‹ Saint Basile (329-379): (329-379)Chapitre 103 sur 146 · Théodoret, Hist, eccL^ IV · texte numérisé non relu

Théodoret, Hist, eccL^ IV

aux catholiques une entière liberté. C'est la répudia^ tion formelle de la politique de Va lens, consignée dans un document législatif auquel Valens fut obligé d'apposer sa signature à côté de celle de son frère.

Malheureusement le rescrit obtenu» contre toute attente, du libéralisme indifférent de Yalentinien n'eut pas le temps de produire ses fruits. Valentinien mourut avant la fîn de 875, laissant à Yalens le champ libre en Orient. La persécution continua, d'autant plus violente, peut-être, que les ariens avaient pu la croire un moment arrêtée. La Cappadoce même, que l'ascendant personnel de Basile avait préservée depuis ses entrevues mémorables avec Valens, fut de nouveau en proie aux hérétiques.

A la tête de ceux-ci était le vicaire de la province, Démosthènes. Si ce personnage est le même que Tancien intendant des cuisines, avec qui Basile eut jadis un piquant colloque, on peut croire qu'il fut heureux de donner enfin libre cours à ses rancunes. Nous le voyons assembler à Ancyre, puis à Nysse, des conciliabules d'ariens ; envoyer des soldats arrêter, sous une inculpation mensongère, saint Grégoire de Nysse, qui n'eut que le temps de s'enfuir et de se cacher ; astreindre, malgré leurs privilèges, tous les clercs de Césarée aux obligations de la curie ; imposer les mêmes charges à ceux de Sébaste qui demeuraient en communion avec Basile. On parlait ouvertement de la réunion d'un concile où serait déposé celui-ci. Sur plusieurs sièges épiscopaux de la province étaient intronisés de force des hérétiques, parfois des gens tarés, comme celui qui fut mis par les ariens à la place de Grégoire de Nysse. Les violences les plus graves étaient exercées contre les prêtres, les instituteurs orthodoxes, par « les dépositaires de l'autorité impériale : » un fidèle qui refusait

de communiquer avec un évéque intrus fut tellement maltraité, qu'il mourut de ses blessures. La persécution, qui en beaucoup de provinces n'avait pas cessé, se réveillait ainsi dans celles mêmes où elle avait paru assoupie^

Saint Basile l'a décrite dans deux lettres de 876, adressées à ses amis Amphiloque et Eusèbe de Samosate. L'une d'elles se termine par des plaintes très dures de a l'arrogance » des Occidentaux. Toujours affligé de les voir prendre parti pour Paulin contre Mélèce, Basile leur applique le vers mis par Homère dans la bouche de Diomède : « Mieux valait ne pas le prier : c'est un homme orgueilleux'. » On n'a pas de documents sur le fait précis qui fut l'occasion de ces reproches. A bon droit l'on s'étonnera de leur vivacité. Mais il faut se souvenir qu'ils se rencontrent dans une lettre toute confidentielle, écrite à un intime ami. Dans l'un des moments les plus cruels de sa vie, ayant vu l'échec de ses plus chères espérances, sentant la persécution se rallumer de toutes parts, atteindre ses amis et ses proches, le saint évéque laisse s'épancher son âme, sans mesurer l'expression de paroles qui n'étaient pas destinées à la publicité.

Basile marque, à la fin de cette lettre, l'intention d'écrire au « chef du chœur, » c'est-à-dire probablement à Damase, « en dehors des formes officielles, » et sans entrer dans le détail des affaires, afin d'avertir par lui les Occidentaux de la faute qu'ils commettent en manquant d'égards envers des hommes éprouvés par la tentation, et en paraissant insulter à leur malheur. Mais il ne semble pas avoir donné suite à ce pro-

I. Saint Basile, £p. aa5. aa6, a3x, 287, aSg, ^44» 248, a5o, a5i.

a. £p, aSg, a*

jet, formé sous le coup d'une émotion passagère. On le voit, au contraire, adresser non à saint Damase, mais <c aux Occidentaux » en général, soit vers la fin de 376, soit Tannée suivante, une longue lettre, d'un ton affectueux et conciliant.

Il y expose que l'hérésie arienne a cessé d'être le plus grand danger pour les âmes, tant elle est maintenant démasquée; mais il leur demande d'avertir, avec l'autorité qui leur appartient, les Eglises d'Orient, et de signaler à la défiance de celles-ci les erreurs plus subtiles et plus récentes propagées par Eustathe de Sébastc et par Apollinaire. Il les prie ensuite, en termes très modérés, de se prononcer sur le cas de Paulin d'Antioche, qui, en plus de l'irrégularité présumée de son élection, aurait partagé ou toléré les erreurs attribuées à Marcel d'Ancyre.

