partie la plus baase, offrait une étendue de ter
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rains as&et Spacieuse pour tous les besoins du moQ&stdre t )>rëd, fermesi, arbrisseaux et vignes, et à laquelle il De manquait que d'être enfermée par une clôture de grands arbres, auxquels on put facilement suppléei* par des murs de pierres» * fort abondantes dans le pays (t) »
Tandis que tous les religieux demandaient cet agratidiâsement, saint Bernard seul s^y refusait : « Vous voyez, disait-il, que nous n*avons élevé nos maisons de pierres qu'à force de travaux et de frais, et qu'il nous a fallu les plus grandes dépenses pour amener des conduits d'eau dans chacune de nos cellules (2) ; si nous détruisons toutes ces constructions, les hoaiaies du siècle pou rro ut méchamment penser de nous et croire à d'excessives richesses,
que cepeudant nous ne possédons pas : on dira que Topulence nous a rendus fous* » Les religieux insistèrent , et enfin saint Bernard se rendit à leurs voeux : « par Tespérance, disait-il, d'ouvrir la porte plus large à ceux qui venaient à Dieu* Les frères eux-mêmes
(i) Les terres de Tabbaye de Claixfaux ft^éiendirenl aloFB depuift Lon^cbamps jusqu'à iuvuiconrt-sur-rAube.
(î) Le système de conduire les eaux de l'Aube dans cbacune des cellules et de les rendre ensuite^ la rhière,
suppose une baute intelligence hydraulique.
41) SÂIM B£RZ«AED
s'employèrent de toutes manières aux travaux : ceux-ci coupaient les bois, ceux-là taillaient les pierres; les uns construisaient les murs, les autres couduisaient, par des canaux multipliés, les eaux du fleuve et les élevaient de manière que leur chute lit tourner les moulins. En même temps, les foulons, les boulangers, les tanneurs, les forgerons, construisaient des machines propres à l'exercice de leurs métiers, afin que l'eau, conduitepar des canaux souterrains dans toutes les parties de la maison, sortit et coulât bouillonnante partout où l'utilité s eu ferait sentir. Enfin, on fit si bien, que ces mêmes eaux, ainsi répandues sur tous les points de la maison, retournèrent dans leur lit principal et rendirent au fleuve tout ce qui lui appartendt. Les murs, qui embrassaient entièrement le vaste espace de terrains du monastère, furent finis avec une promptitude inattendue. La maison ne s'éleva pas moins rapidement, et cette communauté, qui venait à peine de naître, grandit et s'accrut en peu de temps (1). »
Ainsi les religieux firent tout de leurs mains : telle était la règle du travail imposée par saint
(1) Bernardi Vita^ Guillaume, abbat. Ce serait un beau livre à fâire que rhistoirc du travail au moyen &ge, inspiré et dirigé par les monastères.
SAINT BERNAaO 41
Bernard. Non-seulement Glâirvaux possédait des taîDeurs de pierre habiles, des architectes
qui construisaient les porches, les pronaos^ les arceaux hardis, les ogives fleuries,, les sculptures des églises, les peintures des vitraux ; les moines étaient encore des horticulteurs in-
couipaiables, des ouvrier hydiauliques qui 61evaientet distribuaient les eaux pour faire marcher les forges et les moulins : chaque cellule avait ses robinets, ses bains ; ces mêmes eaux circulaient dans les prés, à travers les vignes et les vergers, pour aller ensuite à la rivière par mille cauaux.
