‹ Saint Benoit et les ordres religieux dont il fut le fondateurChapitre 16 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

place publiqne^de Rome des jeunes gens dont la beauté le frappa, il demanda à quelle nation ils appartenaient : — Ce sont des Anglais , lui réponditon. — Dites plutôt des anges , dit le bon pape. Ces enfants furent en effet des anges dans un autre sens que celui qui avait frappé d'abord le bon cœur de Gr^oire. Leur apparition fut comme un éclair qui dirigea sa pensée vers le pays d'où ils étaient venus. 11 résolut d'y envoyer prêcher l'Evangile, et il jeta les yeux sur un saint homme , humblement caché dans le monastère de l'Ordre de saint Benoît^ bâti sur le mont Cœlius. Ce futur apôtre de l'Angleterre s'appelait Augustin ; il était très-fervent dans l'oraison, car nul ne devient apôtre sans avoir été homme de prière : c'est en sortant du Cénacle que les Douze allèrent évangéliser le monde.

Augustin partit pour l'Angleterre avec quelques autres religieux d'une vertu éprouvée. Ils prirent terre au pays de Kent , où régnait alors Ethelbert, qui avait pour femme une princesse catholique , de la race royale franque. Ce roi , poussé par la grâce divine et par les conseils de sa pieuse compagne , prêta une oreille favorable aux hérauts de la bonne nouvelle , et une moisson abondante s'offrit à leur 2èle et à leur courage. Les sueurâ apostoliques arro-

sèrent le sol de l'Angleterre , mais le sang des religieux et des prôtres ne s'y mêla point : seule la réforme devait le faire couler. De la Tamise jusqu'à la Tweed, des montagnes de l'Ecosse jusque dans les îles les plus reculées qu'habitaient alors les pirates norsesy les Bénédictins portèrent les enseignements de Jésus-Cbrist. De nombreux monastères , parmi lesquels on comptait Westminster à Londres, Bangor, Nutcell, Ely, Glastembury, couvrirent la surface de la Grande-Bretagne y et le nombre des saints qui vécurent, les uns dans le cloître, les autres sur les sièges épiscopaux, les autres sur le trône, les autres cachés au fond des solitudes, méritèrent à cette contrée la gloire d'être nommée Vlk des saints. L'Eglise catholique révère ces grands noms : elle admire dans saint Augustin , saint Juste , saint Mellit, saint Paulin, la générosité du zèle apostolique ; dans Ethelbert , Alfred le Grand , Edouard le Confesseur, l'union de la grandeur royale et de la perfection chrétienne ; dans saint Dunstan , saint Laurent , saint Malachie , saint Britwald , saint Edmond, le modèle des vertus épiscopales; dans saint Thomas de Cantorbéry, l'invincible fermeté qui lui fit soutenir jusqu'à la mort les droits de la sainte Eglise. La ferveur du peuple anglais persévéra, en

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dépit des guerres civiles , jusqu'aux temps malheu* reux où Henry VIII lui imposa la réforme , et alors même , le peuple anglais résista et protesta , en répandant le sang de ses veines, de son amour pour la religion catholique. Nulle part peut-être la réforme ne rencontra une plus longue résistance et ne fit un plus grand nombre de martyrs. L'Ordre bénédictin paya sa dette de fidélité sur les écbafauds, et j dépouillé , proscrit , menacé de toutes parts , il disparut du sol de l'Angleterre. Cependant on retrouve un bénédictin j le père Huddelston , auprès du lit de mort de Charles II ; ce religieux , au péril de sa vie , consola le monarque mourant et reçut son abjuration : grâce à lui , l'arrière-petit-fils de Marie-Stuart mourut dans la foi de ses ancêtres. Des maisons de Bénédictins anglais furent fondées sur le continent , et fournirent à l'Angleterre des prêtres qui annonçaient la vraie foi sous la menace incessante des tortures et de la hache. Mais retournons vers le passé, vers cette époque heureuse et brillante où l'Angleterre venait de recevoir la foi. Elle voulut communiquer à d'autres nations la joie qui surabondait en elle. Des souvenirs communs, une commune origine rattachaient les Anglo-Saxons, qui habitaient la Grande-Bretagne, aux peuples de

