‹ Saint AugustinChapitre 186 sur 292 · C. IX, n''25; t. I, col · texte numérisé non relu

C. IX, n''25; t. I, col

4. N*'25 in fine. —Lire tout le numéro; il développe la phrase traduite, et il n'y ajoute rien d'important.

tin, mais il répond : (( Ce serait un vice dans Fauteur des choses, s'il en voulait exclure le vice qui s'y trouve ^. » Donc, la différence entre Leibniz et saint Augustin atteint déjà le fond même de la doctrine, car, dans le passage précédent où saint Augustin se rapproche, plus que partout ailleurs, de l'optimisme absolu, s'il affirme que, dans notre univers, la possibiKté du péché met une perfection plus complète, il n'affirme pas du tout que la liberté de Dieu a dû se limiter à la production de notre univers ; bien moins encore proclamerait-il que Dieu , en créant un univers différent, aurait contredit sa propre sagesse.

Mais saint Augustin voit qu'il faut aller plus loin ; aussi formule-t-il cette grave difficulté : « Si notre misère ellemême achève la perfection de l'univers, il aurait manqué quelque chose à cette perfection si nous avions été toujours heureux. Donc, si pour arriver à la misère, l'âme doit pécher, il suit que nos péchés mêmes sont nécessaires à la perfection de cet univers créé de Dieu-. » Il répond : « Ce ne sont pas nos péchés eux-mêmes, oe n'est pas la misère elle-même , qui est nécessaire à la perfection du tout, mais bien les âmes en tant qu'elles sont âmes ; et si les âmes le veulent, elles pèchent, elles sont malheureuses. » Ni la misère sans le péché, ni le bonheur dans le péché ne seraient chose convenable. « Mais s'il n'y a pas de péché et s'il y a le bonheur, le

1. Théodicée, II" Part., n" 125, p. 195 [Œuvr. Phil., éd. P. Janet, 1866); cf. n° 129 et î39. — Même doctrine dans Abélard : Epitome ilieologiœ Christianx, c. xx, co). 1725 sq. (éd. Migne).

2. De Libero Arbitrio , lib. III, c. ix, n" 26; t. 1, col. 1283 sq.

total des choses est parfait. Si, au contraire, la misère et le péché coexistent, le total des choses, même alors, est parfaite » Cela diffère, de plus en plus, de Leibniz. Saint Augustin ajoute que, dans une maison bien ordonnée, on emploie à des travaux désagréables et nécessaires r esclave coupable d'une faute. « Mais si nul esclave n'a voulu commettre une faute, il y aura, dans le règlement de la maison, un autre moyen de faire les travaux nécessaires... (De même), quelque décision que l'âme ait prise, le total des choses sera toujours beau 2. »

L'impeccabilité des anges n'est pas non plus nécessaire à la perfection de l'univers^; et si, enfin, on sait bien réfléchir, on voit que, sans le péché de Thomme , l'univers matériel n'aurait pas moins de beauté^; et de plus, « si la nature impeccable (la nature angélique) commettait le péché, rineffable puissance de Dieu suffirait pour régir tout cet univers ». Elle agirait uniquement par ellemême, ou bien, si elle le jugeait à propos, elle produirait d'autres anges et elle les mettrait à la place des

Page 1