Au milieu de ces travaux agrestes, une nouvelle retentit dans le cloître : un humble religieux de Glairvaux, du nom de frère Bernard, comme le saint lui-même, envoyé à Rome, nommé abbé de saint Anastase, fut élu Pape le 27 février 1145, sous le nom d'Eugène 111. Saint
Bernard, étonné et presque affligé, écrivit aux cardinaux : « qu'ils avaient tiré un mort du tombeau pour le replonger dans les affaires : vous avez choisi un sujet rustique, à qui vous ôtez la bêche et la cognée, pour le revêtir de la pourpre et lui imposer un fardeau formidable aux anges mêmes (i). »
(l) Ëpislol S. Bernard. ^ Habillon, Tecueîl*
42 SAINT BEHNARD
Sans d'arrêter datant edS ntddedtès paroles, le conclave peraista dans cette élecUoD. Saint Bernard alors se bftta d'écrire au nouveau Pon« tife, Eugène lli, une lettre de sages conseils : « Mon fils Bernard est devenu mon père Eu*^ gène; je souhaite que l'Église change en mieux» Que je serais heureux, si, avant de mourir, je voyais l'Église telle qu elle était dans son premier âge, quand les Apôtres étendaient leurs fl-» lets, non pour pêcher de Tor ou de l'argent, mais pour prendre les ftmes« C'est ce que l'Église attend de vous (1). »
Le Pape Eugène eut à peine le temps de lire
l'épitre de saint Bernard, car il était forcé de quitter son siège pontifical a Rome, violemment agitée par les idées de Piépublique, avait méconnu l'autorité duPape $ les Romauis élisaient un sénat avec un tribun ; les maisons des cardinaux étaient abattues et pillées. Eugène III, iorcé d*abord de s'abriter à "^^terbe, expulsé par les citoyens en révolte , traversa les Alpes et vint jusqu'à la métropole de Paris, où il fut splendide* ment accueilli par le roi Louis le Jeune ; se séparant bientôt de tous ces honneurs, Eugène III
(1) Ce langage ferme et familier reutrait dans la manière de saint Bernard i il faisait sa loree.
SAINT B£EliAai) 43
accourut visiter Clairvaux, sa maison originaire, dont il était Feafant chéri« Quelle joie parmi les ioligieux ! uii des frères portait la tiare I Saint Bernard promit son concours au Souver^dn Pontife exilé ; il considérait les Romains comme une population légère et sans loi, TJtalie comma une terre versatile et qui n*avaît pas la conscience de ce qu'elle faisait : le temps viendrait pour la restauration d*Eugëne III. Un grand mouvement éclatait dans la cbréuentét et le peuple criait une seconde fois ( Croisade 1 Cn»t« sade I Dieu le veut (1) l
(1) Sur celle Téyoltitioii romaine, on peut coû;iidter les Annales de Muraiori, si exactes^ si détaillées.
SAINT BEBMARD BT LBS GBOJSAOBS. COJXXBOV£BS£ D^BAILARD. — • GILBERT OB LA PORRÉB. ^ BOR DE L^^TOILB, — ARRAUD OB BRE8CIA*
Les génies exceptionnels aiment les entreprises» je dirai presque les aventures ; ils s'éprennent des idées vastes, fécondes, hardies ; ils saisissent l'esprit d'une société et le suivent en la dirigeant. Ainsi fut saint Bernard, et, à ce point de vue, supérieur à Suger, caractère contenu, administratif, qui opposa les idées d'économie et de repos aux entraînementsde l'Europe chrétienne s'armant pour la Croisade. Si saint fiernard se mit à la tête du mouvement, Suger voulut le retenir, et, à la fin, il fut lui-même emporté par le torreut de l'opinion : il n'est point de force qui puisse s*opposer à la volonté enthousiaste d'un peuple (1).
(1) Il ne faut pas oublier que Louis Vil comniençaii son règue, et qu'en général les souveraios veulent marquer les premiers joara de leur BY^nenieDt par de glotieuses entreprises»
SAINT BBBHàfiD 45
On ne doit pas aujourd'hui juger la Croisade avec Tesprit prévenu du XV 111^ siècle. L'Europe chrétienne ne prit pas l'initiative de Fiova* sion et de la guerre ; les Arabes conquérants (les Sarrasins) avaient envahi T Asie-Mineure et l'Egypte. Rois et peuples chrétiens, appelés par les empereurs grecs, aspiraient à reconquérir ces contrées, autrefois leur apanage ; la Croisade n était qu une réaction contre rislamisme, eu vertu de cette idée qui tôt ou tard s'accomplira : (I Que les Turcs, race tariare, doivent être reje-* tés sur les plateaux de l'Asie. » Les chrétiens de la Croisade voulaient courageusement rentrer dans ces provinces^ qu'ils avaient possédées plus de cinq siècles (1).
