CHAPITRE n. 4 S
à une chose qu'il avait faite sans s'en apercevoir. Placide décida la contestation, en disant : « Pen* dant qu'on me tirait de Teau , je voyais sur ma tête la melote de l'abbé , et lui-même qui me tirait, o La melote était une peau de mouton que les moines portaient sur leurs épaules.
Saint Grégoire le Grand , dans ses Dialogues , rapporte un autre trait, qui prouve que saint Benoit avait la connaissance des choses cachées , et que les ruses mêmes du démon n'avaient pas de mystère pour lui. Parmi les religieux , il s'en trouva un qui , par défaut de ferveur , contracta l'habitude de sortir de l'église immédiatement après la psalmodie, au lieu de rester à la méditation avec ses frères. Pompéien , son supérieur, l'ayant charitablement averti de sa faute , il se, corrigea ; mais il retomba trois jours après. Benoit , qui en fut informé , pro^ mit d'aller remédier au désordre. îl s'agissait , en eflet , d'une de ces fautes qu'il est important de ne pas laisser s'invétérer, puisque le dégoût de la prière et de la méditation des vérités saintes est toujours suivi des plus grands maux. Le saint , pénétré de la vérité de ce principe , se rendit promptement an monastère où se trouvait le religieux , et il assista à l'office , au chœur, parmi les frères. Il aperçut
alors , après la psalmodie , un hideux enfant noir^ qui tirait le moine par le bord de sa coule et l'entraînait hors de Téglise, et il reconnut Tesprit de ténèbres , qui , pour mieux exercer son empire sur les hommes y les détourne de leurs communications avec Dieu. Il appela le moine et le reprit sévèrement ; et celui-ci , éclairé sur sa faute et sur le danger qu'il avait couru , ne s'y exposa plus.
Le démon, jaloux de voir Benoit étendre de jour en jour Tempire de Jésus-Christ, lui suscita de nouvelles épreuves. Des calomnies affreuses ternirent sa réputation ; les envieux voulurent attenter à sa vie , d'autres tendirent des pièges à la chasteté et à la vertu des religieux ; mais la force d'âme du saint , la grâce de Dieu et la fidélité des moines triomphèrent de tous les périls et de toutes les tentations. Les ennemis de Benoît furent confondus ; les châtiments de Dieu s'appesantirent sur eux : l'un d'eux périt sous les débris d'une terrasse sur laquelle il était monté. Maur courut aussitôt vers le saint , en s' écriant : a Celui qui vous persécutait vient de périr ! s L'homme de Dieu se prit à pleurer amèrement, et de ce que son ennemi était mort^ et de ce que son disciple osait s'en réjouir; et ii imposa à celui-ci une pénitence pour cette faute.
Fondation du Monastère du Mont-Cassin.
Quoique le christianisme régnât par toute l'Italie , quoiqu'il fût assis sur le trône de Tempire d'Orient avec Justinien ^ quoiqu'il dominât sur l'Occident avec les Lombards , cependant le paganisme n'avait pas entièrement disparu ; quelques temples d'idoles étaient debout encore ; quelques anciennes familles, qui croyaient honorer leurs ancêtres en suivant leurs traditions, offraient encore des sacrifices, dans Rome même, au Jupiter du Gapitole; dans les tampagnes reculées, des bergers ignorants et superstitieux conservaient les anciens rites , et dans le fond des forêts, au sommet des montagnes, ils immolaient des victimes à Mercure et à Apollon. Comme la religion noavelle ne persécutait pas | ces restes d'i~ dolâtrie ne devaient disparaître que peu à peu | à
mesure que la prédication évangclique pénétrerait dans les cœurs , à mesure que le grand jour de la véritédis- siperait les ténèbres, comme Taube du matin , dissipe graduellement les ombres de la nuit.
Dans le pays des Samnites , sur le mont Cassin y un ancien temple consacré à Apollon était encore debout ; et dans les bois d'alentour, consacrés à l'idole , les pâtres offraient des sacrifices. Saint Benoît le sut , et , pénétré de zèle , il quitta Sublac et les saints monastères qui changeaient le désert en une ruche consacrée au travail et à la prière , et il vint fixer sa demeure sur la montagne même où s'élevait le temple du faux dieu. Les idolâtres vinrent le voir, ils écoutèrent ses discours ; il les gagna à la foi de Jésus-Christ , ei , attaquant le démon jusqu'en son sanctuaire , il renversa l'autel d'Apollon , changea le temple en un oratoire dédié à saint Martin , coupa les bois consacrés au culte des dieux, et sur leur emplacement il éleva une seconde église en l'honneur de saint Jean.
Dès que saint Benoît eut achevé ces premiers établissements ^ il s'occupa à fonder un monastère. Il était l'architecte de cette nouvelle demeure > et les moines étaient , sous sa direction , les maçons et les charpentiers. On rapporte la fondation de cette mai-