Saint Grégoire de Nazianze, Oratlo XLIII
les livres contre Eunome et le traité du Saint-Esprit. Avant de donner de ces deux ouvrages une rapide analyse, je dois reproduire une page où leur caractère général est admirablement résumé :
« Dès qu'on a jeté les yeux sur ces écrits, on se sent porté, pour ainsi dire, en pleine mer de philosophie : le platonisme, le péripatétisme, Téclectisme d'Alexandrie, toutes ces variétés de la pensée métaphysique de Tantiquité sont évidemment familières et présentes à l'esprit de l'écrivain; il y emprunte à tout instant des idées, des explications, des définitions. Sur la nature divine, sur les rapports des diverses hypostases dont elle se compose, sur le rôle de chacun de ces éléments de l'indivisible Trinité, des lumières sont puisées tour à tour à ces foyers divers. Mais une philosophie du dogme propre à Basile, et suivie par lui dans toutes ses pensées, plus d'un commentateur l'a cherchée^ trompé par ce nom de Platon chrétien que les contemporains lui avaient décerné. La recherche a toujours été infructueuse. Rien de semblable n'a été et ne sera trouvé. L'arme de la philosophie est entre les mains de Basile purement défensive. Quand les ennemis de la foi attaquent le dogme ou le dénaturent en vertu d'un argu ment tiré d'un système philosophique, Basile entre à X leur suite dans le système qu'ils ont adopté, pour leur prouver que leur argument est sans force et ne porte pas la conséquence qu'ils en font sortir. Puis, une fois l'attaque repoussée, il rentre dans la citadelle du dogme et la referme sur lui*. »
Cette méthode suppose chez celui qui l'emploie une vaste érudition, l'intelligence de tous les systèmes des
1. A. de Broglie, V Église et V Empire romain au IF* siècle^ t. V, p. 33o.
philosophes : ses résultats suffiraient à justifier, s'il en était besoin, la direction large imprimée par Basile, par Grégoire de Nazianze, et en général par tous les Pères grecs, h l'éducation des jeunes chrétiens. Si ï'abus de la philosophie égara des esprits chimériques, et favorisa par eux le développement des hérésies, sa possession complète munit contre cet abus même et contre ses conséquences les plus illustres champions de la foi. Même quand ils se renfermèrent, comme Basile paraît Tavoirfait, dans une action purement défensive, on put admirer la trempe solide de leurs armes. Elle se montre dans la polémique de notre saint avec Eunome. Basile se borne h réfuter Y Apologétique de cet hérésiarque. Il a pour unique but de parer les coups portés à la doctrine chrétienne. Rien ne marque Tintention de construire de celle-ci une belle et large synthèse, il la façon d'un saint Augustin ou d'un saint Thomas. Mais, dans ces limites restreintes, Basile se révèle polémiste de premier ordre.
Le livre contre Eunome' est pourtant une œuvre de jeunesse. Il fut écrit avant 364'* soit pendant le premier séjour que Basile fit auprès d'Eusèbe, évêque de Césarée, soit quand il eut quitté celui-ci pour se retirer momentanément h Annesi'. Dans une phrase de Texorde, Basile parle de sa faiblesse et de son inexpérience. Sans doute il s'exprime ainsi par un excès de modestie. Mûrie par la prière et Tétude, sa jeunesse valait la maturité de bien d'autres, et tout laisse voir qu'au moment où il écrivait la réfutation d'Eunome, il n'était plus un débutant. L'œuvre, cependant, avait ses difficultés. Sans
I. On conteste que les liyres IV et V soient de saint Basile.
a. Ep. ao.