‹ Saint AugustinChapitre 259 sur 292 · Ihid., c. XLii, no 79; t. III, col · texte numérisé non relu

Ihid., c. XLii, no 79; t. III, col

4. De Libero Arbitrio, lib. III, c. xxiii, n° 69; t. I, col. 1305 : « Dolor autem quem bestiee sentiunt, animarum etiam bestialium vim quamdam in suo génère mlrabilem laudabilemque coramendat... »

conviction de nous trouver devant un vivant. Nous percevons Tâme des autres hommes et notamment Tàme des animaux par un acte tout particulier qui ne nous permet pas le doute ^. Et remarquons que c'est la seule réponse à faire à un Descartes ou à un Malebranche ; car de rappeler à l'un et à l'autre les signes par les(juels ranimai manifeste son intelligence et sa sensibilité, c'est leur raconter inutilement des phénomènes qu'ils connaissent fort bien et qu'ils interprètent facilement à leur manière. Il serait encore plus inutile de leur opposer la physiologie, science proprement extérieure, dont ils accepteront tout le détail, que, d'ailleurs, ils plieront sans peine à leur préjugé d'automatisme. L'on n'a contre la théorie des bêtes machines qu'une ressource certaine : c'est d'affirmer que nous sommes faits pour percevoir spontanément l'âme des animaux. Bossuet s'expliquait moins bien que saint Augustin, mais il disait au même sens que lui : « cette opinion (des bêtes machines) jusqu'ici entre peu dans l'esprit des hommes 2 ».

1. « Cum corpus vivum movetur (non) aperilur ulla via oculis nostris ad videndum animum, rem scilicet quœ oculis videri non potest : sed illi moli aliquid inesse sentimus quale nobis inest ad moventum similiter molem nostram, quod est vila et anima. » {De Trinitate, lib. VIII, c. vi, n° 9; t. VIII, col. 953.)

2. Connaissance de Dieu et de soi-même, c. v, n» 13. — Sur l'unité de l'âme dans l'animal, voir De Quantitate animx, c. xxxi (le ver coupé en deux, qui continue à vivre, et dont chaque partie forme un animal distinct). — Sur génération spontanée, De Trinitate, lib. III, c. viii, n° 13.

L'âme humaine ^ dépasse par toutes ses facultés l'âme de la bête.

La première question à résoudre est celle sur l'origine même de l'âme 2. C'est, dans les œuvres de saint Augustin, une question constamment reprise, et c'est aussi l'une de celles où saint Augustin montre un sens plus vif du mystère. Si, d'ailleurs, il ne formula jamais ime décision absolue, cela provient de ce qu'il apercevait partout la difficulté qui s'y trouve; et s'il montra toujours quelque penchant pour un certain traducianisme, la raison en est claire : le traducianisme semblait fournir un moyen d'expliquer la propagation du péché originel.

1. Sur l'âme et ses facultés, on trouvera un ample recueil de textes dans le livre que l'oratorien André Martin publia en 1667, sous le pseudonyme d'AMBROsius Victor. Édition nouvelle en 1863, par l'abbé Fabre, Paris, chez Durand, et dernière édition, 1900, Paris, chez Vives. Le collecteur a omis les textes si caractéristiques sur la sensation (voir ci-dessus, chap. I,. par. 11) et il a défiguré un passage des Soliloques (lib. IL c. xiii) pour y trouver que l'âme des bêtes doit mourir. Le livre de Ferraz, Psychologie de saint Augustin (1862 et 1869), aurait pu donner des renseignements précis et complets, mais il aurait fallu que l'auteur se renfermât dans son sujet, et qu'à propos de Psychologie, il n'essajâtpas d'exposer toute la doctrine de saint Augustin.

2. Passages principaux : 1° [388-395] Libre Arbitre (lib. III, c. xx et xxi); — T [401-415] Interprétation littérale de la Genèse (lib. X); — 3" [415] Ep., CLXVl, à saint Jérôme; c'est la pièce la plus remarquable; on peut ajouter : Ep., CXLIII, CLXIII et CXC, et la lettre même de saint Jérôme, qui est, dans saint Augustin, Ep., CLXV; — 4" [419] De l'Ame et de son origine (les quatre livres; l'un des ouvrages où saint Augustin montre le mieux combien l'on gagne à se rendre compte que l'on ne sait

Dès le commencement, dans le traité du Libre Arbitre, saint Augustin émet quatre suppositions : 1° par Faction de Dieu toutes les âmes sortent de la première âme que Dieu créa; 2° Dieu crée pour chaque individu une âme particulière ; 3° toutes les âmes existent en Dieu ^ , et au moment voulu, une âme est envoyée pour régir un corps; elle perd dès ce moment le souvenir de son existence antérieure; 4° les âmes préexistent, mais ce n'est pas Dieu qui les envoie dans un corps, elles s'y rendent de leur propre volonté 2.

Il ne donne pour certaine aucune des quatre suppositions : ni l'Écriture, ni TÉglise n'ont encore rien décidé ; il demande seulement que ces suppositions n'induisent pas à penser de l'essence divine contrairement à la vérité et aux convenances 3. Il se résigne à ignorer, car ne savoir pas ce qui en est de la créature, ne peut occasionner aucun mal, aussi longtemps, du moins, que l'on ne propose pas avec assurance de simples divinations, et que l'on ne s'en prévaut pas « comme de notions connues et comprises* ». 11 disait, dans le même esprit, à saint Jérôme : « J'aime mieux (sur ce point) écouter un maître, que d'être écouté à titre de maître ^. » Et c'est avec plus d'insistance qu'il s'adresse à

1. « .Si vero in Dei aliquo secreto jam existentes animœ... » Voir note suivante.

2. Lib. III, c. XX, n" 56, 57 et 58; expression abrégée : c. xxi, ii° 02.

3. « Tantum adsit fides nihil de substanlia Creatoris falsum indignumque sentiendi. » (Ibid., c. xxi, n» 59; t. III, col. 1300.)

4. « Dummodo non id pro cognito perceptoque teneamus, nulium periculum est. » (Ibid., col. 1300.)

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