CHAPITRE IX
donna Tabbaye de Saint-Martin-de-Tours pour s'y reposer.» quand lui-même s'éloignerait, et pour instruire ceux qui accouraient en foule pour Teatendre, '
Alcuin est le restaurateur des lettres en France. 11 créa 9 par les ordres de l'empereur, de nombreuses écoles, dirigées pour la plupart par des bénédictins , et qu'il inspectait tour k tour. Charlemagne lui confia le soin de corriger et de coUdr tionner le texte de la Bible , et de surveiller les copies qui s'en faisaient dans les monastères; il organisa les premières bibliothèques , sur le modèle de celle d'Yorck , où figuraient , copiés par de savantes mains, les pères de l'Eglise et les poètes du paganisme. Il écrivit beaucoup lui-même ; la théologie , la philosophie , l'histoire , la poésie , l'occupèrent; et dans tous ses écrits on trouve une science étendue et surtout un zèle admirable pour la religion et pour les doctrines catholiques. Il vivait avec Charlemagne dans la plus intime familiarité , ainsi que le témoigne cette anecdote rapportée par le moine de Saint-Gall. a Charles, insatiable de gloire, voyait l'étude des lettres fleurir^ dans tout son royaume , mais il s'affligeait qu'elle n'atteignit pas la sublimité des anciens pères de l'Eglise. Dans son
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chagrin , formant des vœux au-dessus d'un simple mortel , il s'écria : « Que n'ai-je onze clercs aussi instruits et aussi profondément versés dans toutes les sciences que Jérôme et Augustin ! » Le docte Alcuin j quoique se regardant avec raison comme très-ignorant , en comparaison de ces pères , fut cependant saisi d'indignation et ne put s'empêcher de la lusser éclater un moment; osant plus qu'aucun mortel n'aurait osé , en présence du terrible empereur, il s'écria : a Le Créateur du ciel et de la terre n'a pas fait d'autres hommes semblables à ces denx-Ià y et vous voulez en avoir une douzaine ! » ^
Alcuin érigea une académie scientifique dans le palais d'Aix-la-Chapelle; Charlemagne voulut en être membre sous le nom de David. Chacun des académiciens portait un nom emprunté soit à l'Ecriture sainte, soit à la Fable. Les leçons et les conseils d' Alcuin formèrent Eginhard, qui fut Fhistorien de ce siècle , et qui mourut aussi enfant de saint Benott. C'est au savant bénédictin anglais que l'on doit cette renaissance des lettres , éclatante , mais courte, et qui, après la mort de Charlemagne, s'éteignit dans les ténèbres des guerres civiles. Alcuin mourut en 804 , en son abbaye de Saint- Martin.