Socrate, V, a; Sozomène, VII, i
rempli de dangers dans la Thrace ravagée par la guerre*.
Quand ces heureuses nouvelles lui parvinrent, le saint évêque de Césarée était déjà sur son lit de mort. Bien qu'âgé seulement de quarante-neuf ans, le travail, le jeûne, la maladie, les épreuves, avaient fait de lui un vieillard. Il se sentait près de sa fin. Ses derniers jours se passèrent à donner aux meilleurs de ses disciples des instructions suprêmes, dans lesquelles il montra sa lucidité et sa vigueur accoutumées. Puis, comme quelques-uns n'avaient pas reçu les ordres du diaconat ou de la prêtrise, il eut encore la force de les leur conférer. Cependant la connaissance de son état s'était répandue dans Césarée, où il était si populaire. Toute la ville assiégea bientôt la demeure épiscopale. On pleurait, on priait : chacun eût volontiers retranché de ses jours pour ajouter à ceux de l'agonisant. « Il y en avait, nous dit-on, que la pensée de sa mort prochaine rendait comme fous. » Le saint parlait encore à ceux qui l'entouraient. Il leur rappelait les doctrines qu'il avait prêchées toute sa vie; il les exhortait à devenir meilleurs. Enfin, sa voix s'éteignit, et murmurant, dans un dernier souffle, les paroles du psaume : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains, » il expira*, le i" janvier 379'.
Ses funérailles, présidées par Grégoire de Nysse, furent un triomphe. Des membres du clergé portaient à découvert le corps de Basile : tout le peuple se pressait alentour; les uns cherchaient à toucher une frange
a. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLJJI^ 7^"79'
Jalirbucher des christlichen Kirche un ter dem Kaiser Theodosius dem
Grosserij 1897, p. 476.
de ses vêtements, d'autres k poser la main sur son cercueil : il y en avait qui s'efforçaient, au passage, d'être atteints par son ombre, ou qui baisaient le sol que les porteurs avaient foulé. La foule précédant ou suivant la sainte dépouille remplissait successivement les rues, les places, les portiques de la cité; tous les étages des maisons étaient garnis de spectateurs. La douleur pu« blique éclatait si fort, que les gémissements empêchaient d'entendre les chants liturgiques. Tous marchaient confondus dans le même deuil : étrangers, païens, juifs, pleuraient comme les catholiques. L'empressement fut si grand, qu'il y eut des personnes écrasées : mais telle était l'exaltation du sentiment populaire, qu'on ne les plaignait pas, les jugeant heureuses de mourir avec Basile. C'est h grand'peine qu'on put enfin arracher aux mains qui ne cessaient de le saisir le cercueil du saint, et le descendre dans le caveau funéraire des évêques de Césarée*.
Saint Grégoire de Nazianze, retenu par la maladie, ne put être présent h la mort et aux funérailles de son ami. On sait qu'il fit de lui, en 38 1, une magnifique oraison funèbre. C'est la source la plus précieuse et la plus abondante pour la biographie de saint Basile. Grégoire de Nazianze ne borna pas à ce discours l'honneur dû à une chère mémoire. II lui consacra une longue cpitaphe en vers, dans laquelle, après avoir éloquemment célébré le docteur et l'évêque, il revient, avec une grâce tout attique, sur les souvenirs de leur commune jeunesse : « O les entretiens ! ô la demeure de notre amitié ! ô la belle Athènes ! ô l'antique familiarité d'une vie vraiment divine' ! » Mais plus touchante
I. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio XLIII, 80. a. Saint Grégoire de Nazianze, Epitaph, 119.
que toute autre parole, parce qu'on n'y sent point d'apprêt, est la lettre qu'il écrit à saint Grégoire de Ny$sc, aussitôt après avoir reçu la nouvelle de la mort de son frère :
« il était donc réservé à ma triste vie d'apprendre ]a mort de Basile, le départ de cette sainte âme, main* tenant présente devant Dieu, ce qui était le sujet de sa méditation continuelle ! Entre tant d'autres causes de regret, j'ai celui d*avoir, par la grave et dangereuse maladie dont je suis présentement atteint, été privé d'embrasser sa sainte dépouille, de m'entretenir avec ' toi de notre douleur commune, et d'apporter des consolations à nos amis. Mais ce que peut être la solitude de cette Église, dépouillée de sa gloire, privée de sa couronne, on ne saurait ni le dire ni le faire entendre, à ceux-là au moins qui ont un peu d'àme. Toi-même, bien qu'entouré d'amis et d'encouragements, il me semble que tu ne peux avoir d'autre consolation que son souvenir et la pensée du grand exemple que l'un et l'autre vous avez donné à tous, tant par votre modération dans la prospérité que par votre patience dans le malheur. Car, en vérité, en ceci consiste toute la philosophie, rester modéré quand on est heureux , supporter avec honneur l'infortune. Voilà ce que j'ai voulu t'écrire. Mais moi, qui écris ainsi, quand et comment me consolerai-je jamais? Une seule chose le pourra faire, ta société, tes entretiens, que ce bienheureux nous a légués, afin que, regardant ses vertus en toi, comme dans un beau et clair miroir, nous croyions le posséder encore'. »
Saint Grégoire de Nysse garde, lui aussi, pour son frère un véritable culte. A l'un des anniversaires de sa