‹ Saint Basile (329-379): (329-379)Chapitre 58 sur 146 · Rufin, Hist, eccL, I1 1 Q · texte numérisé non relu

Rufin, Hist, eccL, I1 1 Q

rent obligés à exercer une nouvelle pression sur Tévêque. Les gens de la suite de l'empereur s'en mêlèrent. Un fonctionnaire, originaire d'IUyrie, et dont le rang n'est pas clairement indiqué, se crut le droit d'interroger Basile, en présence de nombreux officiers*. Modestus, dont la colère s'était rallumée, fit de nouveau comparaître Tévêque. Mais cette fois il s'était entouré de tout l'appareil de la justice. Il siégait dans son cabinet, séparé de la salle d'audience réservée au public par un voile, qu'on levait pour le prononcé de la sentence : autour de lui était rangé tout Vofficiurriy appariteurs, hérauts, licteurs. Malheureusement, personne ne nous a transmis les paroles échangées dans cette nouvelle audience, à laquelle apparemment Grégoire de Nazianze n'assistait pas, et dont Grégoire de Nysse se borne à décrire la solennité terrifiante. Ce dernier résume d'un mot l'attitude de son frère : « Le généreux athlète dépassa encore, dans cette seconde épreuve, la gloire qu'il avait acquise dans le premier combat. »

Découragé, le préfet du prétoire vint faire son rapport à Valens. « Seigneur, dit il, nous sommes vaincus par cet évêque. Il est supérieur à toutes les menaces, ne se laisse ébranler par aucun discours, et demeure insensible aux flatteries. Il faut nous attaquer a déplus faibles. De lui l'on obtient rien : une seule voie reste ouverte, la violence*. » Valens recula devantcette extrémité. Moins brutal que ses serviteurs, il ne pouvait s'empêcher de ressentir de l'admiration pour tant de courage. Quelque apaisement se fit dans son esprit, a Le fer se laisse amollir par le feu, » dit saint Grégoire de Nazianze, qui ajoute : « Mais il ne cesse pas pour cela

I. Saint Grégoire de Nysse, Contra Eunomium, I. a. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII^ 5i.

d'être du fer. » Valens se demandapar quel moyen, sans abandonner ses propres opinions, il parviendrait à se concilier Basile. L'approche d'une des grandes solennités de TEglise parut lui en donner l'occasion.

C'était le jour de l'Epiphanie (6 janvier 372). Le peuple était assemblé dans la principale église de Césarée : l'office se célébrait avec cette régularité et cette pompe que Basile avait établies. Valens, suivi de sa cour, entra dans la basilique et se plaça parmi les fidèles. Il écouta d'abord avec admiration le chant alterné des psaumes, où les voix de tous les assistants, divisés en deux chœurs, se répondaient, dit saint Grégoire, avec un bruit de tonnerre. Puis ses regards se portèrent vers l'autel, situé au fond de l'abside. Là, suivant l'usage antique, Basile était debout, faisant face au peuple : tout le clergé se tenait autour de lui. Sans paraître s'apercevoir de la présence de l'empereur, il continua le saint sacrifice, « le corps, les yeux, l'esprit aussi immobiles que s'il n'y eût eu rien de nouveau, droit comme une colonne et attaché pour ainsi dire à Dieu et à l'autel. » C'était, dit saint Grégoire, un spectacle angélique plutôt qu'humain. Accoutumé aux attentions complaisantes des prélats de cour, Valens n'avait rien vu de semblable. Aussi, quand le moment fut venu d'apporter à la sainte table les dons que chacun avait préparés, l'empereur se sentit troublé. Personne ne se présentait pour recevoir son oflrande, parce qu'on ne savait si Basile l'accepterait : il se mit à trembler tellement, que si l'un des ministres de l'autel n'avait avancé la main pour le soutenir, il serait tombé à terre*.

Basile, cependant, parait avoir reçu le présent de Valens. Il eût pu le refuser, à l'exemple du pape Li-

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