CHAPITRE TI
Une autre série de sermons est généralement attribuée à Tépoque où Basile était encore simple prêtre. Ce sont les homélies sur les psaumes. Tillemont pense que le grand orateur expliqua au peuple de Césarée tout le psautier. Mais il ne reste de ce vaste commentaire, si en effet il fut donné, que treize homélies dont Tauthenticité soit incontestable. Ce sont moins des discours que des méditations ou, comme eût dit Bossuet, des élévations. Dans chacune d'elles, Basile commente, verset par verset, le texte d'un psaume. De telles compositions, qui n'ont pas de plan arrêté, se prêtent peu à l'analyse. Le ton n'est plus celui de VHexaemeron, Les raisonnements calmes et précis, les pieuses effusions, y remplacent les tableaux brillants. Cependant on y peut encore noter bien des traits de mœurs. Basile est aussi hardi dans la chaire de Césarée que Jean Chrysostome dans celle d'Antioche ou de Constantinople. Par là encore, il se montre vraiment prédicateur populaire.
Dans la foule qui se presse pour l'entendre, que de types divers I Les riches sont en grand nombre : Basile , qui les connaît tous, qui sait l'histoire de chacun, n'est pas tendre pour eux. Il faut avouer que ceux qu'il flagelle l'ont souvent mérité. Il y a les orgueilleux. Ceux-
ci quelquefois sont des bienfaiteurs de la cité; ils Tembellissent, suivant Tusage antique, en y construisant des murailles, des forums, des gymnases, des aqueducs : mais ils gâtent leurs bienfaits par une vanité ridicule. Partout s'étalent leurs noms et les inscriptions célébrant leur munificence^ D'autres ont la vanité moins inoITensive : ils dépensent leur fortune à donner au peuple rimmoral et cruel spectacle des combats d'animaux et de bestiaires*. Viennent ensuite les voluptueux, qui se traînent dans la boue des plaisirs sensuels. Toute une homélie (la seconde sur le psaumeXI V) est dirigée contre les usuriers. Ceux*ci spéculent sur la misère publique, perçoivent mois par mois l'intérêt des sommes prêtées, et, « plantant sans terre, moissonnant sans épis, » fout rendre à leur argent dix, quelquefois cent pour cent. Mais, avec la sûreté habituelle de son jugement, Basile, s'il maltraite les mauvais riches, ne condamne pas la richesse. Uargent est sans doute pour lui « l'origine des maux, la cause des guerres, la racine des haines'; » cependant la possession en est légitime, à condition de se souvenir « qu*il coule dans la main comme l'eau, » et par conséquent de n'y pas attacher son cœur. Ce n'est pas un bien en soi : il ne mérite ni l'admiration ni l*amour : mais c'est un utile serviteur, un valable instrument, dont il est licite d'user*.
La sollicitude de Basile est surtout pour les petits, pour ces pauvres gens dont il a reçu les confidences, qu'il verra peut-être passer dans les asiles ouverts par lui à toutes les misères. Il leur apprend à ne pas se scan-
I, In psalm, XLVIIIy 7; inpsalm, LXI^ ^.
Q. Inpsalm, LXIy 4* 3, Inpsalm, XIV ^ 5.
4* In psalm, LXI^ 5,
daliser de l'inégale répartition des biens de ce monde*. II leur enseigne à s'incliner, en ceci comme en toutes choses, devant les insondables jugements de Dieu*. II essaie de leur faire comprendre les avantages relatifs de la pauvreté'. II leur prêche surtout le travail, et leur recommande avec la plus grande énergie de fuir les emprunts. Mieux vaut vendre son superflu, retrancher tout luxe, que de se lier à une dette. Mieux vaut accepter un labeur manuel, louer ses services, mieux vaudrait même mendier, que de tomber aux mains des usuriers. « J^ai vu, spectacle lamentable, des enfants de naissance libre conduits par leurs pères sur le marché, et mis en vente, afin de rembourser un prêteur*! » On sent qu'ici — et, dans un autre endroit, a propos des femmes esclaves^, — Basile touche à des plaies vives.
Dans les homélies sur les psaumes se rencontrent de très beaux passages, où les plus hautes intelligences et les âmes le plus délicates chercheront leur pâture. Mais le caractère pratique, populaire, domine dans l'ensemble. « Ces brèves paroles que je vais dire importent beaucoup a la conduite de la vie*. » Une fois, bien qu'il donne ordinairement peu à l'imagination, Basile semble lui emprunter ses couleurs les plus voyantes pour peindre le tableau du Jugement dernier :
« Quand tu es tenté de quelque péché, pense au terrible et insoutenable tribunal du Christ. Là, sur un trône sublime, préside le Juge. En sa glorieuse présence toute créature est debout, tremblante. Nous lui