‹ Saint AugustinChapitre 288 sur 292 · Ep. XL VIII, p · texte numérisé non relu

Ep. XL VIII, p

pour avoir nié qu'il fut un dieu » ; mais Épicure, qui niait tous les dieux, était laissé tranquille^. Il s'étonne aussi que Ton ait contraint les philosophes à dissimuler leur enseignement et que l'on ait donné tant de licence aux poètes '2. Mais les licences des poètes s'accordaient avec les mœurs publiques, et, au contraire, l'enseignement précis d'Anaxagore introduisait un nouvel état d'esprit. Les hommes qui s'inspiraient d'Anaxagore cessaient de ressembler à tout le monde. Il était inévitable que la Cité s'en préoccupât et qu'elle prît des mesures à l'égard du novateur.

Le mot « y a-t-il pire mort pour l'âme que la liberté de l'erreur 3? » n'est pas, non plus, aussi vrai que saint Augustin pouvait le croire. Il a manqué à saint Augustin de faire l'expérience d'un état social où les lois protègent encore la religion, mais où toute l'énergie efficace des intelligences se dépense contre la religion ; il lui a manqué de voir à l'œuvre, depuis la seconde moitié du dix-septième siècle, l'Inquisition d'Espagne, et d'assister à la marche des choses en France pendant tout le dix-huitième siècle. A l'époque de saint Augustin, en effet, les lois contre Terreur étaient utiles; mais à d'autres époques elles peuvent n'être qu'une manifestation impuissante. On s'aperçoit alors que la pire mort de l'âme, c'est le défaut d'énergie intellectuelle, c'est la méconnaissance du temps où l'on vit : c'est, enfin, la confiance qu'un décret de Parlement ou qu'une

1. De Civitate Dei, lib. XVIII, c. xli, n" 2 ; t. Vif, col. 601.

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