De Ordine, lib. II, c. xviii, n° 47; t. I, col
ne pouvons avoir conscience de le connaître; notre conception n'arrive pas à un degré suffisant de détermination et de clarté; mais Dieu dépasse à la fois et notre conception claire et notre conception obscure ^
La trinité en Dieu n'exclut pas Funité; elle ne contredit rien de ce que nous savons sur l'essence divine. Mais Dieu possède plus de réalité que nous n'en pouvons concevoir; c'est précisément la Trinité qui exprime en son total la réalité de Dieu 2.
Saint Augustin ne surajoutera donc pas à sa conception de Dieu, la conception de la Trinité. Ce qu'il dit des attributs de Dieu et de leur identité avec l'essence de Dieu, il a expressément voulu le dire des attributs de la Trinité et de leur identité avec l'essence de la Trinité : « Rien de simple n'est muable ; or, toute créature est muable. Mais on emploie des termes multiples pour dire de Dieu qu'il est grand, bon, sage, heureux, véritable, et tout le reste qui peut sans indignité se
1. De Trinitate, lib. V, c. x, n° 11 : « Si tamen de illo (Deo) proprie aliquid dlci ore hominis potest. » — Cf. Contra Adamantinum Manichxi discipulum : « (Deus) cui honorificum potius silenlium, quam uUa vox humana competeret » (c. xi; t. VIII, col. 142).
2. Outre le traité de la Trinité, on étudiera : Ep., XI [389 ou 390] ; CXX [410], à Consentius;CLXIX [415], àEvodius; CCXXXVIII [date incertaine, mais postérieure à la consécration épiscopale], à l'arien Pascentius, comte du palais. S'il y avait à écrire une étude doctrinale complète sur la Trinité, il faudrait observer que l'Épître CXX (n" 13-17) tranche la question si agitée au douzième siècle sur la qualernité, et qu'elle prévient l'erpeur de Gilbert de la Porrée.
dire de lui. Il est Trinité, et de cela il ne faut pas conclure qu'il est triple. Autrement, le Père seul ou le Fils seul seront moindres que le Père et le Fils réunis. On ne voit guère, d'ailleurs, comment il serait convenable de dire le Père seul, ou le Fils seul; car, toujours et inséparablement, le Père est avec le Fils, et le Fils avec le Père; non que Fun et l'autre soient le Père, ou Tun et l'autre le Fils; mais toujours ils sont Fun dans Tautre, jamais l'un d'eux n'est seul, semper in invicem, neuter solus. En outre, nous disons de Dieu seul qu'il est la Trinité même, et nous le disons quoique Dieu soit aussi avec les esprits et avec les âmes sanctifiées; mais nous voulons de la sorte exprimer cela seul par où il est Dieu, car les âmes sanctifiées ne sont pas Dieu avec lui ; et de même , nous donnons au Père seul le nom de Père, non qu'il soit séparé du Fils, mais parce que l'un et l'autre ne sont pas en même temps le Père *. » Il est clair que dans ce passage, saint Augustin ne cherche pas à se faire en dehors de la Trinité, une notion philosophique de Dieu, ou plutôt une notion censée philosophique. Il considère en cet endroit, et dans un très grand nombre d'autres, l'être divin dans sa totalité. C'est ainsi qu'au huitième livre de la Trinité, il écrit : « Parmi les corps, tel morceau d'or est aussi vraiment de l'or que tel autre morceau : mais l'un est plus grand que l'autre; car, dans chacun, la grandeur n'est pas la même chose que la vérité (c'est-à-dire la réalité); et être or, diffère en lui d'être grand. Mais, au contraire,
1. De Trinitate, lib. VI, c. vi in fine, et c. vii; t. VIII, col. 929.
il y a identité entre la Trinité et le Dieu un, seul, grand, vrai, véritable, vérité*. Si nous travaillons à le concevoir autant qu'il le permet et qu'il le donne, il ne faut se représenter aucune de ces choses qui, dans l'espace, produisent entre elles des contacts... Et quant aux choses spirituelles, rien de ce qui est muable, ne doit être tenu pour Dieu. Car ce n'est pas une petite partie de la connaissance, si, avant de pouvoir savoir ce que Dieu est, nous pouvons déjà savoir ce qu'il n'est pas-. » Saint Augustin a cherché dans l'âme humaine, comme une image de la Trinité ; il a étudié à cette occasion l'intelligence, la volonté, la mémoire. Mais loin de croire que cette étude nous amène à comprendre la Trinité, il exprime à plusieurs reprises la différence infinie entre l'unité des facultés observées en notre âme, et l'unité des trois personnes divines. Il y a, sur ce sujet, deux passages essentiels, l'un au quatorzième livre de la Trinité^, et l'autre dans Y É pitre CLXIX ^. La discussion contenue dans le premier passage, se résume fort bien en ce mot : « Par le moyen de l'image que nous sommes, nous avons essayé de voir, en quelque manière , celui par qui nous avons été faits ^. » L'Épître CLXIX donne sous une forme condensée tout ce que saint Augustin a jamais enseigné sur ce point : « Pour comprendre en quelque manière (la Trinité), nous considérons la mémoire, l'intelligence, la volonté. En effet,
1. « Est Trinitas Deus unus,solus,magnus, verus, verax, verilas. »