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chaleur, sans onction, sans piété, même sansslyle, Eunome, évêque de Cyzique, n'était pas un adversaire négligeable. Nul plus que ce dur et subtil raisonneur ne savait jouer avec la logique, et pousser de déductions en déductions un argument à ses dernières conquences. Il se tient à Textrême gauche de Farianisme, mais, en réalité, c'est un pur rationaliste. Il pose en principe que la nature de Dieu est pleinement intelligible à rhomme^ Puis, avec une audace tranquille, prenant des mots pour des idées, et le mécanisme du raisonnement pour Tévidence, il dresse un système d'où ont disparu tous les compromis, tous les artifices de parole, par lesquels l'hérésie essayait de se rattacher au dogme chrétien. C'est, selon l'expression de Basile, « la sagesse vaine et tout extérieure, » ruinant « la simplicité de la doctrine transmise par le Saint-Esprit. » C'est, Cl sous un faux semblant de christianisme, la négation formelle de la divinité du Fils de Dieu^ » En un mot, c'est l'arianisme, dans une nudité effrayante aux ariens eux-mêmes.
Basile prend le meilleur moyen de le montrer. Sans rien dissimuler de l'argumentationd'Eunome, il en transcrit l'un après l'autre les passages caractéristiques, faisant suivre chaque argument d'une réfutation à la fois ample et rigoureuse. Il suit avec une admirable souplesse tous les replis de la pensée de son adversaire, et se montre, avec un tout autre talent d'exposition, aussi expert raisonneur que lui; mais chez Basile lapiété tendre, la profonde intelligence du dogme catholique, l'ardent amour des âmes, donnent au raisonnement de la chaleur, sans rien enlever de sa précision.
I. Cf. saint Basile, Ep» i6, a33, a34i a35« a. Saint Basile, jédt^, Eunomium^ I, i.
Citer des morceaux d'un tel écrit est à peu près im» possible, car rien n'y est donné à l'imagination ou à l'agrément, la passion reste toujours contenue, l'éloquence même se tait, et il serait malaisé de détacher un anneau quelconque de cette chaîne solide, où rien ne brille, où tout se tient. Ceux qui auront la patience d'entreprendre la lecture assez austère et dilBcile des livres contre Eunome reconnaîtront la vérité de ce que saint Grégoire de Nazianze, dans un passage que nous avons cité ailleurs, dit de la grande puissance de dialectique acquise par Basile^
Basile s'efforça de répandre son livre. Malgré son humilité, il se rendait compte du bien que celui ci pouvait faire. En adressant un exemplaire h un chrétien lettré, le sophiste Léonce : u En ce qui te concerne, écrit-il, je pense que tu n'en as pas besoin ; mais j'espère que, si lu rencontres des esprits pervers, tu trouveras dans ce livre un trait qui ne sera pas sans force. Non que j'aie une grande confiance en la valeur de mon œuvre ; mais tu es capable de tirer de quelques raisons une argumentation puissante. Si divers points, cependant, te paraissaient faibles, n'hésite pas à me les signaler. L'ami diffère du flatteur, en ce que celui-ci parle pour plaire, celui-là ne craint pas de dire ce qui déplaît*. »
Basile se défiait trop de lui-même, car Eunome se sentit profondément atteint. Il tenta de répondre à l'écrit de Basile ; on dit qu'il consacra plusieurs années, la plus grande partie du temps qui lui restait à vivre, à composer une apologie de son propre livre*. L'arien