Il faut lire dans les chroniques du moyen âge les lamentables récits des violences et des outrages subis par les fidèles en Orient : les peu* pies étaient réduits à l'esclavage, les femmes
outragées, les églises envahies, le tombeau du Seigneur souiiléd^ordures; l'Europe chrétienne voulait se venger. D'autres Cciuses secondaient cette colère du peuple. Dans la première expédition, sous Godeiroi de Bouillon, les chevaliers
(i) C'est à ce priiot de vue qu'il faudrait écrire aujourd'hui l'histoire des Croisades»
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derOcCs^deûts'étaientemparésder Asie miDeure* Jérusalem était au pouvoir des Croisés. Les l)aroo3t châtelains devaient soutenir, proté* ger les établissements fondés par les premiers Croisés en Syrie, en conquérir d'autres, venger ceux qui étaient morts dans ces lointaines expéditions ; ils avaient des frères, des amis, des parents, dans les colonies de Jérusalem, d' Ascalon et d'Antioche: ils se levaient pour vaincre ou mourir avec eux : il y a toujours solidarité dans le cœur du buldat; la chevalerie de l'Europe ne pouvait laisser périr l'œuvre de Gode-* il ol de Bouillon. La grandeur de saint Bernard fut de se placer résolument à la tète de ces idées (1). Louis le Jeune, profitant delaprésence du Pape Eugène 111 pour donner plus d'éclat à la prédication de la Croisade, réaiiiL tous les hauts féodeaux dans une cour plénière, tandis
que saiiiL Bernard par Lait pour l' Allemagne et
décidait l'empereur Conrad à prendre la croix.
Ceux qui restaient étaient des égoïstes ou des lâches ; les châtelaines leur envoyaient des fuseaux.
(1) Saint Bernard prêcha la Croisade dans le nord de la France et en iUlemagnc an? l'in? iiation d'Eugène il! , élu
Pape en HU^* Mabillon. Annal.
SAINT BERHARD 47
La seconde Croisade n'eut pas tous les résultats que les clievaliers et les barons avaient espérés : si elle fut couronnée par la prise d'Ascalon, cité considérable, une des clefs de la Syrie ; si cette conquête consolida la domination des Francs, les pertes des Croisés furent immenses. La conséquence naturelle de ce faible résultat obtenu après tant de sacrifices, devait être l'affaiblissement du crédit de saint Bernard et de l'opinion qui l'avait inspiré. Mais quand F idée qu un grand esprit jette au vent des multitudes répond à leur enthousiasme, les échecs, les imprévoyances, les malheurs, les fautes même n'altèrent pas sa popularité : la multitude s'identifie si bien avec celui qu'elle aime, qu'elle prend la responsabilité de ses actions ; elle accepte les malheurs comme elle aurait applaudi au triomphe* En vain les trouvères et les troubadours, hostiles à la Croisade, lancèrent leurs sarcasmes^contre les princes et les religieux qui l'avaieut accomplie : leur voix fut à peine écoutée.
Toutefois ces plaintes, ces accusations trouvaient des échos parmi les universitaires. Saint Bernard hardiment attaqua ces résistances. Il n'y a de force que dans T unité de doctrine, et Ton n*est maître de la société qu'à la condition d'une
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parfaite identité de principes. De là cette persévérance énergique de saint Bernard à lutter contre les fausses idées. Or, c'est un fait considérable que cette apparition subite, aux XI* et XIP siècles, de presque toutes les hérésies des temps primitifs del'Église, depuis les gnostiques jusqu'aux ariens et aux manichéens. Si la partie noble et courageuse de la société partait avec enthousiasme pour la Croisade, la portion studieuse, savante^ s'agitait dans les disputes d'université et les controverses (I). Saint Bernard . parut dans l'arène pour les combattre ; il grandit sa renommée, sa science, en s'opposant avec fermeté à toutes les innovations.
L'abbé de Glainraux avait eu pour maître aimé un universitaire du nom d'Abailard, célèbre alors par son savoir et dont la vie a depuis été poétisée par des admirations extrêmes. Né en Bretagne, il avait étudié sous le scolastre Guillaume de Champeaux, à l'Université de Paris; luimême avait ouvert une école libre de rhétorique et de philosophie. Âbailard, d'une âme inquiète, impatient de toute contrainte, avait acquis une autorité imposante sur les étudiants nombreux qui remplissaient les vastes cellules de l'Univer-
(I) Tai cherché l'origine de tontes ces hérésies da
moyen âge dans mou Philippe^ Auguste.
