‹ Saint AugustinChapitre 79 sur 292 · C. I, n° G; col · texte numérisé non relu

C. I, n° G; col

essentiel de se rappeler que Consentius , trop timide devant la spéculation philosophique, voudrait identifier chez tous la conviction chrétienne avec la pure foi, la pure soumission ; or, chez les philosophes, saint Augustin enseigne qu'il la faut identifier avec l'intelligence chrétienne.

Mais quand on ne possède pas l'intelligence chrétienne, on ne doit pas compter de pouvoir résoudre froidement, l'une après rautre,les innombrables difficultés par lesquelles on se sent arrêté : « Il y a d'innombrables questions dont on ne peut pas venir à bout avant de croire , car on ne vivrait pas assez pour acquérir la foi^ » Seule, une raison chrétienne apprécie justement un nombre infini de détails. Mais quelques points essentiels qui dominent tout, seront peut-être utilement considérés par une raison que le christianisme n'a pas encore façonnée ~.

Selon la conviction doctrinale, en effet, on juge très différemment les mêmes questions. Or, à son tour, la conviction doctrinale fait corps avec une disposition intérieure; et enfin, la disposition intérieure doit exclure l'orgueil intellectuel. C'est pour cela que saint Augustin insiste sur le rôle de l'autorité. Seulement, il ne faut pas tout confondre. Car enfin, il y a une autorité qui n'est autre que la formation première et que chacun à

1. « Siint enim innumerabiles {quœstlones) quœ non sunt finiendœ ante fidem, ne fmiatur vita sine fide. » [408 ou 409] Ep. Cil, à Deogralias, n" 38; col. 386.

2. Concedendum etiam fortassis quod de Christoquxsivit {paganus ille), cur tanto post venerit, vel si que siiînt allé pauce et magne ou.ESTioNES, quihus cœtera inserviunt » (/?>., ib.)

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son tour est obligé de subir ^. Il y a une autre autorité qui est, pour chaque philosophe, l'adhésion exclusive à la propre doctrine, et aussi la volonté toujours dominante de soumettre tout le monde à cette même doctrine. C'est cette sorte d'autorité que les Manichéens, tout en ne parlant que de liberté et de raison, ne cessaient pas d'exercer 2. Saint Augustin veut que l'on reconnaisse au christianisme le droit d'être pour toute intelligence ce que chaque philosophie est pour ses adhérents; et, comme l'intelligence est naturellement faible, Notre-Seigneur a dû établir une autorité dont l'action conduirait peu à peu l'intelligence à une détermination chrétienne. C'est l'enseignement donné en 391 dans VUtilité de croire 3, et en 410 dans l'Épitre à Consentius, où on rencontre ces quelques phrases citées partout : « Il faut que, d'abord, la foi purifie le cœur, qu'elle le rende capable de percevoir et de supporter la lumière de la grande raison ; or, cela même est établi sur la raison. Aussi le prophète a-t-il bien fait de dire : Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas *... Donc, que la foi doive précéder la raison, c'est là une chose fondée en raison^. »

1. DeOrdine.Wh. II, c. ix; t. I, n» 26; ci-dessus, chap. II, par. ir, p. 21.

2. De Vlilitate credendi : !<> c. i, n° 2; t. III, col. 6G : « Fidem nobis ANTE RATioNEM(a cùlholicis) imperuri dicereiit, 36 autejH tiullum prcmere ad fidem, nisi prius discussa et. enodata verUale ». — 2" c. vi, n" 13; col. 75 : a apud quos falsa pollicUatione rationis, inaudita milita fabularum credere el colère cogeremur ». Id., c. i, n° 2 in fine;œ\. 67 ; — cf. c. xiv, no31; col. 87 ; — De duabus animabus, c. xv, n° 24; t. III, col. 111.

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