‹ Saint AugustinChapitre 265 sur 292 · Ibid., n° 16 in fine · texte numérisé non relu

Ibid., n° 16 in fine

2. Confessionum, lib. X, c. vu, n» 11; Traclatus in Joannem, Tract. XXIII, n° 5, où se trouve ce mot : « Quomodo anima quœ inferior Deo est, id quod ipsa inferius est, hoc est corpus facit vivere, » et au n» 6 : « corpus non vegetari nisi per animam » (t. III, col. 1585).

3. « Substantia quxdam rationis particeps regendo corpori accommodata. » {De Quantitate animx, c. xiii, n" 22 in fine.)

4. De Trinitate, lib. XIV, c. iv, n°6; t. VIII, col. lOiO : «« quamvis ratio vel intellectus nunc in ea (anima) sit sopitus, nunc parvus, nunc magnus appareat, nunquamnisi rationalis et intellectualis est anima humana...

leurs, Tâme accomplit, sans en avoir conscience, cette opération de laquelle résultent tous les phénomènes (le la vie animale : « Nos viscères intérieurs ne vivent pas sans Tâme , mais il pst plus facile à Fâme de les rendre vivants que de les connaître^. »

Avant d'entrer dans le détail des facultés, il est facile dès à présent de voir que <( l'homme, ce n'est pas le corps seul, ou l'âme seule, mais l'être qui se compose de Tâme et du corps ^ ». Et cela s'exprime plus brièvement par la définition que l'antiquité avait déjà rendue célèbre, r Homme est un animal raisonnable, définition que saint Augustin donne souvent sous cet forme : « l'Homme est un animal raisonnable morteP ». Il y a donc union substantielle entre l'âme et le corps; nous le savons; mais ici notre science constate le fait, elle ne peut pas en pénétrer la nature intime : « La

Ab initio quo esse cœpit ista tarn magna et mira natura (nempe anima hominis), sive ita obsoleta sit hœc imago (Dei) ut pêne nulla sit, sive obscura atque deformis, sive Clara et pulchra sit, seinper est ». Cf. c. v. — De Civilate Dei, lib. XXII, c. xxiv, n« 3. — Enchiridion, c. lxxxv-lxxxvii. Cf. Soliloguioruin, lib. II, c. xx, n° 36.

1. « Facilius ea poluit anima vivificare quam nosse. » {De Anima ( t ejus origine, lib, IV, c. v, n" 6; t. X, col. 527; ce chapitre et le suivant sont à lire.)

2. De Civitate Dei, lib. XIII, c. xxiv, n» 2 ; t. YII, col. 399. — Cf. De Moribns Ecclesix, lib. I, c. iv, n'^ 6.

3. « Animal rationale mortale » {De Civitate Dei, lib. IX, c. xiii, no 35 t. Vil, col. 267;. — Cf. De Ordine, lib. II, c. xi, no31, où cette définilion est attribuée aux anciens sages. — De Quantiiate animx, c. tixv, n" 47. — De Moribus Ecclesiœ, lib. I, c. xxvii, n» 52; t. I, col. 1332: « Homoigilur, ut homini apparet, anima rationalis est mortali alque terreno utens corpore » ; à quoi il faut comparer c. iv, n» 6. — De Trinitate, lib. VII, c. IV, n° 7 ; t. VIII, col. 939 : « homo, sicut veteres definierunt, animal est rationale mortale ».

manière dont les esprits s'unissent aux corps et dont les animaux subsistent, est tout à fait étonnante; elle dépasse rinteiligence de Fhomme, et c'est pourtant cela même qui est Fhomme ^. »

Cette conception de l'homme devrait supprimer toute question sur les rapports de l'âme et du corps; car enfin, dans l'homme , l'àme et le corps n'existent pas chacun à part et ne sont pas deux réalités distinctes juxtaposées. Mais le langage de saint Augustin reproduit l'inexactitude depuis longtemps usitée et qui ne cessera pas de l'être. Saint Augustin demande si le corps agit sur l'âme, ou si c'est l'âme qui agit sur le corps; il lui répugne d'accorder au corps une action sur l'âme ^ ; c'est l'âme, pense-t-il, qui, en raison de sa supériorité, doit imposer son action. Un langage analogue , c'est-à-dire un langage qui établit une séparation entre le corps et l'âme, reviendra constamment. On doit donc se rendre compte que, dans tous les cas où il revient, il désigne le corps humain, actuellement vivant. Mais c'est l'âme qui fait que le corps est un corps vivant ; d'où enfin l'influence du corps sur l'âme ne peut signifier que ceci : le corps, rendu vivant par l'âme, agit comme tel sur l'âme. Or, il est clair que cette action ne dif-

