‹ Saint Benoit et les ordres religieux dont il fut le fondateurChapitre 10 sur 37 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

néreuse violence, les attraits de la volupté en une douleur vive mais salutaire... Ces épines rappelèrent à son souvenir , et l'ancienne malédiction de notre nature , et les supplices que le Sauveur a soufTerts pour nos voluptés infâmes.

o C'est là ce que doit faire en nous le plaisir des sens. Aussitôt qu'il commence à se réveiller, cette douceur trompeuse dont il nous séduit, nous doit rappeler la mémoire de ce trouble, de cette alarme, de cette amertume, où ces excès ont plongé la sainte âme de notre Sauveur. Ne croyons pas que ce combat nous soit inutile ; au contraire , la vie* toire nous est assurée. Saint Benoît , par ce seul effort, a vaincu pour jamais la concupiscence. •• Sortons donc du plaisir des sens; mais prenons garde , qu'en sortant de cet embarras , pour aller à Dieu librement , nous ne nous arrêtions pas en chemin, et ne soyons pas retenus par la satisfaction de Tesprit.

j» C'est à quoi s'est opposé le grand saint Benoit, lorsqu'il s'est obligé , ainsi que ses religieux , à la loi de l'obéissance. Yonlons*nous que nos passions soient invincibles? En les autorisant par notre 11* berté indocile , nous les mettons en état de ne pouvoir plus être réprimtWs. Vous suiyez vos inclina-

tioDs , VOUS faites ce que vous voulez , vous ne pouvez plus en être le maître , vous allez où vous ne voulez pas , et ces chaînes que vous avez vousmêmes forgées , vous coûteront plus à rompre que le fer le plus dur. Vous voilà donc où vous ne voulez pas : ainsi vous arrivez à la servitude par la liberté.

» Prenez une voie contraire : allez à la liberté par la dépendance. Qu'est-ce que la liberté des enfants de Dieu , sinon une étendue et une dilatation d'un cœur qui se dégage de tout le fini ? Voulezvous être libre? dégagez-vous; n'ayez de volonté que celle de Dieu : ainsi vous entrerez dans les puissances du Seigneur , et oubliant votre volonté propre , vous ne vous souviendrez plus que de sa justice.

» La perfection chrétienne n'est pas dans un degré déterminé ; elle consiste à croître toujours. Jésus-Christ en est le modèle; c'est lui que nous devons suivre. Jamais nous ne pourrons, dans cette vie, atteindre àl'éminence de sa sainteté; par conséquent , il faut avancer sans cesse et sans se relâ-^ cher jamais... Ainsi saint Benoît, après avoir mené 868 disciples par tous les sentiers de la perfection , à la fin il les rappelle au premier pas , en leur fai-

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tant sentir qae tout ce qu'il leur a prescrit n'est encore que le commencement d'une vie vraiment chrétienne et religieuse, a Qui que vous soyez, leur dit-il , qui désirez arriver promptement à la cékste patrie, accomplissez, par la grâce de Jésus-Christ, cette règle comme un petit commencement de la vie numastique, et vous vous élèverez enfin, en lapra^ tiquant, à déplus grandes choses; vous parviendrez, 4kvec le secours de Dieu, au comble dune doctrine toute sainte et dtune vertu toute divine. . . )> Il appelle l'accomplissement de sa règle un petit commencement... Et pourtant, cette règle, c'est un précis du christianisme , un docte et mystérieux abrégé de toute la doctrine de l'Evangile , de toutes les institutions des saints Pères , de tous les conseils de perfection. Là paraissent , avec éminence , la prudence et la simplicité , Thumilité et le courage, la sévérité et la douceur, la liberté et la dépendance. Là la correction a toute sa fermeté, la condescendance tout son attrait , le commandement toute sa vigueur, la sujétion son repos, le silence sa gravité, la parole sa grâce , la force son exercice , la faiblesse son soutien } et toutefois il l'appelle un commencement,, pour nourrir toujours ses enfants dans la crainte... Que si ceux-là vivent en crainte , qui

sont dans la voie de perfection; combien doiveat être saisis de frayeur ceux qui s'abandonnent aux vices!... »

On voit , par ce court extrait ^ combien TÉglise, parla bouche de ses pontifes les plus éclairés, a toujours vénéré saint Benoît et la règle qu'il a donnée à ses enfants. Nous allons voir, dans la seconde partie , comment la famille bénédictine s'est répandue par toute TEurope, et les fruits salutaires qu'elle a fait naître sous ses pas. Le récit des travaux immenses accomplis par les fils de saint Benoît serait une tâche bien longue , quoique bien consolante; nous nous bornerons à indiquer les contours de ce grand tableau. Nous rappellerons à la mémoire de nos lecteurs , que les monastères de saint Benoît ont été des pépinières de saints ; que c'est dans leurs asiles que se sont conservées les saines doctrines et les traditions des sciences antiques. Pendant les troubles et les convulsions politiques des époques qui suivirent leur fondation, lorsque les Barbares se répandirent par toute l'Europe, leurs cloîtres furent des sanctuaires que la colère des vainqueurs n'osa franchir. Ils conservèrent les livres anciens , les manuscrits rares et précieux , et perpétuèrent jusqu'à nous les connais-

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lanœs et les découvertes de ranttqaité. Leurs grands travaux scientifiques et l'exemple des vertus qu'ils donnèrent au monde ne furent pas les seuls biens dont les hommes leur furent redevables. La règle de saint Benoit leur ordonnait impérieusement le rude travail de la terre , et par ce travail ils sont parvenus à défricher une grande partie de l'Europe , qui jusqu'à eux était demeurée à demi inculte et sauvage. Ces défrichements ont été la source des immenses richesses qu'ils ont possédées pour les pauvres ; car ces saints religieux n'en profitaient pas : ils avaient une règle austère et rigoureuse qui ne leur permettait pas de jouir des délices et des commodités de la vie; ce rude travail qui leur était commandé en est la preuve, leurs richesses ont été le prix de leur labeur ; ces terres que leurs sueurs ont rendues fertiles , sans eux seraient peut-être encore couvertes d'épines et d'eaux stagnantes; leurs immenses produits eussent été perdus pour la nourriture du pauvre et la jouissance du riche, car tous en ont profité, tous se sont ressentis de cette augmentation de denrées agricoles ; et l'on ne saurait assez s'étonner de l'injustice de ceux qui ont osé reprocher aux moines la possession de leurs biens , et en ont fait un titre

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d'accusation pour usurper leurs domaines ^ raser leurs cloîtres et leur faire souffrir tous les genres de persécutions.

Les merveilles que les Trappistes accomplissent de nos jours en Algérie , disent éloquemment au prix de quels travaux les moines acquéraient la possession de leurs domaines; le présent jette une vive lumière sur le passé.

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