De Lib. Arb., lib. I, c. i\, n
3. Surtout, Confessions, Yih. X, depuis c. viii. — Cf. De Mnsica, lib. VI, c. IV, n" 6; c. vin, n" 22; c. xi, n" 32. — De Trinitate, lib. XI, c. VIII et \; lib. XIV, c. xi; — De Anima et ejus origine, lib. IV, c. vu, qui est fort curieux.
essayer pour la prose; il avait appris par cœur des discours de Gicéron ; il les récita , autant que nous voulûmes, en sens inverse. Nous étions étonnés; il prit alors Dieu à témoin, qu'avant cette épreuve, il ne se croyait pas capable de faire cela : donc, pour ce qui concerne la mémoire, son àme apprit, en ce moment, à se connaître ; or, elle ne pouvait y parvenir qu'en tentant l'expérience. Et cependant, avant de la tenter, il était le même homme : pourquoi donc ne se connaissait-il pas^? » Enfin, le ressouvenir suppose qu'il n'y a pas eu extinction complète de la connaissance; car apprendre de nouveau ce que l'on aurait totalement cessé de savoir, ne procurerait pas la conscience de retrouver une notion autrefois possédée 2.
Ce n'est pas seulement notre mémoire dont beaucoup de particularités nous échappeot. Il nous arrive d'être en contact avec des objets extérieurs, et de n'en savoir rien. Nous pouvons avoir beaucoup de sensations inaperçues 3. Nous pouvons aussi vouloir et ne pas nous en douter. Le plus grand nombre de nos actes reste étranger à notre conscience ^.
Une autre remarque importante qui doit avoir ici sa place, c'est que notre organisme participe diversement à toutes nos opérations , et même à l'exercice d e la pensée . Rien, d'ailleurs, n'est plus naturel : notre âme qui veut, qui aime , qui comprend, fait vivre aussi ce que nous appe-
1. De Anima et ejus origine, lib. IV, c. vu, n° 9; t. X, col. 529.
2. Confessionum, lib. X, c. xvi et xix. — Cf. De Trinitaie, lib. XIV, c. XII, n" 16, etc. xiii.
3. De Trinitate, lib. XI, c. viii, n" 15; lib. XV, c. ix, n° 16.
4. Le passage essentiel : De Anima et ejus origine, lib. IV, c. v-vii.
Ions notre corps. Voilà pourquoi rimagination se mêle à la pensée ^ ; et voilà encore pourquoi les affections de Tâme, ses volontés, ses désirs se manifestent au dehors. Ceux qui, aujourd'hui, s'occupent d'hypnotisme, savent que l'attitude de l'hypnotiseur et sa démarche peuvent trahir sa pensée secrète et la faire deviner au sujet hypnotisé. De même, saint Augustin juge que l'attitude du corps suffit à révéler au démon les pensées cachées. « Puisque les plus légères pensées elles-mêmes produisent des signes corporels, il n'y a rien d'incroyable à ce que ces signes indiscernables par les sens grossiers de l'homme, puissent être discernés par la subtilité des démons ^. » Modification de l'âme et modification de l'organisme font mieux que se correspondre ; elles proviennent l'une et Fautre de l'âme : « L'âme, s'il est permis de le dire, imprime sur le corps les vestiges de son activité; ces vestiges peuvent persister, et former comme une certaine habitude. Mais si on les atteint et si on agit sur eux, il est naturel que, selon la volonté de celui qui les atteint et qui les manie , ces vestiges fassent surgir en nous des pensées et des songes 3. » Ce curieux passage, écrit vers 390, s'accorde à merveille avec la doctrine de l'union substantielle toujours enseignée par saint Augustin.
1 . Retractionum, lib. I, c. xi (sur De Musica), ii" 2 ; 1. 1, col. 601 ; — cf. Texlase de saint Augustin et de sa mère, Confessionum, lib. IX, c. x.
2. [406-ill] De Divinatione dxmonum,c. v, n° 9 in fine; t. VI, col. 586. — Cf. [vers 390] Ep., IX, n" 3 : « arbitrer enim omnemniotum animi aliquid facere in corpore ».