De Musica, lib. VI, c. mu, n° 19; t. I, col
humanité*; ce mode de perception ne dépassera donc pas cette vie -. Si d'ailleurs notre perception du temps nous paraît un mode naturel de perception, cela provient de ce que nous n'avons pas l'expérience d'un mode différent; l'habitude est ici, réellement, devenue une seconde nature 3. Or, une habitude nouvelle efface toujours l'habitude précédente , et à son tour elle parait une manière d'être toute naturelle ^.
Enfin, notre impression d'espace et de temps n'a rien de ferme, rien de stable; on peut la supposer toujours moindre; elle commence, elle finit, elle est un perpétuel successif dont chaque élément se conçoit comme divisible; et après avoir indéfiniment divisé, il reste toujours possible de pousser plus loin la division ; telle est la divisibilité infinie du temps et de l'espace ^.
Mais plus encore que sur l'espace, saint Augustin a médité sur le temps 6. Or, il enseigne à ne pas conce-
1. Ad carnalis vitx actiones talis sensus tributus est, quo majora temporum spatia judicare non possit [humana natura), quam intervalla postulant ad talis vitx usum pertinentia.
2. Quoniam talis hominis natura mortalis est, etiam talem sensum mortalem puto.
3. Non enim frustra consuetudo quasi secunda^ et quasi affabricata natura dicitur,
4. Videmus autem relut quosdam sensus novos in judicandis cujuscemodi rébus corporeis consuetudine affectas, alia consuetudine deperire. (Ib.)
5. De Musica, lib. VI, c. viii, n" 21 ; 1. 1, col. 1174 : « Ita ratio invenit tara localia quam temporalia spalia infinitain divisionem recipere. » — De vera Religione, c. xliii, n» 80; t. III, col. 158 : « ut ornnis loci, sic omnis temporis longiludo habet dimidium sui ».
G. Voir outre De Musica [387-389], lib. VI, c. vu et viii : 1° [390] Vraie Religion (c. xliii, n» 80;c. xlix, n° 97); — 2° [400] Confessions (lib. XI, c. xiv-xxviii); — 3» [401-415] Interprétation littérale de la Genèse
voir le temps comme une réalité propre, et à ne pas le comparer avec l'éternité. Le temps, en etfet, n'existe que s'il y a des réalités créées^; et, de plus, le temps s'écoule, il ne se fixe pas, il ne subsiste pas ; l'éternité, au contraire, est un maintenant absolu, auquel rien ne s'ajoute, car toute réalité s'y trouve réunie 2.
Voilà ce que le temps nous apparaît. Pouvons-nous, du moins, lui attribuer cette réalité que, d'abord et avant toute réflexion, il nous semble posséder? c'est-àdire à notre perception du temps correspond-il une réalité semblable , ou bien notre perception du temps n'est-elle que notre manière d'être?
Le sixième livre de la Musique répond déjà que nous ne connaissons pas le temps en lui-même, et il dit assez nettement que si le temps a une réalité, notre perception ne nous en révèle rien 3. Ce sera douze ans plus tard, dans les Confessions^ que saint Augustin entreprendra une étude spéciale du temps, qu'il la développera et qu'il la conduira jusqu'à une conclusion définitive. Et, dans la suite, il n'a jamais ni atténué, ni exprimé nettement une fois de plus cette conclusion.
(lib. V, c. v); — 4° [à partir de 415] Cité de Dieu (lib. XI, c.iv-vi; lib. XII, c. xii-xiv); — 50 Enarraiions sur les Psaumes {in Ps. XXIII, n° 7 ; t. IV, col. 419;mP5.ZA'A'F/, n^S; col. 976). — Cf. ci-dessus, livre 11% chap. III, paragr. m, sur la création et l'immutabilité divine. — Ce sont les Confessions qui contiennent la discussion fondamentale.
1. De Genesi contra Manichœos , lib. I, c. ii, n» 3 et 4; t. III, col. 174 sq. — Cf. De Civitate Dei, lib. XI, c. v; et ci-dessus, liv. II, c. III, paragr. m.
2. De vera Beligione, c. ii, n» 97; cf. les passages indiqués de Enorrationes et de Cité de Dieu (ci-dessus).