Cette lettre est une réponse à une missive apportée d'Occident par les infatigables Dorothée et Sanctissime« et qui parait avoir, par son langage tout empreint d'affection et de pitié, calmé la peine ressentie avec excès par Basile, a Quoique nos blessures, écrit-il, soient aussi vives, cependant nous sommes un peu consolés en pensant que des médecins sont prêts, si les circonstances s'y montrent favorables, à porter un remède rapide à nos maux. C'est pourquoi nous vous saluons encore par ces chers messagers, et nous vous exhortons, si le Seigneur vous donne quelque moyen de nous visiter, à le faire sans retard. Visiter les infirmes est une des plus grandes œuvres de miséricorde. Que si le bon Dieu, sage directeur de nos vies, réserve ce bienfait a un autre temps, au moins écrivez-nous tout ce qu'il vous est possible d'écrire pour consoler les affligés et relever ceux qui sont brisés. Nombreuses sont les brisures de l'Église, et nous en avons une grande afllic-

lion : nous n'attendons pas d'autre secours que celui que le Seigneur nous enverra par vous, qui l'adorez avec une telle sincérité*. »

On pourrait aisément montrer la cordialité des rapports établis, désormais, entre saint Basile et ses collègues occidentaux. Écrivant à des évêques égyptiens, confesseurs de la foi, qui lui paraissaient avoir reçu trop facilement dans leur communion des disciples de Marcel d'Ancyre, Basile leur dit qu'ils auraient dû, avant de le faire, s'assurer si tel était l'avis des évêques d'Occident^. Ailleurs il se plaint, dans une lettre adressée au successeur de saint Athanase, Pierre d'Alexandrie, alors réfugié à Rome, d'un propos tenu par celui-ci contre ses amis Eusèbe et Mélèce : il le fait avec une extrême courtoisie, et, ayant à nommer Damase, il l'appelle « l'évêque très vénéré*. » Grande est sa joie de l'élection de saint Ambroise au siège de Milan : il a deviné l'avenir de ce grand homme : l'astre de l'Église d'Orient salue, avant de s'éteindre, la nouvelle lumière qui se lève sur celle d'Occident.

Saint Ambroise avait écrit à Basile pour lui demander l'autorisation de transférer à Milan les restes de son prédécesseur Denys, mort exilé pour la foi en Cappadoce, vers 3Sg. Basile accorda volontiers la concession demandée^ : dans sa réponse à Ambroise, il fait l'éloge des ecclésiastiques milanais chargés de ramener le pré-

4* Ce»- translations étaient assez fréquentes. En 374i Ascholins, ëvêque de Thessalonique, d'accord avec le général romain Soranus, envoie à saint Basile les reliques du martyr Sabas, immolé pour la foi par les Goths en 37a. Saint Basile, Ep, 164 1 i65; et Ep, Eccles, Gottiae^ dans Ruinart, Actamartjrum sincera, 1689, p. 674.

cieux dépôt, loue la modestie de leur maintien, la gravité de leurs mœurs, les paroles persuasives qu'ils employèrent pour vaincre la résistance des prêtres, des diacres, des fidèles qui hésitaient à laisser ouvrir le tombeau vénéré du confesseur de la foi. Ceux qui avaient naguère été les hôtes de Texilé, et qui Vy avaient déposé de leurs mains, tinrent à Ten tirer eux-mêmes, et pleurèrent comme si Ton avait emporté les reliques de leur père et de leur patron.* Basile n'a garde de manquer une aussi excellente occasion de dire à Âmbroise tout ce qu'il y a de providentiel dans le choix inattendu qui l'éleva, malgré ses résistances, sur l'un des plus grands sièges de l'Occident.

« Dieu choisit, dans tous les temps,' ceux qui lui plaisent. Il a pris un berger pour le placer à la tête de son peuple ; il a mis son esprit dans le chevrier Amos, pour en faire un prophète. Maintenant, dans une ville royale, il prend le gouverneur de toute une province, aussi élevé par l'âme que par la naissance et les richesses, remarquable entre tous par la splendeur de l'éloquence, et lui confie le troupeau du Christ. Va donc, homme de Dieu ! Ce n'est pas des hommes que tu as reçu et que tu as appris l'Évangile du Christ; c'est le Seigneur luimême qui t'a tiré des rangs des juges de la terre pour t'asseoir dans la chaire des apôtres. Livre le bon combat. Guéris les maladies du peuple, si quelqu'un s'y trouve infesté de la contagion arienne. Renouvelle les anciens sentiers des Pères, et aie soin de fortifier, par la fréquence de nos relations, cette amitié mutuelle dont tu as jeté le fondement. Ainsi nous pourrons être voisins par l'esprit, bien que de longues distances nous séparent sur cette terre*. »

a. Ep. 197, I.

Voisins par l'esprit, ils le furent, ces deux grands hommes qui s'étaient devinés sans se connaître. Il y a plus que des similitudes de pensées, il y a des traces visibles de Tinfluence de Basile dans les écrits et les discours de saint Ambroise. Mais, plus heureux que Basile, Ambroise pourra employer erficacement à Tamélioration des rapports de l'Eglise et de l'État ces grandes qualités de gouvernement qu'il avait en commun avec lui.

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