CHAPITRE III. SI
chaque heure est marquée telle qu'on l'observe encore parmi les disciples du Saint. Il parait cependant qu'elle n'était pas aussi fixe ou d'une obligation aussi stricte que dans les offices d'aujourd'hui , puisque le pieux instituteur dit positivement que c si quelqu'un n'es( pas content de la distribution des psaumes , il peut les ranger autrement , pourvu que chaque semaine on dise tout le psautier, que nos pères y ajoute-t-il , avaient la ferveur de réciter tout entier chaque jour. »
Après l'office du matin , c'est-à-dire à six heures en été, et plus tard, suivant le degré du jour ou des saisons , on allait au travail^ qui durait jusqu'à dix heures , puis on donnait encore deux heures à la lecture 5 après midi , il y avait au moins autant de travail que dans la matinée : en tout , sept heures par jour. Il paraît cependant que , dès lors , tous les moines n'étaient pas généralement et nécessairement occupés du travail des mains , tels que la culture de leurs terres et la récolte de leurs moissons, mais seulement quand la nécessité du lieu ou leur pauvreté les y obligeait. On a pu ^ suivant les circonstances, substituer l'étude au travail manuel ; il a même convenu de le faire quand la coutume s'est introduite de conférer les
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saints ordres au plus grand nombre des religieux. Ils étaient presque tous simples laïques , au temps de saint Benoît , et l'on ne croit pas que lui-même ait reçu aucun ordre ecclésiastique.
L'habit des moines était le vêtement ordinaire des pauvres et des gens de la campagne , c'est-à-dire la tunique , la cucuUe , dont l'étoffe variait suivant les saisons , et , pour le travail , le scapulaire , plus large et plus court qu'à présent. Quant à la qualité des étoffes , on choisissait les plus communes du pays; le saint abbé n'en marqua pas la couleur, mais ses disciples ont choisi le noir. Les lits consistaient en une natte ou une paillasse piquée j un drap de serge , une couverture , un chevet ; et l'on couchait tout vêtu y afin d'être toujours prêt pour Tofflce.
Quant à la nourriture y on accorde pour chaque repas deux portions cuites, non compris une troisième portion des fruits ou des légumes qui croissaient dans les terres du monastère , et par jour une livre de pain, c'est-à-dire douze onces , qui formaient la livre romaine. Pour la boisson, on accorde un demi-setier de vin, comme par indulgence^ parce qu'il était devenu difficile , dit le saint abbé , de faire observer plus d'abstinence en cette matière. Les heures de
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repas variaient selon les saisons. Tout Tété , c'està-dire depuis Pâques jusqu'à la mi-septembre , on dinait à sexie ou midi , et Ton soupait au déclin du jour, sauf les mercredis et vendredis qu'on jeûnait, hors le seul temps pascal jusqu'à l'heure de none , ou , pour mieux dire , jusqu'à une heure et demie y marquée par la règle pour la récitation de rofGce de none. On dînait à cette même heure durant tout l'automne et l'hiver. Pendant le carême on mangeait seulement vers le soir. Pour le souper^ en quelque saison que ce fût > il devait avoir lieu avant la nuit. Les moines faisaient la cuisine tour à tour. On avait beaucoup de soin des malades, à qui l'on accordait toutes les viandes qui pouvaient leur être bonnes, au lieu que la chair des quadrupèdes était interdite aux religieux qui se portaient bien.
I^ règle s^tribue une grande autorité à l'abbé. Dans les affaires, il doit consulter les anciens, et même assembler toute la communauté ou le chapitre pour les choses d'importance; mais, après avoir pris l'avis de chacun , la décision dépend de lui seul, et tous doivent s'y soumettre. Personne, sans sa permission , ne doit recevoir ni présents ni lettres, ni sortir de l'enclos du monastère.
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Tel est le résumé de celle règle célèbre , écrite avec tant de mesure, de sagesse et de discernement, et que le saint pape Grégoire le Grand louait assez en disant qu'elle ne laissait rien à désirer pour la clarté et la prudence, et que quiconque voulait être instruit à fond des actions de saint Benoît , n'avait qu'à jeler les yeux sur cette règle, qu'il y trouverait une fidèle expression de sa vie et de ses mœurs. Louis le Débonnaire disait , en parlant de celte sainte règle : a La règle que le bienheureux Benoît a dressée est si claire et si lumineuse, qu'elle n'a besoin d'aucun commentaire ^ il suffit de porter les religieux à l'avoir toujours présente à leurs yeux. Elle est cette voie étroite qui conduit à Dieu ceux qui l'observent, a Côme de Médicis , grand-duc de Toscane , lisait et relisait la règle de saint Benoît , disant à ceux qui s'étonnaient de cette assiduité qu'il y trouvîût l'esprit de sagesse et de jpsticé dont il avait besoin pour bien gouverner ses états. Enfin , cette règle a créé l'ordre monastique en Occident , et Charlemagne demandait , non sans quelque raison , s'il y avait des moines dans les Gaules avant l'introduction de la règle de saint Benoît?
Si l'on réfléchit aux services rendus à la société par les religieux et à l'honneur qui rejaillit de leurs
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travaux sar la religion, on ne s'étonnera point de la gloire et de Tamour dont nos ancêtres ont entouré la mémoire de saint Benoit.
La vie monastique est l'application pratique des préceptes et des conseils de TEvaugile. Les préceptes obligent tous les chrétiens , les conseils de perfection ne sont que pour ceux que Dieu appelle à son service d'une manière plus particulière^ Jésus- Christ, notre Sauveur, dit à tout le monde : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce soi" même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Ainsi, pour devenir disciple de Jésus-Christ , il faut renoncer à tout y au moins de cœur et d'affection* Mais il dit de plus au jeune homme qui l'interrogeait : Si vous voulez être parfait , vendez tout ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres; puis, venez et suivez moi l C'est à pratiquer ce conseil de perfection , et à suivre de près et toujours Jésus- Christ, que tend la vie monastique. Jésus, la pureté même , est né d'une Vierge , a vécu vierge; Jésus- Christ , le Seigneur du ciel et de la terre , est né pauvre , dans une étable ; il a vécu pauvre , n'ayant pas où reposer sa tête; il est mort pauvre, dépouillé de ses vêtements ; il a été enseveli dans un sépulcre emprunté. Jésus - Christ , le souverain Maitre de
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l'univers, a été obéissant toute sa vie, obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix. Voilà le modèle, voilà la règle vivante de la vie monastique.
Sans nous arrêter aux mots , allons au fond des choses. Quand les philosophes de l'antiquité nous tracent d'imagination le portrait de leur sage ; quand ils nous le montrent supérieur au plaisir et à la douleur du corps , supérieur aux honneurs et aux richesses du monde, supérieur à Tinconstance naturelle de l'homme, et se conformant en tout aux lois de la raison et de la sagesse , ne vous font-ils pas le portrait du véritable religieux, qui, par ses vœux, s'élève pour jamais au-dessus des plaisirs et de la richesse , au-dessus de sa propre inconstance, et se mettant dans l'heureuse nécessité de faire toujours dans la volonté de son supérieur la volonté de Dieu même , c'est-à-dire ce qui est parfait? Les efforts des philosophes pour mettre leurs idées en pratique n'ont-ils pas été des essais informes et avortés de la vie monastique ? Les Pères de l'Eglise n'ont-ils pas eu raison de dire que la vie monastique était la vraie philosophie?
Nous eu voyons des traces dans TAncien Testament. Les enfants des prophètes, qui , sous la direction d'Ëlie et d'Elisée, vivaient en commun dans