‹ Saint AugustinChapitre 200 sur 292 · cf. De Musica, lib. VI, c. vu · texte numérisé non relu

cf. De Musica, lib. VI, c. vu

3. C. XXVI, n" 33 ; col. 822. La discussion continue (c. xxvi et xxvii), mais pour faire mieux entendre la formule.

SAINT AUGUSim. 18

essentiellement de la sensation. Ce qui, en effet, dans notre connaissance du monde extérieur, n'est pas une perception sensible, n'est pas non plus, à proprement parler, ce que nous entendons par connaissance du monde extérieur. Ce sont des vues générales qui dépassent toute expérience. Mais la vraie connaissance ^du monde extérieur, celle qui se contrôle, part de la perception sensible, et elle y aboutit. Et à son tour, la perception sensible ne nous révèle que notre propre modification.

Ain'si, nous ne connaissons définitivement du monde extérieur que son existence. Nous avons conscience que nos sens nous révèlent quelque chose, et nous avons une conscience non moins vive et non moins impérieuse de la vérité qui se trouve dans le témoigna.ee d'autrui. Voilà comment nous sommes certains d'être en rapport avec des réalités différentes de nous ; mais nous sommes certains, aussi, que les autres ont été en rapport avec des réalités extérieures ; et, instinctivement, nous acceptons le témoignage des autres ; nous le prenons sans cesse pour règle de notre croyance et de notre conduite : nous croyons que des pays où nous ne sommes jamais allés existent; nous ajoutons foi à ce que l'on nous raconte de nos aïeux. Il y a un nombre infini de circonstances semblables i.

C'est bien cette doctrine que saint Augustin propose. On devra seulement ne pas forcer la signification littérale de quelques expressions : « Les sceptiques, dit-il,

1. ha Trinitate, lib. XV, c. xii, n" 21; t. VIII, col. 1075. Cf. [412] £p. CXLVJr,n'3-8.

ont déclamé sans fin, milita garrierunt, contre les sens corporels... Mais loin de nous la pensée de mettre en doute la vérité des choses que nous avons apprises par leur intermédiaire. » Or, cette vérité, ce n'est rien de plus que « l'existence du ciel et de la terre, et de tout ce qu'ils renferment^ ». Il importe de bien savoir cela. Il est de même très facile de réduire à son vrai sens l'expression défavorable garrierunt, qui semble reprocher aux sceptiques leur critique de la sensation. Saint Augustin, en effet, écrit dans le même chapitre : « Laissons de côté ce qui arrive à l'esprit par les sens corporels ; car, en cela, la réalité diffère tellement de la perception, que se tenir à cette sorte de vraisemblance, c'est, sous une apparence de raison, être tombé dans la folie ; de là vint le succès de la philosophie académicienne , laquelle, doutant de toutes choses, était dans une folie plus déplorable-. » Ainsi les sceptiques ont indistinctement refusé à l'intellection, comme à la sensation, la possibilité d'exprimer autre chose que notre simple manière d'être ; c'est ce que saint Augustin condamne, mais il s'accorde avec eux sur la sensation; et malgré tout, comme il éprouve à leur égard quelque mécontentement, il emploie un mot de blâme.

Ce mot n'atténue pas le jugement sur la sensation, et ce jugement était bien mûri. Car trente ans peut-être avant d'écrire ce qui vient d'être rapporté, saint Augustin avait enseigné que la perception sensible n'a pas (( le

1. Cf. Contra Academicos, lib. III, c. xi, n» 24; 1. 1, col. 946; Confess.^ lib. VI, c. V, n» 7; De Civitate Dei, lib. XIX, c. xvui.

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