1. De Civitate De», lib. XXI, c. x, n° 1 in fine; t. VII, col. 725. — Le mot de Pascal ; « (L'homme ne peut concevoir) comment un corps peut être uni avec un esprit; c'est là le comble de ses difficultés, et cependant c'est son propre être. » Pensées, art. 1, n" 1 (Ed. Havet).

2. De Genesi ad litteram, lib. XII, c. xvi, n" 33; cf. c. xviii etc. xx. — Cf. De Mxisica, lib. VI, c. iv, n" 7, et c. v où le langage de saint Augustin aurait pu être accepté par Descartes et par Malebranche (surtout c. V, n" 9).

fère pas d'une action exercée par .rame sur ellemême.

L'âme est tout entière dans tout le corps, et, à la fois, dans chaque partie du corps : « Elle se trouve dans tout le corps qu'elle anime; elle y est répandue iporrigitur), non par diffusion locale, mais comme activité vivifiante : elle est présente, en effet, simultanément tout entière dans toutes les plus petites parties du corps, sans être moindre dans les moindres parties, ni plus grande dans les plus grandes ; mais en tel point de l'organisme elle manifeste plus d'activité, et elle en manifeste moins en tel autre; elle est tout entière dans le total, et tout entière dans chaque partie. C'est la raison pour laquelle , si elle éprouve une sensation qui n'intéresse pas tout l'organisme, elle est cependant tout entière à l'éprouver^. »

Saint Augustin attribue à Tâme vivificatrice du corps toutes les actions dont nous avons quelque conscience ; et d'abord, il lui attribue la sensation, qu'il définit en ces termes : « Je pense qu'il y a sensation, lorsque l'âme n'ignore pas ce que subit le corps 2. » Non latere animam est le mot que toujours il emploiera^. Il dit aussi : « Éprouver la sensation n'appartient pas au corps, mais à l'âme par le corps », sentir e non est cor-

1. Ep. CLXVI, c. II, n" 4; col. 722. — Cf. fusius, De Immorialitaie animœ, c. xvi; Contra Epistolam Fundamenti, c. xvi.

2. De Quantitate animx, c. xxiii, n" 41; t. I, col. 1058; cf. c. xxiv, no 45, et c. xxv, n° 48 m fine.

3. Ep. CLXVI, c. Il, n° 4 : a animam totam nonlatet », col. 722; même expression [410] Ep. CXVIII, c. iv, n° 24.

poris, sed animai per corpus^. Les nerfs ^ et le cerveau-' sont les organes indispensables de la sensation.

La sensation s'opère par l'intermédiaire des cinq sens*; mais nous avons un sixième sens, le sens intérieur, par lequel nous percevons que la sensation d'ouïe, par exemple, et la sensation de tact sont également notre propre sensation^. D'ailleurs l'impression organique ne suffit pas ; la sensation, pour exister et pour être perçue comme telle, exige que, d'abord, il y ait eu une modification de l'âme : « Il se produit dans l'àme quelque chose qui n'est pas l'impression (de l'objet sur l'organe), mais qui y ressemble; et si cela ne se produisait pas, il n'y aurait pas la sensation par laquelle les choses situées au dehors sont perçues. Car ce n'est pas le corps qui a la sensation, mais l'âme par le corps ^. » C'est ainsi que nous avons la sensation d'objets bien éloignés de nous^.

De la sensation dépendent toutes nos représentations sensibles. En effet, nous n'avons pas par nature une connaissance primitive du monde extérieur; dès lors

1. De Genesi ad litteram, lib. III, c. v, et lib. XII, c. xxiv, n" 51. Ces deux chapitres sont fort importants.

2. De Quantitate animx, c. xxii, n° 38, très explicite: id., n» 39.

3. De Genesi ad litteram, lib. VII, c. xviii; lib. XII, c. xx. — De Anima et ejus origine, lib. IV, c. v, n" 6.

4. De Genesi ad litteram, lib. III, c. iv, n-' G. — De duabus animabnSy c. II, n° 2.

5. C'est le sensorium commune d'Aristote. Voir De Libero Arbitrio, lib. II, c. III, n" 8 et 9; c. ivetv; c. vu, n" 15. Dans ces quatre chapitres, la discussion est complète. — Cf. Confess., lib. VII, c. xvii, n° 23 {animx} : « iNTERioKEM viM, cui sensus corporis exteriora annunliaret ».

