C. LWVI; t. VIII, col. i
Ceux qui professent la véritable foi, constituent souvent un empire chrétien. Les défenseurs de la vérité pourront alors maintenir par la violence l'institution chrétienne de FÉtat. C'est ici la question de tolérance sur laquelle, depuis 393 jusqu'à la fm de sa vie, saint Augustin a dû exprimer sérieusement sa pensée. Or, il a toujours repoussé le principe de la tolérance, et toujours, en diverses manières, il a enseigné que les pouvoirs publics doivent avoir le souci de protéger la vérité K Comme d'ailleurs, en 40i, il modifia, ou mieux, il affermit son opinion, les dates auront ici une grande importance.
Depuis Grotius ^, sinon avant lui, il a été d'usage de citer comme condamnation des mesures de rigueur contre les hérétiques, le mot célèbre de saint Augustin aux Manichéens : « Qu'ils sévissent contre vous, ceux qui ne saventpas au prix de quel travail la vérité se découvre^. » Mais en ce moment, saint Augustin, qui songe aux procédés de controverse , veut simplement dire : Qu'ils mettent
1. La liste des passages serait infinie; voir surtout : 1° [397] Ep. XLIV, capitale (cf. Ep. XLIII, c. viii, n° 21); — 2° [399 ou 400] Ep. Ll (n-^ 3-5) ; — 3° [400] Contre VÉpîire de Parménien (lib. I, c. viii-xiii ; les c. viii-xi sont de première importance) ; — 4° [402] Contre la Lettre de Pétilien (lib. II, passim, notamment : c, x, xix-xx, lxxix-lxxxvi, dans ce livre, c'est la série importante; c. xcii, très long, remarquer n° 210; c. xciv, xcvii, xcviii, n° 226. — Parménien et Pétilien étaient deux évoques donatistes);— 5° [406J Ep. LXXXVI-LXXXIX, [408] Ep. XCIII (c. vi, n» 29), [409] Ep. CF (n° 7). — Quelques autres références seront en note.
2. De Jure belli et pacis, lib. II, c. xx, n° 50 (Amstelodami, apud Joan- NEM Blaev, MDCL, p. 346).
3. Contra Epistolam FundamentiyC. ii, n° 2; t. VIII. col. 174.
des injures dans leurs écrits, les hommes assez naïfs pour croire que le raisonnement transforme toujours les intelligences. En outre, Fannée même où il écrivait in vos sœviant, il écrivait aussi : « On déchire Tunité du Christ, on blasphème l'héritage du Christ, on anéantit le baptême du Christ, et on ne veut pas que les puissances humaines ordinaires vengent cela par des châtiments temporels, et qu'elles empêchent les coupables d'être livrés pour de si grands sacrilèges aux peines éternelles ^ »
Pareillement, il a été d'usage de citer, en un sens tout à fait faux, cette phrase écrite en 408 : « A Torigine, mon sentiment était qu'il ne faut contraindre personne à l'unité du Christ; qu'il faut, au contraire, agir par la parole, lutter par la discussion, vaincre par la raison ; sans quoi, nous aurions rendu chrétiens simulés ces mêmes hommes que nous avions connus hérétiques manifestes 2. » Et sans doute, ces paroles ressemblent bien à un aveu et à une rétractation ; elles ne sont pourtant ni l'un ni l'autre ; on aura bientôt l'occasion de le constater.
Observons enfin qu'il s'agit uniquement de ceci : saint Augustin a toujours jugé qu'il est bon de réprimer, même par la violence, le schisme comme tel, et l'hérésie comme telle. Or, que saint Augustin ait eu, ou non, un naturel miséricordieux, qu'il ait voulu, dans certaines circonstances, tempérer la rigueur du magistrat, et qu'il n'ait pas, à chaque instant, réclamé contre tout le monde l'application de la loi pénale 3, ce sont des détails