‹ Saint AugustinChapitre 64 sur 292 · C. XVI, n" 25 ; col · texte numérisé non relu

C. XVI, n" 25 ; col

aujourd'hui, notre condition : nous ne saisissons que par des intellections distinctes et séparées, notre connaissance primitive très confuse. Rien, dans notre condition, ne changera-t-il donc jamais? N'aurons-nous jamais l'inlellection unique et complète de toute notre connaissance fondamentale ? Il y a pourtant lieu de croire qu'après cette vie, « notre verbe ne sera plus jamais faux, car nous ne mentirons plus , et nous ne nous tromperons plus ; peutêtre aussi, alors, nos pensées réfléchies ne seront plus muables, allant et revenant d'un objet à un autre, mais nous verrons simultanément, par une seule perception, toute notre science 1 ». Il est donc indiscutable que, selon saint Augustin, nous n'avons pasmaintenant la possibilité de voir toute notre science et que chacune de nos intellections particulières saisit quelque chose de cette science actuellement trop confuse. Et enfin, ce qui, après cette vie, sera changé, cène sera pas le fond même de notre science, ce seront les conditions selon lesquelles nous arrivons à saisir notre science.

L'acte même de saisir notre science primitive, ou, en d'autres termes, l'acte d'apprendre est l'exercice de notre propre énergie. Dieu seul peut mettre notre énergie en mouvement; les secours humains ne sont là qu'une occasion extérieure : l'enseignement du

I. Sed omnem scienliam nostram uno simul conspeclii vidcbimus (c. XVI, n" 26; col. 1079J.

LA CONNAISSANCE. 7o

maître, n'a pas, par lui-même, la ver lu de nous instruire K « Le disciple est instruit par les choses mêmes que la révélation intérieure de Dieu lui rend manifestes 2. »

Dès 388, dans le traité de la Musique^ la doctrine de saint Augustin a, sur ce point, toute sa perfection : « Pensez-vous, demande-t-il, que (la notion et le sens de l'harmonie) passent de celui qui interroge à celui qui est interrogé?... De quelle source vient donc à l'âme ce qui est éternel et immuable, sinon de l'unique éternel et immuable qui est Dieu 3? »

Le livre Du Maître^ écrit spécialement pour expliquer l'acte d'apprendre, mérite, malgré de trop nombreuses subtilités, une attention spéciale. On en retiendra surtout les sentences suivantes : « Pour tout ce qui est l'objet de notre activité intellectuelle, le maître que nous consultons, ce n'est pas l'homme qui parle au dehors, c'est, intérieurement, la vérité qui préside à l'âme elle-même : les paroles du maître ont pu nous avertir de la consulter ^. » — « Ce que je

1. On étudiera : l^ comme livre essentiel [388] Du Maître; — 2° De la Musique (lib. VI, c. xii); — 3° [390] De la vraie Religion (c. xxxix et c. XLix); ~ 4° [388-395] Du Libre Arbitre (lib. II, c. xiv); — 5° [400] Confessions (lib. XI, c. viii); — 6» [400-416] De la Trinité (lib. XIV, c. xv); — 7° [416 ou 417] La Cité de Dieu (lib. XI, c. ii); — 8° [416] Traités sur saint Jean (Tract. XX, n» 3; XXVI, n<^ 7), et Traités sur la première Epitre de saint Jean (Tract. III, n° 3); — 9° les Epîlres : CXX [410]. c. II, nMO; CXXX [412], c. xv; CXL [412], c. xxxvi, no85;CXLVII [415], c. XXII, n° 53.

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