G. De Genesi ad litteram. lib. XII, c. xxiv, n" 51 ; t. III, col. 475. 7. De Quantitate animx^c. xxiii. n° 43, 44; cf. c. xxiv et xxv.

rimagiiiation, en ce qu'elle a de sensible, puis le songe et la mémoire, du moins la mémoire qui nous représente des objets déjà perçus, ont pour condition première la sensation 1. Là où il n'y a jamais eu sensation, ce ne sera jamais ni Timagination sensible, ni le songe, ni la mémoire qui feront percevoir la chose extérieure : les aveugles-nés n'ont aucune représentation de la lumière -.

Outre sa force de perception sensible, Fâme possède trois facultés principales : la volonté, la mémoire et l'intelligence 3. A la volonté appartient l'amour; c'est r amour qui, diversement modifié, produit toutes les passions : <( l'amour s'efforçant de posséder son objet, se nomme désir; le possédant et en jouissant, il est la joie; fuyant ce qui lui est contraire, il est la crainte; enfin le ressentant s'il doit le subir, il est la tristesse^ ».

Dans l'énergie delà volonté se montre la supériorité de l'homme. Notre volonté, en effet, et non pas notre force corporelle, dompte l'animal; nous rendons l'animal docile , nous le contraignons à vouloir et à se soumettre. Il se sent dominé : « son âme est si bien sou-

1. [389] Ep. VII, à Nébridius, c. ii et c. m. Discussion très curieuse.

2. De Trinitate, lib. XI, c. viii, n» 13 el 14; et c. x. — Sur les aveugles-nés, Ep. VII, c. iir, n° 6 in fine : « a prima aelate cœci, cum de luce coloribusque interrogantur, quod respondeant non habent w.

3. De Trinitate, très souvent; voir lib. X, c. x, n° 15; lib. XIV, c. viii, n" 11, et c. ïii, n" 15; lib. XV, c. xxi totum. — Cf. Ep, CLXIX, c. ii, n» 6.

4. De Civitate Dei, lib. XIV, c. vu, n^ 2; t. VII, col. 410, cf. c. vi; lib. IX, c. IV; et pour les quatre passions : Confessionum, lib. X, c. xiv, n" 21.

mise à riiomme que, par sentiment et par habitude, elle en arrivera à être l'esclave de la volonté de l'homme »; mais l'animal, quelle que soit sa férocité et sa force et quelle que soit aussi son énergie intérieure, ne peut pas « songer à dompter l'homme » et à le soumettre^. Ajoutons que, pour dompter l'animal, il n'est i:)as requis de posséder une sagesse supérieure ; la simple volonté énergique y suffit 2.

Saint Augustin a très longuement et très curieusement étudié la mémoire 3. Il décrit une infinie variété d'oublis et de réminiscences. Il s'est rendu compte que nous pouvons savoir et ne pas nous en douter : <( Nous ignorons, dit-il, la force de notre mémoire, de notre intelligence et de notre volonté. Un ami avec qui j'étais lié depuis l'adolescence, et qui avait nom Simplicius, homme d'une merveilleuse mémoire, fut un jour interrogé par nous sur ce point : Quels sont les vers par lesquels Virgile termine chacun de ses livres? Aussitôt, Simplicius les récita par cœur et très vite. Nous lui demandâmes de dire les vers précédents; il les dit. Nous fûmes convaincus qu'il pourrait réciter Virgile en sens inverse, en commençant par le dernier vers. Et, pour tout endroit qu'il nous plut de choisir, nous lui demandâmes de faire cela, et il le fit. Nous voulûmes aussi

1. De Lihero Arbitrio, lib. I, c, vu, n° 16; t. I, col. 1230. — Cf. De diversis Quœstionibus LXXXIII, Quœst. XIII.

Page 1