I. Hexaem,, III, 9. Voir aussi IX, i
Q. Ibid,j V, a.
fendre la liberté et la responsabilité humaines par des arguments qui gardent toute leur valeur contre le mo derne déterminisme*.
Amené par son sujet à passer en revue toute la création, planètes, mers, plantes, oiseaux, poissons, reptiles, quadrupèdes, et à chercher dans chacune des créatures de Dieu une raison de le louer, Basile se trouve décrire la nature, telle qu'on la connaissait de son temps. C'est, en quelque sorte, l'astronomie, la physique, l'histoire naturelle, qu'il résume pour ses auditeurs. Sans doute, les erreurs sont nombreuses. Les sciences naturelles de ce temps offraient d'énormes lacunes, acceptaient sans les vérifier d'étranges hypothèses, et demeuraient resserrées entre les bornes les plus étroites. Il serait aisé de le montrer par les discours mêmes de Basile. Mais en avons-nous le droit? L'enchaînement des idées, la trame solide et sobre du raisonnement, dans la première homélie swtV Hexaemeron^ fait songer à Descartes : se souvient-on de ce qu'était la physique de Descartes, et de quelles hypothèses se contentait quelquefois son génie? Qui sait même si plusieurs de celles qui font la gloire de la science moderne seront encore acceptées de nos descendants ? Il vaut mieux voir dans VHexaemeron ce qui s'y trouve en effet : un tableau du monde créé, où bien des détails pourraient être corrigés, mais où se montre une information très vaste, où abondent les images splendides et les peintures délicates, et qui annonce le Traité de V existence de Dieu de Fénelon ou quelques-uns des plus beaux chapitres du Génie du christianisme.
On comprend tout ce qu'un esprit pratique comme celui de Basile devait, dans un tel cadre, placer d'u-
I, Hexaem,^ VI, 7.
tiles conseils et d'allusions ingénieuses. Les auditeurs suivaient avec ravissement ses descriptions ; tout h coup, un trait moral s'en dégageait, et Tun ou l'autre le recevait en plein cœur; les créatures sans raison devenaient au besoin les moniteurs de l'homme. L'indifférence ou la cruauté de certains oiseaux pour leurs petits, qu'ils abandonnent ou rejettent du nid dès qu'ils les voient en état de voler, lui est une occasion d'avertir les pères dénaturés qui, par avarice, vendent leurs enfants, ou par caprice leur font une part inégale. Le veuvage fidèlement gardé par la tourterelle lui sert a faire rougir les femmes chrétiennes trop empressées à de nouvelles noces. S'il décrit, de façon charmante, la construction d'un nid d'hirondelle, bâti d'un peu de paille et d'un peu de boue, c'est pour apprendre aux plus pauvres à ne pas désespérer de la Providence. Les soins prodigués par les jeunes cigognes aux vieilles prêchent la piété filiale. Les services que rendent, dît-on, les corneilles aux cigognes voyageuses condamnent ceux qui manquent aux devoirs de l'hospitalité et ferment en hiver leur porte au voyageur. Les oies du Capitole, elles-mêmes, ne sont pas oubliées : allusion rare chez Basile à l'histoire romaine'. La nature est ainsi, pour l'orateur de Césarée, « une ample comédie aux cent actes divers, » dont le dénouement est toujours une leçon de morale.
L'homélie VII, sur les habitants des eaux, est pleine de conseils ingénieusement tirés des mœurs des poissons*. Un auditoire composé de Cappadociens devait les écouter avec d'autant plus d'intérêt qu'il était, par Tcloignement, plus étranger aux choses maritimes, et que beaucoup des récits de Basile avaient pour lui