orgueilleuse élévation spirituelle ou corporelle^? » — Enfin, dans le traité du Libre Arbitre^ tout est condensé dans ce mot : « Si vous ne vouliez pas vous tourner vers Dieu ; rien ne lui manquerait, mais c'est vous qui manqueriez à vous-même*. »

Dieu, qui pendant leur vie terrestre fait le bonheur des justes, le fera dans l'éternité. C'est alors que se réalisera dans sa perfection^ la vie heureuse. Les justes posséderont Dieu avec pleine conscience de le posséder et sans aucune crainte de le perdre. « Le bien n'est parfaitement connu qu'à la condition d'être parfaitement aimé 5. » C'est au ciel que l'on aimera parfaitement, et qu'avec l'amour l'on aura l'intelligence et la sécurité; car l'amour se reconnaîtra soi-même et il saura que rien ne le menace: c'est ainsi que sécurité, intelligence et amour ne se séparent pas et constituent l'amour parfait.

Rien, sinon lui-même, ne peut être la récompense de l'amour parfait. « Il n'y aura, au ciel, qu'une vertu

1. Ep. CXXX, c. XI, n» 21 ; col. 502; tout ce numéro est à lire.

2. De Civitaie Dei, lib. X, c. v; t. VII, col. 282. Ce chapitre, qui a pour objet le sacrifice, doit être lu, ainsi que les deux chapitres iv et vi.

3. IMcL, lib. XVI, c. iv; col. 482; au sujet de la tour de Babel.

4. « Nihil ei deesset, tibi autem ipse. » {De Libero Arhitrio, lib. III, C.xvi, xf 45; t. I, col. 1293.)

5. Dediversis Qusesiionibus LXXXIII, Quaest. XXXIII; t. VI, col. 24; cf. De Civitaie Dei, lib. XIV, c, xxv; col. 133.

2i6 SAINT AUGUSTIN.

unique ; et la même chose y sera vertu et récompense de la vertu ^ . » Saint Augustin , en terminant la Cité de Dieu, exprime la même pensée, mais avec un tour moins heureux : « La récompense de la vertu, dit-il, sera celui-là même qui a donné la vertu, et qui s'est promis lui-même à elle : lui au-dessus de qui il ne peut y avoir rien de meilleur ni de plus grand ~. »

Tous les élus vivront de leur amour pour Dieu, et, à cause de cela, ils communiqueront entre eux, ils se connaîtront mutuellement, mieux que chacun ici-bas ne se connaît soi-même ; il n'y aura plus, d'une âme à une autre, rien d'impénétrable ou qui soit difficilement accessible ^ ; iln'y aura plus dans l'univers un secret ignoré ; et surtout, il n'y aura plus dans une âme une seule aspiration inassouvie. <( Notre existence sera soustraite à la mort, notre connaissance à l'erreur, notre amour à toute difficulté *. » « Ce sera, pour tous, le repos et la claire vision; la claire vision et l'amour; l'amour et la louange. Voilà l'état définitif qui ne finira plus ^. »

1. « Una ibi virtus erit, et idipsum erit virtuspraemiumque virtutis. • {Ep. CZ:F[414], c. XIII, n» 12; col. 671.)

2. De Civitate Dei, lib. XXII [426J, c. xxx, nM ; t. VII, col. 801.

3. Ep. XCII [408] : « Tanc nihil latebit proximum in proximo, nec erit quod suis quisque aperiat, abscondat alienis » (n° 2; col. 318). — Cf. De Civitate Dei, lib. XXII, c. xxix, n» 6 versus finem : « Patebunt etiam cogitationes nostrae invicem nobis. »

4. « Ibi esse noslrum non habebit mortem, nosse nostrum non habebit errorem, amare nostrum non habebit offensionem. » {De Civitate Dei, lib. XI, c. xxviïi; t. VII, col. 342.)

5. De Civitate Dei, lib. XXII, c. xxx, n° 5 in fine; t. VII, col. 804. — Sur les conditions de l'existence bienheureuse, voir ; 1° tout ce chapitre xxx et le chapitre xxix; — 2° Ep. XCV [408], à Paulin {VEp. XCII a

La question du souverain bien et la question de l'optimisme se complètent Tune l'autre, ou mieux, elles se supposent Tune l'autre ; car le jugement qu'il convient (le porter sur les misères de la condition humaine, importe à la première question autant qu'à la seconde.

Seulement, l'optimisme peut avoir deux significations : selon l'une il s'oppose au Manichéisme ; selon l'autre il attribue à Tuniverscréé la plus haute perfection possible. Saint Augustin a combattu le Manichéisme, et il a eu aussi une doctrine sur la perfection réelle de l'univers.

Contre les Manichéens, il enseigne que les choses, en leur essence, sont vérité et bien. Il insiste d'ailleurs beaucoup plus sur le bien essentiel, ou sur l'identité du bien et de l'être. Il faut pourtant, ici, expliquer en quoi consiste la vérité des choses, laquelle, à son tour, est Fidentité de l'être et du vrai^

(( Les choses vraies sont précisément vraies en tant qu'elles sont; mais elles sont en tant qu'elles ressemblent à l'unité principale -. » L'unité principale c'est Dieu; or, toutes choses, selon qu'elles ressemblent da-

été déjà citée dans la note précédente). — 3° Ep. CXLVH [413], c. xi, n° 26; C. xx, n° 48; G. xxi.

1. Voir : 1° [386] Soliloques (lib. II); — 2° [390] Vraie Religion c. xxxvi); — 3" [400-416] Trinité (lib. IV, c. i, n° 3; lib. VIII, c. i, n° 2).

2. « Vera in tantum vera sunt, in quantum sunt; in tantum autemsunt, in quantum principalis unius similia sunt. » {Devei'a Religione, c. xxxvi, n»66; t. III, col. 152.)

vantage à Dieu, ont en même temps un plus haut degré d'être et une plus parfaite vérité. Les mots être et vérité expriment avec un même droit le degré où une chose ressemble à Dieu, c'est-à-dire le degré où elle est réelle. Et comme rien de créé ne peut ressembler totalement à Dieu, c'est donc en dehors du monde que se trouve réalisée la vérité parfaite ; et cette vérité parfaite c'est le Verbe de Dieu *. Tout le reste a une ressemblance plus ou moins éloignée avec le Verbe, et possède ainsi plus ou moins de vérité 2. « Dans la substance de la vérité, dit-il encore, la seule substance qui vraiment existe, une réalisation n'est pas plus grande, à moins d'être plus vraie 3. » Et là aussi, il montre la vérité réalisée parfaitement dans le Verbe. Ces deux passages contiennent tout l'essentiel.

L'étude la plus suivie et la plus développée, l'étude instituée, ou peu s'en faut, pour elle-même, se trouve au second livre des Soliloques; il est vrai qu'il s'y mêle bien des subtilités ; et, quoique les subtilités n'y amoindrissent pas la doctrine, elles l'empêchent de se présenter avec toute la netteté désirable : « La fausseté, dit saint Augustin, n'est pas dans les choses, mais dans notre perception, sed in sensu'* . Si donc quelque chose est faux parce qu'il paraît autrement qu'il n'est, et si quelque chose est vrai parce qu'il paraît tel qu'il est : il s'ensuit qu'en dehors du

1. 2. « Caetera illius unius similia dici possunt, in quantum sunt, in tantum enim et vera sunt. » (De vera Religione, c. xxxvi, n» 66; t. III, col. 151.)

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