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sité; sa vie était loin d'être régulière, et, au milieu de toutes les licences» il avait séduit une jeune fille du nom d^Hétoïse, éprise de sa parole, de sa science et surtout deses chants : car noialtre Abailard, avec une voix douce et tendre, s'accompagnait sur la cithare (1). Héloïse était nièce d'un archidiacre de Paris, du nom de Fulbert; la tradition dit que F archidiacre se vengeacruellement d'une lâche séduction accomplie sous un toit hospitalier ; le scandale fut grand : Âbailard se renferma dans un monastère de l'Ordre de Saint-Benoît; Héloïse prit le voile pour faire oublier les abandons de sa vie. Ce fut alors que s'engagea cette correspondance sacrilège, entre un moine et une religieuse qui parlent de science et d'amour et s'exaltent par des syllogismes (2). Les libres penseurs ont beaucoup loué les lettres d' Abailard et d'Héloïse, pour prouver que les grilles n*enipécbent pas les élans sensuels : quel intérêt peuvent offrir les épanchemements érudits de cette écolière
(L) La cithare était rinstrument chéri et accoutumé des troubadours.
(2) Les lettres d*Abailard et d'Héloïse ont été recueil*
lies dans ses Œuvres complètes, publiées pour la première
fois en 4616, in-4'\ L'édiiion })iinct'i)S porte ce litre: Petr, Abi'iunli et Helûi>u' c nij i /is ejus epera nunc pri" màm ediU ex marmc. Paris, i6id
qui devient mère en écoutant les dissertations
sur les réaux eilQ?> nofjiinaux ou sur le Paraclet. U y a toujours quelque chose de trivial dans l'éruditqui parle de la femme et de l'amour (1) .
Ce scandale, donné par un universitaire licencieux et une fille perdue, eût été dédaigné et méprisé par saint Bernard, si Abaiiard u avait cherché la renommée dans des écrits qui attaquaient le Symbole sacré de iMicée. 11 est rare que Torgueil de la science n'entratne pas les esprits superbes vers Terreur : Abaiiard, dans son paroxysme de philosophie, avait donné au Saint-Esprit une place supérieure dans le dogme de la Trinité. Dès lors saint Bernard, l'austère gardien du pur Symbole, n'hésita pas à attaquer hautement Abaiiard, dont la doctrine était un composé des erreurs d'Arius, de Pélage et de Nestorius. Saint Bernard avait toujours aimé Abaiiard son maître; dans une visite qu'il fit au ParadeU il s'était aperçu qu'Héloîse et ses reli* gieuses ne récitaient pas l'oraison dominicale dans les termes orthodoxes : au Pamm nosirum quoHdianum elles substituaient : Panem nos-trum supersubstantialem. Saint Bernard, pro-
{\) Abaiiard était né en 1070 , U quelques lieues de Nantes; Héloïse ou î.oïse, à Paris, en 1101. Fulbert était chapelain du roi Uenri I*'.
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fondément affecté, n'hésita pas à le reprocher aux religieuses du Paraclet comme une hérésie* Héloïse en écrivit à Ahailard, et il s'engagea une controverse très-vive; Térudit soutint la supériorité de son texte sur la version orthodoxe : « Dans saint Matthieu Ton trouve Supersubstantialem^ tandis que saint Luc dit quotidianum : or, saintMatthieu était le disciple direct de J.-C. ^ tandis que saint Luc n'avait connu que la ttdÂi* tion des Apôtres. » Tel fut le thème d' Abailard* Saint Bernard n'hésita plus à flageller cette doctrine. Dans raccomplissement d'un devoir il n*y a jamais à reculer : quand la conscience parle haut, les amitiés s'effacent. En vain i on a voulu élever Abailard, scolastre subtil, et colorer sa vie tourmentée par ses élans d'impuissance î Tuniversitaire et sa doctrine sont oubliés. Son excessif orgueil lui fit dédier un monastère au Saint-Esprit consolateur Paraclet)^ qu'il plaçait au dessus du Père et du Fils (1). Cette doc-
(1) Âbailard fat exilé dans Fabbaje de Sainl-Gildas \
Déloîse établit ses religieuses k ÂrgenteuîL Le eooveni est détruit; il n'en existe plus qu'une colonne aujourd'Iiui dans la maison de camijagnedc M. Aiiiyot, mon amî, cl mon éditeur. Le tombeau que Von voit au Père-La* chaise est une œuvre de fantaisie, dont rarchiteeture ogi vale appartient aux quatorzième et quinzième siècles. Hé^ loïse fut enfermée à Argeuieuil en 1121.