LU». VII. < . w. Il" 2(5; col
2. Lil). VII, (.\\i, n" 27; cf. Conlr. Acnd., lib. H, c. ii, n" 4 in fine.
3. 0 Domine, (/uibus modis le insinuasti illi pectori (Victorini)?
(lil). VIII. ( . 11. Il '/: col. 750).
tombé, mais pour m'assurer un moyen de découvrir la vérité. Or, avec quel amour je soupirais vers elle, vous le savez mieux que personne. Souvent la découverte me paraissait impossible, et alors le flot impétueux de mes pensées me poussait vers les Académiciens. Souvent aussi, à considérer l'âme humaine, si active, si subtile, si perspicace, je pensais que la vérité ne doit pas nécessairement lui échapper ; mais, me disaisje, ce qui lui échappe, est-ce peut-être la manière de chercher la vérité; et, à son tour, cette manière doit dépendre de quelque autorité divine. Il restait donc à chercher où cette autorité réside, puisque enfin, parmi tant de dissensions, chacun promettait de la faire connaître. » C'était donc un grand trouble, au milieu duquel « mon âme était agitée par le désir de trouver le vrai ». Cependant Augustin se détache des Manichéens ; les entretiens d'Ambroise font avancer l'œuvre ; la bonne disposition intérieure d'Augustin aboutit à la conversion définitive 1.
Parmi les causes de cette conversion, plusieurs, et les seules vraiment décisives, ont précédé, et elles ont déterminé l'effort intellectuel réfléchi, cet effort qui se connaît et qui tend vers un résultat bien voulu. Elles ont réellement suscité en saint Augustin une volonté chrétienne et une intelligence chrétienne. Ces causes se réduisent à deux : rinfluence de la première éducation 2, et une disposition générale de l'intelligence et de la volonté .
1. De Vtilitate credendi, c. viii, n° 20; t. VIII, col. 78-79.
2. Confcss.y lib. I et H; lib. V, c. 14, n^ 25. — Contr. Acad., lib. II, c. II, n" 5.
Il est arrivé à saint Augustin de constater en lui, à des moments décisifs, une transformation profonde : il comprenait autrement ; il avait des préférences qui ne ressemblaient plus à ses préférences d'autrefois ; enfin il était comme un autre homme. Or, cette transformation intérieure est caractérisée d'abord par le détachement à regard des Manichéens, et aussi par le progrès dans la réflexion philosophique. Certes, se détacher de l'orthodoxie manichéenne était, tôt ou tard, inévitable, car une intelligence philosophique ne peut pas admettre deux absolus. Mais le progrès dans la réflexion philosophique pouvait aboutir à des doctrines bien diverses ; et pour saint Augustin, il aboutit à la conviction chrétienne. A mesure, en effet, que l'intelligence de saint Augustin se dégageait de l'imagination, elle arrivait toujours à se reconnaître enfin comme intelligence de plus en plus chrétienne. C'est ce que les Confessions expriment en parlant de « moyens secrets et merveilleux », mh'is et occultis modis ^ Il y a eu, d'ailleurs, deux circonstances
1. lo lib. V, c. VI, n° 10, à propos de la disposition d'esprit qui lui permettait de juger à sa valeur Fauste le Manichéen ; 2° lib. VI, c. xii, n» 22, Dieu lui donne d'aspirer plus haut que les plaisirs terrestres : « donec tu, Altissime, non deserens huniurn nostram, iniseratus miseros, subvenires miris et occultis modis» ; — 3" lib. VIII, c. ii, n°4 : à propos du rhéteur Victorin, et avec une légère variante dans l'expression : « o Domine, quibus modis te insinuasti illi pectori !» — 4° lib. V, c. viii, n" 14, le départ pour Roni«; et les consé(iuences qu'il pouvait avoir : « ad corrigendos gressus meos utebaris occmZ/c et illorum etmea pervcrsitale » ; — 5° lib. IV, c, iv, n" 7, comme préparation lointaine à sa conversion, la mort de cet ami si absolument aimé qu'il avait attiré au manichéisme : « Deus qui convertis nos ad te viiris modis » ; — 6" lib. V, c. vi, n" 1 1, l'expression : « me tune agebas ahdito sccreto providentiœ tuœ » ; — T lib. V, c. vu, n*» 13 : « manus enim tuse, Deus meus, in ahdito providentiaB tuœ non deserebant animam meam v ;
mémorables à propos desquelles saint Augustin emploie une expression légèrement différente ; c'est ainsi que, racontant son départ pour Milan, il dit : « J'approchais « peu à peu et sans le savoir ^ » Puis, à propos du danger que la lecture des Néoplatoniciens lui a fait courir, il dit avec plus de force : « Ce sont eux que je rencontrai avant d'étudier vos Écritures, et sans doute vous l'avez ainsi voulu, ô Dieu, afin que fût gravée dans ma mémoire l'impression reçue 2. »
Que l'on remarque ce mot ; on sera ainsi en état de mieux comprendre, plus tard, toute l'importance des réflexions de saint Augustin sur l'orgueil philosophique.
Pendant les quelques mois qui s'écoulent entre la conversion et le baptême, alors que le souvenir de ses luttes, de ses anxiétés et de ses transformations intérieures est en lui tout récent, saint Augustin réfléchit, comme, d'ailleurs il le fera toujours, sur les difficultés si complexes qu'une intelligence philosophique doit vaincre. Et de fait, une intelligence encore ignorante ou insuffisamment formée et à plus forte raison une intelligence
— 8" De heata Vita, c. i, n° 2 : « nescio quo etnimis latente modo ». Cf. De diversis Quxstionibus LXXXIII, Qiiœst. LXXIX, n» i ; t. VI, col. 92. —On peut ajouter comme exemples de cette expression : Ep. VII, n° 1 ; De Ge^ nesi contra Manichxos, lib. II, c. xiv, n° 20; t. IIJ, col. 207; De Civitate Dc'i, lib. XV, c. vi ; t. VII, col. 443.