‹ Saint AugustinChapitre 33 sur 292 · Ep., CXVIII, Dioscoro [410] ; c. m, n° 12 ; col · texte numérisé non relu

Ep., CXVIII, Dioscoro [410] ; c. m, n° 12 ; col

4. « Et sibi ipsa testis est ut cognoscatur lux » {Tract, in Jo., Tract. XXXV, n« 4 ; t. III, col. IGhO). Lm^;, dans la suite du texte, signifie lumière intellectuelle.

5. a Verum est index sui et falsi » [Ep., LXXVI, Alberto Burgh). —Spinozx opéra, t. II, p. 247 (éd. La Haye, 1883).

la spéculation philosophique égale en simplicité la spéculation mathématique 1.

En outre , là où T activité intellectuelle s'exerce proprement, les circonstances extérieures ne Tatteignent pas; il y a des maladies de la perception sensible; mais rintellection, en tant qu'elle se produit, est supérieure à tous les accidents, car elle est infaillible. « Je ne prétends point percevoir mon état de veille. Vous pouvez, en effet, médire que dans mon sommeil, il m'arrivera aussi d'avoir cette même perception, laquelle est donc toute semblable à l'erreur. Mais s'il existe un monde et six mondes, ce seront toujours sept mondes et, en quelque état que je me trouve, cette chose est manifeste; je puis ainsi, sans imprudence, affirmer que je la connais. Il en est de même pour le produit de trois par lui-même, et pour le carré des nombres intelligibles ; tout cela, alors même que le genre humain dormirait, est d'une vérité nécessaire-. » Pendant le sommeil, « l'âme perd uniquement la faculté de percevoir les choses sensibles; mais si alors l'àme exerce l'acte de comprendre, elle a une intellection aussi vraie que pendant la veille. Si, par exemple, en songe, elle croit disputer, et si la dispute bien conduite lui fait apprendre quelque chose, il

1. Spinoza tieat de Descartes sa confiance en l'idée claire : confiance sur l'efficacité pratique de l'idée claire, et aussi confiance sur la découverte immanquable de l'idée claire. Voilà pourquoi il lui arrive d'écrire ceci : « Res enim si homines intellexissent, illx omnes eos, teste mathesi, si non allicerenty ad winimum convincerent » (Ethc, p. I , Prop. xxxvi , Appendix, p. 84, éd. La Haye).

2. Contr. Acad.j lib. 111, c. xi, n" 2.5 ; t. I, col. 947. — Cf. De Trinitate, lib. XV, c. xii, n 21 ; t. Vlll, col. 1074.

arrivera qu'à son réveil, les mêmes réflexions intellectuelles subsisteront immuables; Tillusion ne sera que dans tout le reste : dans ce qui concerne le lieu de la dispute, la personne avec laquelle la dispute était censée engagée, et le son ou Farticulation des paroles qui traduisaient la dispute illusoire ^ ». Ce langage, de 386, n'a jamais été dépassé, et il ne pouvait pas l'être. On en retrouvera quelque chose vers 415, au quinzième livre de la Trinité : « Il n'y a pas, dans la connaissance de l'existence propre, le danger d'être trompé par des songes 2. »

En un mot, l'intellection est, de soi, infaillible, et rien ne saurait ni la remplacer ni la garantir. Que peut donc valoir ce qui, depuis les stoïciens, a été appelé critérium de la vérité ^"^

Zenon, selon la remarque de saint Augustin, s'occupa le premier de cette question difficile ^; il n'en vit pas toute la complexité, et il fournit ainsi des armes aux sceptiques. « Pour affirmer, en effet, que le vrai échappe à notre intelligence, les sceptiques s'appuyaient sur cette définition de Zenon : cela est perçu comme vrai, qui est imprimé dans notre âme d'après sa réalité,

