Confess., lib. V, c. v, n" 8; t. I, col
bles, il arrive qu'un homme non chrétien possède une connaissance poussée au point d'être garantie par un calcul certain, ou même par l'expérience i. Or, voici une chose trop honteuse, trop funeste et dont il faut surtout se garder^ : un chrétien parle sur tous ces sujets; il croit en parler selon nos saintes Lettres ; et tout infidèle peut l'entendre tellement divaguer, ita delirarCy qu'en présence d'erreurs si énormes, l'infidèle ne peut s'empêcher de rire. Et le vrai mal, ce n'est pas qu'un homme, à cause de son erreur, subisse la dérision; mais c'est qu'aux yeux des profanes, nos auteurs (inspirés) passent pour avoir eu de telles pensées; et c'est aussi que, pour le plus grand malheur de gens dont nous voulons procurer le salut, nos auteurs sont exposés, sous prétexte d'ignorance, au blâme et au mépris. Car enfin, ces profanes surprennent un chrétien occupé à se tromper sur le sujet même qu'ils connaissent à merveille; comment, alors, croiront-ils ces saints Livres? Comment les croiront-ils sur la résurrection des morts, et sur l'espoir de la vie éternelle, et sur le royaume des cieux, alors que, d'après une fausse présomption, ces livres leur paraissent avoir pour objet ces choses mêmes dont ils ont, eux profanes, une connaissance d'expérience directe ou de calcul indubitable 3? Il est impossible de dire quel chagrin et quelle tristesse les chrétiens prudents éprou-
1. Etiam non christianus ita noverit, ut certissima ratione vel vxperieniia teneat.