Ibid., lib. XII, c. xxiii; t. VII, col
(lirions : la nature ne souffre pas qu'une chose incorporelle soit retenue par un lien corporel ^ . » Quoique condamnés à ne voir que l'extérieur des choses créées, les philosophes s'ohstinent pourtant à donner des décisions absolues : « Il n'existe pas de corps qui, pouvant souffrir, ne puisse dès lors mourir « ; voilà leur grande parole ; il leur semble qu'après l'avoir entendue, personne ne croira possible le supplice éternel. Saint Augustin leur réplique : « Mais cette parole, qu'exprimet-elle, sinon ce que les sens corporels et ce que l'expérience ont permis aux hommes d'apprendre? Les philosophes, en effet, ne connaissent pas d'autre chair que la chair mortelle, et ainsi toute leur ressource est d'imaginer impossible ce dont ilsn'ontpas l'expérience 2. » Leur connaissance des choses naturelles devient ainsi pour eux une cause d'illusion; ils en arrivent à se persuader que, « dans une réalité quelconque, Dieu ne peut rien faire en dehors de ce que leur expérience humaine leur a fait connaître^ ».
Saint Augustin a donc vu parfaitement que les attaques des savants contre le miracle ne portent pas , car l'expérience ne nous fait pas atteindre le fond des choses ; il n'a pas, d'ailleurs, commis la distraction de défigurer le miracle pour le ramener aux événements de tous les jours ; il a dit constamment que nous ne com-
1. Ibid., lib. XXII, c. iv; t. VII, col. 754. — Cf. sur le même sujet : Ep., Cil, n^Z; Ep., CXXXVII, n" iO ;Ep., CCV, n''4;De Civitate Dei, lib. XXI, c. IV, n° 1 ; lib. XXII, c. iv.
2. « Et hsecest eorum tota ratio, ut quod experti non sunt, nequaquam esse posse arbitrentur. » (Ibid., lib. XXI, c. m, n*> 1 ; t. VIT, col. 710.)