1. De Immortalitate animx, c. xiv, n" 23; t. I, col. 1032. 2.C. XII, n" 21; t. VIII, col. 1073.

3. D«*tails historiques dans Zeller : Die Philosophie (1er Griechcn , t. III, p. 73-77, r° éd.

4. Quodcum Zeno rude ac novumintulisset... {Conlr. Acad., lib. II, c. VI, n" li ; t. I, col. 926).

et qui ne peut pas l'être d'après ce qui n'est pas sa réalité. Or, cette formule se rend aussi en ces termes plus courts et plus clairs : on discerne le vrai à des signes que l'erreur ne peut pas posséder. Mais les sceptiques s'appliquèrent à faire voir que cela est irréalisable. Ils rappelèrent les dissensions des philosophes, les erreurs des sens, etc.. ^ » Un peu plus bas, saint Augustin traduit de la sorte la pensée de Zenon : « Rien n'est perceptible à moins d'être vrai en telle manière que des signes bien déterminés le fassent discerner d'avec le faux 2. » Mais Arcésilas traitait cela de chimère ^ ; saint Augustin entre, à ce sujet, dans une longue suite de considérations, après lesquelles : « Voyons, dit-il, cette sentence de Zenon : la seule notion compréhensible et perceptible est celle qui n'a aucun signe commun avec le faux^; » ou, comme Zenon le dit encore : « Une notion faite pour être comprise, est celle qui se montre en une manière selon laquelle le faux ne peut pas se montrer 5. » Saint Augustin approuve, d'abord, en termes formels : « Je ne vois pas que l'on puisse réfuter cette définition, et je la trouve absolument vraie. » — « Je juge cette définition très vraie. » — v< Elle est, à l'égard des choses compréhensibles, définition et, à la fois, exemple^. » Or, la raison pour laquelle il approuve ainsi, c'est qu'en

1. Contr. Acad., lib. II, c. v, n» 11 ; 1. 1, col. 925. 2-3. Contr. Acad., lib. II, c. vi, n° 14; 1. 1, col. 926.

4. Taie scilicetvisumcomprchendi etpercipiposse, quale cumfalso non haberet signa communia (lib. III, c. ix, n" 18 ; 1. 1, col. 943).

5. Id visiim ait posse comprehendi quod sic apparet, ut falsum apparere nonposset (lib. III, c. ix, n° 21; t. I, col. 944).

6. Contr. Acad.,\\\). III, c. ix, n'> 21 ; t. I, col. 944, 945.

effet, à parler proprement, la vérité seule est intelligible; il fcaudrait, pour condamner Zenon, prétendre que « Terreur peut en elle-même être perçue » ou comprise, et les Académiciens sont bien éloignés de cette prétention, laquelle d'ailleurs serait absurde ^.

Mais saint Augustin blâme aussi ces mêmes formules; il prononce que Zenon n'a pas bien vu les conditions et la nature de l'activité intellectuelle : « Si Zenon s'était enfin éveillé, s'il avait vu que l'intellection ne s'accomplit pas toujours telle qu'il se la représente... sans doute, depuis longtemps, cette dispute (sur le critérium) qui, en toute nécessité, avait dû être si vive, n'aurait pas manqué de s'éteindre -. » D'où il ne faudrait pas conclure que, malgré ses déclarations très précises, saint Augustin prétend qu'il peut y avoir, en toute rigueur, intellection fausse. Il ne songe à rien de tel ; il rappelle seulement, sans le dire en termes exprès, qu'avoir conscience de comprendre n'est pas un garant absolu contre l'erreur. Et voilà, certes, un enseignement très vrai et très important.

Un passage du second livre peut servir à faire mieux entendre les conditions de l'activité intellectuelle, et aussi le blâme formulé contre Zenon. Saint Augustin, s' adressant à Romanien, lui dit : <( Gardez-vous de croire que la seule connaissance soit celle que vous avez sur ceci : un, plus deux, plus trois, plus quatre, égalent

1 Aut enim possunt percipi et falsa, quod vehementius Academici timrnt,€t rêvera absurdum est (Ib., n" 21 in fine. — Cf. c. m, n" 5, col. 936; c. IV, n° 10, col. 939),

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