CHAPITRE III
son y depuis si célèbre , à Tan 529. Au milieu de ses travaux , Benoîl ne cessa de lutter contre les assauts du malin esprit. Souvent il apparaissait au saint j non point en songe y mais aux yeux mêmes de son corps , sous des formes hideuses , avec des regards a£Greux, se plaignant à grands cris de la violence qu'il lui faisait^ et ajoutant, par allusion à son nom de Benoît ou béni : a Maudit , et non pas béni , qu'as'tu à faire avec moi ? pourquoi me persécutestu ? b Les religieux entendaient la voix et les paroles^ mais l'abbé seul distinguait l'horrible figure. Un jour que les moines travaillaient à rehausser un mur, le saint leur envoya dire de sa cellule : a Soyez sur vos gardes , car le malin esprit vient à vous en ee moment, d A peine le messager eut-il achevé ces paroles que le mur , ébranlé , tomba sur un enfant élevé au monastère et l'écrasa en lui broyant les os. Les moines, affligés, le portèrent à saint Benoît y qui le fit placer sur sa natte ; puis , ayant fermé sa cellule et prié avec ferveur, il le renvoya sur l'heure môme travailler au mur, aussi bien portant que jamais.
Le nombre de ses disciples augmentant de jour en jour, saint Benoît leur donna une règle , qui fut trouvée si sage , qu'avec le temps elle a été reçue
dans tous les monastères de T Occident y comme celle de saint Basile Ta été dans tous ceux de TOrient. Cette règle , lue et méditée aujourd'hui , nous paraît austère ; et néanmoins saint Benoît ne se proposait que de réduire la perfection évangélique à des préceptes pratiques qui fussent à la portée d'un plus grand nombre de personnes, et il avait spécialement en vue celles qui ne se sentaient pas la force de soutenir le genre de vie des premiers solitaires. La fin de celte règle , comme de toute la vie monastique , c'est de partager le temps entre le travail et la prière. Pendant l'hiver, on se levait à deux heures pour l'office de la nuit , qui est nommé vigile y et composé comme aujourd'hui , quoique dans un ordre moins invariable , d'une hymne , de psaumes , de leçons et de répons ; au point du jour, on devait commencer laudes, et dans l'intervalle de ces deux offices , on s'occupait de la méditation et de la lecture. L'office étant plus long les jours de fêtes que de dimanches , on se levait plus matin ces jours-là , ainsi que pendant l'été , l'office du matin , ou laudes , devant toujours commencer à la pointe du jour, et l'office de la nuit devant le précéder de tout le temps requis pour les méditations ordinaires et pour les lectures. La distribution des psaumes pour