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EncMridion [421], t. VI, col. 236 sq

ordonner le plan de Tédifice, et faire tout concourir à la perfection du total'.

Mais enfin, le mal ressenti fait souffrir celui qui le ressent, il est pour lui un mal. Il vaudrait donc mieux que la perfection du total se formât uniquement de perfections particulières, et que, pour expliquer tel mal actuel, on ne fût pas obligé d'établir une compensation. Or, saint Augustin a reconnu Timportance propre du mal particulier. Et c'est pourquoi, sans renoncer jamais à dire que, dans notre univers, beaucoup de bien résulte de quelque mal, il a aussi regardé en lui-même le mal tel qu'il se produit. On voit naturellement que cet examen direct de la question amènera des considérations plus nettes, plus piiilosopbiques et plus fortes.

Ces considérations nouvelles se montrent dans les premiers ouvrages de saint Augustin et, pendant de longues années, elles ne cessent pas de revenir-.

C'est, d'abord, en 388, contre les Manichéens, Texemple du scorpion. Saint Augustin n'est plus désormais

1. Pour la mosaïque : De Ordine [3861, lib. I, c. i, n" 2; t. I, col. 979. — Pour la statue : De Musica [387], lib. VI, c. xi, n" 30; t. I, col. 1179 sq. — Voir des considérations toutes semblables : 1" [390] De la vraie Beligion (c. xl, surtout le n° 76) ; — 2" [389] De la Genèse contre les Manichéens (lib. I, c. xvi, n' 25; c. xxi, n° 32); — 3' [depuis 416] Cité (le Dieu (lib. XI, c. xxiii; lib. XIV, c. xii; lib. XVI, c. viii).

2. Voir : 1° [388] Mœurs de l'Église (lib. II, c. viii); — 2» [389] De la Genèse contre les Manichéens (lib. I, c. xvi, n" 26); — 3° [iOO] Confessions (lib. VIII, c. xiii-xvi); — i" [iOO-415] Interprétation littérale de la Genèse [\\h, III, c. xvi-xviii); — 5" [depuis 416] Cité de Dieu (lib. XII, c. iv) ; — 6° [416]. Traité sur saint Jean (Tract. 1, n° 14, 15 ; mais ce passage a moins d'importance et moins de précision que les précédents).

le disciple timide auquel la parole du maître imposait. Il cherche à faire comprendre aux Manichéens qu'il n'y a pas de poison ahsolu, car autrement, « le venin du scorpion commencerait par tuer le scorpion luimême^ ». Dès lors, ce que nous appelons un mal c'est simplement la réalité extérieure dont le contact ou dont l'usage nous serait funeste. Mais nous ne devons pas croire que notre avantage est la règle même du bien ; nous ne devons pas attribuer une essence nuisible aux animaux qui, simplement^ nous sont nuisibles^. Et enfin, « ce n'est pas d'après notre avantage ou notre désavantage, c'est d'après sa propre nature, qu'une réalité rend gloire au créateur^ ».

Mais si nous considérons chaque réalité selon sa propre nature, nous n'apercevons partout que convenance et harmonie. Les animaux hideux ou malfaisants, et les herbes les plus mauvaises sont en eux-mêmes une réalité admirablement constituée : « Et puisque, en eux, rien n'offense jamais la raison, il faut que, là où l'impression sensible est désagréable, les Manichéens imputent le désagrément, non à un vice des

1. De Moribus Ecclesiœ, lib. II, c. viii, n° 11 et 12; chapitre à lire; — cf. même exemple [en 400] : Contra Faustum Manichœum, lib. XXl, c. XIII ; t. VIII, col. 397.

2. [389] De Genesi contra Manichœos, lib. I, c. xvi, n" 25 et n" 26; t. III, col. 185 : passage très important, où, après quelque hésitation, saint Augustin se ressaisit et exprime une pensée encore plus complète que dans De Moribus Ecclesiœ. — Ajouter [400] Confess.^ lib. VII, c. XIII, n** 19; t. I, col. 743 : « in partibus autem {creaturx) qiixdam, quibusdam quia non conveniunt, mala putaatur ».

3. De Civitaie Dei, lib. XII, c. iv; t. VII, col. 352; — cf. [400] Contra Faustum Manicheeum , lib. XXII, c. xx; t. VIII, col. 509.

'2o'* SAINT AUGUSTIN.

choses elles-mêmes, mais à ce que notre mortalité mérite ^ »

Outre tous ces fléaux, il y a la prospérité du pécheur, et trop souvent les malheurs du juste : « Nous ne savons pas par suite de quel jugement de Dieu, cet homme de bien est pauvre, et ce méchant est riche'. » Est-ce tout? Est-ce même ce qui doit produire en nous la plus vive anxiété? « Lorsque je considère les peines des petits enfants, je suis embarrassé, croyez-le bien, dans de grandes difficultés, et je ne trouve absolument rien à répondre : je ne parle pas des peines seules de Fautre vie..., je parle de celles que nous voyons de nos propres yeux 3. » On ne peut pas, d'ailleurs, prétendre que la créature humaine est destinée à procurer, par sa souffrance, le bonheur d'autres êtres; car l'homme, être raisonnable, ne doit pas servir d'instrument^. On fera bien de remarquer cette réflexion. Tout, jusqu'ici, s'explique par le péché originel. Saint Augustin en avertit en 389 ^ et plus expressément en VI 5, dans l'Épître à saint Jérôme. Encore assure-t-il que la

1. [389] De Genesi contra Manichxos, lib. I, c. xvi, n» 26; t. III, col. 185. — Cf. [401-415] De Genesi ad litieram, lib. III, c. xvi, n" 25; il y est question des hommes dévorés par les animaux; et au chapitre xvii, il est question des mauvaises herbes.

2. De Civitate Dei, lib. XX, c. xi; t. VII, col. 660. — Sur toute cette question : Cité de Dieu^ les deux premiers livres; remarquer lib. I, c. XXVIII, n° 1.

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