la Germanie , et ils voulurent communiquer les lumières de l'Evangile à cette nation dont ils étaient descendus. Ce furent encore les moines bénédictins qui se chargèrent de cette grande œuvre : à leur tête marcha Winfrid , connu sous le nom de Boniface. Il passa en Allemagne , et sa prédication et ses fatigues furent couronnées des plus heureux succès. La Thuringe, la Bavière, la Hesse reçurent le joug ainiiable de Jésus-Christ. Les idoles tombèrent à la voix des apôtres ; les épaisses forêts ; les fontaines magiques n'eurent plus d^enchantement. Des monastères, asiles de science et de vertu , peuplèrent les solitudes , et des villes vinrent se fonder à leur ombre. On remarquait surtout celui de Fritzlar en Hesse, celui de Hamanabonrg, celui d'Ordoff , celui de Fulde , qui furent gouvernés et habités par des saints. L'ardeur de Boniface croissait avec les années; il voulut aller attaquer l'idolâtrie dans sa dernière forteresse, la Frise sauvage , et là, il fut , ainsi que nous l'avons dit , martyrisé avec un grand nombre de ses disciples. Son œuvre subsista : l'Allemagne , à l'exception de la Prusse , qui resta longtemps païenne , était catholique , et elle donna à l'Eglise un grand nombre de saints. L'ordre monastique y acquit un éclat particulier : des saints,

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tels que saint LoUe , saint Sturme , saint Ludgeri saint Wolfang, saint Thiémon, saint Guillaume ^ saint Rupert; des savants, tels que Baban Maur, abbé de Fulde , Otton de Freysingen y Albert de Staden , Conrad de Lieblenau , abbé d'Urspergs , attirèrent aux fils de saint Benoit le respect et l'amour des peuples. L'heureuse contagion de la sainteté gagna jusqu'aux raees royales. Saint Henry, empereur, sainte Cunégonde, saint Ëlienne, roi de Hongrie, sainte Mathilde, reine de Germanie, sainte Elisabeth de Thuringe , la bienheureuse Marguerite de Hongrie , ratifièrent par leur vie admirable cette vérité : qu'aucun état n'est incompatible avec la sainteté la plus haute. Des religieuses, filles de saint Benoit , sainte Gertrude , sainte Hildegarde , sainte Mechtilde , sainte Elisabeth de Schœnaug , précédaient sainte Thérèse dans les voies de l'amour divin ; une autre religieuse , Roswitha , du monastère de Ganderheims , écrivait, en langue latine, des poèmes et des élégies , encore admirés aujour* d'hui '.

La Suisse participait à ce mouvement religieux; au sein de ses forêts , sur la cime de ses montagnes, au bord de ses lacs , s'élevaient des menas- 1 Roswitha fleurissait vers l*an 970.

tères : celui d'Einsielden , encore debout , nous dit assez quels trésors de vertu, de science, de charité, les doctrines de Luther, Swingle et Calvin ont dérobés à la société. L'ordre monastique fut englouti dans la grande tempête du seizième siècle ; seuls , la Bavière, l'Autriche, les cantons catholiques de la Suisse en ont conservé quelques vestiges. L'Ordre bénédictin a surtout survécu en Autriche ; l'abbaye de Melk , fondée en 984 , existe encore et possède une bibliothèque , précieuse surtout en manuscrits ^ fruits du labeur et de la science des anciens moines. Le Tyrol possède aussi des fils de saint Benoît -, et ceux qui habitent Einsielden ou Notre-Dame des Eritiites, fidèles à leur vocation apostolique, envoient encore des missionnaires aux pays idolâtres. La religion chrétienne fut pour ainsi dire l'étincelle électrique qui réveilla les peuples du Nord de leur long assoupissement , et cette étincelle de vie , ce phare de salut, leur fut porté par les courageux e!n fonts de saint Benoît. Brunon , ou Boniface , appartenait h la première noblesse de la Saxe ; il était l'ami intime de l'empereur Othon III; mais, poussé par l'aiguillon divin , il se déroba aux joies du siècle, entra dans l'Ordre bénédictin, et demanda à ses supérieurs la permission de consacrer sa vie à

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