CHAPITRE IT
Ils se séparèrent le lendemain matin ; et trois joars après, sainte Scholastiqae moarut au miliea de ses religieuses. Saint Benoît, qui se trouvait alors dans sa cellule , ayant levé les yeux , vit Tàme de sa bien-aimée sœur entrer au ciel sous la forme d'une colombe. Transporté d'une sainte joie, il rendit grâces à Dieu , annonça la mort de sa sœur aux religieux, et les envoya chercher le corps de la bienheureuse , qu'ils rapportèrent au Mont-Cassin. Saint Benoîl le fit placer dans le tombeau qu'il avait préparé pour lui-môme , afin , dit saint Grégoire, de qui nous tenons ces détails, que la mort ne séparât point les corps de ceux dont les esprits avaient toujours été unis si étroitement en Dieu.
Mort de saint Benoti.
Le saint patriarche ne survécut pas longtemps à sa sœur; Dieu lui avait fait connaître que la fin de sa vie était proche ; il l'annonça à quelques-uns de ses disciples y en leur recommandant le secret j et en leur donnant des signes qui devaient leur indiquer le moment de cette cruelle séparation. Le quinzième jour de mars 543, il fit ouvrir son sépulcre . préparé depuis longtemps , avertissant par là ses fils qu'ils ne devaient plus nourrir l'espoir de le voir sur la terre , et il fut aussitôt saisi d'une fièvre violente, qui alla croissant jusqu'au sixième jour; alors il se fit porter à l'oratoire, reçut le corps et le sang du Seigneur; et, soutenu entre les bras de ses disciples , les mains et les yeux levés au ciel, il rendit paisiblement sou esprit à son Créateur.
CHAPITUE V. 41
C'était le vingt-unième jour de mars , jour auquel l'Eglise célèbre sa mémoire. Saint Benoit était âgé de soixante-trois ans. Il fut enterré dans l'oratoire de saint Jean-Baptiste y qu'il avait élevé à la place de Tautel d'Apollon , et il se fit beaucoup de miracles à son tombeau. L'œuvre qu'il avait fondée , en se perpétuant pendant treize siècles , rendit son nom illustre et cber parmi les bommes.
Bossuet remarque 'que la vie de saint Benoit est un parfait modèle de la vie chrétienne , parce que, sans se reposer jamais y il a tendu sans cesse à une perfection plus haute, a Nous le voyons premièrement , dit-il y sortir des plaisirs des sens , par la mortification et la pénitence ; secondement y de la satisfaction de l'esprit , par l'amour de la discipline et de la régularité monastique ; enfin, sortir de la voe de sa propre perfection , par une parfaite humilité et un ardent désir de croître... Aussitôt , continue-t-il , qu'il fut arrivé à cet âge ardent où je ne sais quoi commence à se remuer dans le cœur, que la contagion des mauvais exemples et sa propre inquiétude précipitent à ^oute sorte d'excès ; aussitôt il se sentit obligé à prêter l'oreille attentive à Celui qui lui disait ; Egredere , sors I J'aurais besoin
1 Panégyriqae de saint Benoit.
d'emprunter ici les couleurs de la poésie ; pour \ous représenter vivement cette affreuse solitude , ce désert horrible et effrayant dans lequel il se retira. Un silence affreux et terrible , qui n'était interrompu que par les cris des bétes sauvages ; et comme si ce désert épouvantable n'eût pas été suffisant pour sa retraite, au -milieu de ces vallons inhabités et de ces roches escarpées , il se choisit un trou profond , dont les bétes n'auraient pu qu'à peine faire leur tanière. C'est là que se cache ce saint jeune homme , ou plutôt c'est là qu'il s'en— terre tout vivant, pour y faire mourir tous ses sens , jusqu'aux affections les plus naturelles. Sa vie toute céleste l'élève déjà à la condition des anges; uniquement occupé de la prière et de la méditation des vérités éternelles , il oublie presque qu'il a un corps , et semble avoir perdu le sentiment de ses besoins. Un religieux le nourrit du reste de son jeûne... Mais , ô faiblesse de notre nature , qui trouve toujours en elle-même le principe de sa perte! le feu infernal le poursuit jusque dans cette grotte affreuse ; déjà elle lui parait insupportable , déjà il regarde le monde d'un œil plus riant... Animé d'un saint transport , il se jette dans un amas d'épines , et convertit , par cette gé-