‹ Saint Benoit et les ordres religieux dont il fut le fondateurChapitre 17 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

évangéliser les Russes idolâtres. Son sang devait sceller son apostolat : il fut massacré par ces paiens» mais ce martyre fut fécond. La princesse Olga et son petit-fils Wladimir embrassèrent la religion chrétienne ; mais le funeste voisinage deTempire de Byzance anéantit ces heureux commencements : le schisme grec régna, et les faibles lueurs de civi« lisation qui avaient commencé à éclairer ces con» trées lointaines , disparurent dans la barbarie et les guerres continuelles.

Après avoir lutté dans l'Italie et dans les Gaules contre les divinités du paganisme et le culte mystérieux des druides , les missionnaires bénédictins p parmi lesquels on distingue saint Anschaire, moine de Tabbaye de Gorbie en France, allèrent en Suède combattre la religion d^Odin , alors forte et triomphante. Repoussé une première fois des rivages Scandinaves , le saint établit près de Hambourg une école où il enseignait l'Evangile à des enfants rachetés de l'esclavage ; mais son vœu le plus ardent était de revoir ces contrées du Nord où il avait jeté les fondements de la foi chrétienne. Sans s'arrêter aux périls et aux difGcultés de sa mission , il partit vers Tan 870, accompagné d'un moine nommé Wismar, et débarqua dans la ville de Birea, située

dans une petite !Ie du lac Mœlar^ aujourd'hui détruite.

La parole de TapAtre trouva de l'écho dans quelques cœurs déjà préparés par les discours des esclaves chrétiens. Nommé archevêque du Nord , Anschaire, pour ne pas s'éloigner des peuples qu'il voulait gagner à Jésus-Christ , fixa sa résidence à Hammaburg, forteresse construite par Charlemagne à l'embouchure de l'Elbe. Des persécutions vinrent assaillir cette Eglise à son berceau ; mais elle surmonta les obstacles qu'elle rencontrait dans la férocité des mœurs et dans l'opposition des grands* Elle triompha par toute la Suède : les temples sanglants d'Odin et de Thor furent renversés; les églises, les monastères prirent leur place ; l'abbaye de Wadstena, de l'Ordre de saint Benoît, devint célèbre par la science de ses religieux; des saints illustrèrent la Suède, et ses rois, autrefois la terreur des peuples, les pirates, les écumeurs de mer, brillèrent aux croisades par leur vaillance et la ferveur de leur piété.

Ce furent encore des missionnaires bénédictins qui prêchèrent les premiers l'Evangile en Livonie et en Esthonie. Saint Bennon , évéque de Misnie , et moine du monastère de Hildesheim , fut l'apôtre

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des Slaves , et sa prédication fat fortifiée par le don des miracles.

Noos n'avons tracé qu'une très-imparfaite esquisse des travaux apostoliques accomplis par l'Ordre de saint Benoit; mais on peut voir par là combien l'Europe entière , combien surtout l'Europe septentrionale est redevable à leur dévouement et à leur zèle. Expulsé aujourd'hui du sein de ces peuples qu'il avait enfantés à Jésus-Christ et amenés au soleil de la civilisation y ce n'est plus que dans un coin de l'Italie qu'on retrouve cet ordre tçl qu'il était dans le passé : le Mont-Cassin , berceau des fils de saint Benoit , les revoit tels que les forme leur sainte règle y pieux et savants y hommes de prière , hommes de travail , et ce n'est que là qu'on peut recomposer le passé, et se figurer ce qu'étaient ces grands monastères de Cluny, de Saint-Denis , de Jumiéges^ de Westminster, de Fulde , de Wadstena y autrefois centres glorieux de science et de piété.

Visite au Mont-Cassi»

Nous empruntons à Fintéressant ouTrage de M. Tabbé Gaume^ les Trois Borne, le récit d'une TÎsite au Mont-Cassin.

« ... Vu du bas de la montagne, le monastère du Mont-Cassin présente l'aspect sévère d'une citadelle. Ses laides voûtes ,^ ses hautes murailles , et tout cet appareil de la force, ne sont que trop justifiés par les circonstances qui accompagnèrent sa fondation et par les événements dont il fut le théâtre durant les premiers siècles de son existence.

» Au pied de cette montagne , dont la cime élancée domine toutes les montagnes d'alentour, arrivait, en 529, un homme jeune encore : il s'appelait Benoît. Vêtu d'une longue robe noire, un bâton à la main , il vient seul , à pied , du désert de

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Sabiaco : mais où va-t-il ? Lui-même peat*élre U l'ignore. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il va, comme ce conquérant fameux, où Dieu le pousse. En effet. Dieu le conduit par la main ; car une grande mission lui est confiée. Au temps où il traversait solitairement les profondes vallées de l'Apennin, on entendait, d'une part, le bruit de l'empire romaio qui tombait avec fracHS sous les coups répétés des Barbares ; de l'autre , les cris sauvages de nouvelles hordes accourant du fond de TAsie pour partager les lambeaux sanglants du vaste colosse ; la destrac* lion marchait à leur suite; partout où elles avaient passé régnait le silence des ruines. Or, Dieu voulait sauver de ce vaste naufrage la science et la civilisation , gages précieux d'un monde nouveau • L'bumble pèlerin avait reçu ordre de les prendre dans les pans de sa robe de bure et de les y cacher, comme Israël , partant pour la captivité de Babjlone, cacha dans la terre l'étincelle du feu sacré. Or, Benott cherche un asile pour y déposer son double trésor. Arrivé au pied de cette montagne, il apprend du Ciel que c'est là qu'il doit s'arrêter. Il monte au sommet , renverse un temple d'Apollon , et le remplace par un sanctuaire au vrai Dieu , accompagné d'une humble demeure pour ses servi-

teurs. Encore aujourd'hui une belle fresque de Téglise rappelle ce fait mémorable.

Le Mont-Gassin ne tarda pas à devenir Tasile de la science et de la civilisation sa sœur, ainsi que de la religion , leur mère commune. L'Italie , l'Angleierre^v l'Allemagne ont été tour à tour éclairées par ces missionnaires descendus de la célèbre montagne. Comment n'être pas louché de Fà-propos qui conduisait le même jour, à la même heure, sur cette cime élancée , antique foyer des lumières de l'Occident , trois Français , un Prussien , deux Anglais et un Américain?

» A mi-côte s'élève une chapelle dédiée à sainte . Scholastique y sœur jumelle de saint. Benoît ; puis , une seconde consacrée à saint Maur, un des premiers et des plus glorieux enfants du vénérable

patriarche ; enfin , avant d'arriver au couvent , on rencontre l'hôtellerie. Elle est vaste et bien tenue; les étrangers y sont reçus gratuitement , avec cette cordialité qui caractérise les siècles de foi. Une longue et sombre grotte , faite de cailloux, sert d'entrée au monastère. La cour, l'escalier du premier par-* vis, l'imposante façade de la basilique élevée au sommet de la montagne et dans la solitude sauvage de l'Apennin, ont quelque chose de solennel

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