Gaspard de Monte-Santo, p
Déjà, au milieu de leurs lamentations, les Mineurs invoquaient Bonaventure comme un saint. C'était un acte de piété filiale. Mais il n'appartient qu’à Dieu de glorifier ses élus, de poser là-haut sur leur front le diadème de l’éternelle royauté, et de laisser éclater ici-bas quelques reflets de la beauté de leur visage ou de la puissance dont il les a investis. Quand il lui plait, il fait refleurir leurs cendres ; il communique à tout ce qu’ils ont touché une vertu spéciale, et imprime sa signature au bas de leurs œuvres. Le miracle est sa signature authentique. Elle est digne de lui, efficace, populaire, lisible pour tous, ignorants ou savants, sans que ni la Science humaine ni les prestiges des esprits de ténèbres puissent la contrefaire. Et il ne faut pas s’en étonner, puisque le miracle est une démonstration en même temps qu’un bienfait, et que Dieu l’opère dans un double but, selon saint Thomas d'Aquin : «tantôt pour confirmer une doctrine, tantôt pour faire resplendir la sainteté de ses serviteurs. »
Ce témoignage divin ne manque pas au Docteur séraphique. De bonne heure, son tombeau devient un centre de peélerinage et un foyer d'action surnaturelle. Toutes les infirmités s’y donnent rendez-vous et s’en retournent consolées. Ici c’est un paralytique, là un pauvre lépreux qu’on fuit avec horreur; ailleurs, une jeune fille atteinte du mal des ardents. Bientôt la dévotion à saint Bonaventure se répand au loin. Les prisonniers lui demandent leur liberté, les aveugles la vue, les mères une heureuse délivrance; et le Bienheureux répond à leur confiance « par toutes sortes
de bienfaits (1) », empreints de cette soudaineté qui est le cachet de l'intervention divine.
Parmi les miraculés, citons un nom historique, Charles d'Orléans, père de Louis XIL Fait prisonnier à la bataïlle d’Azincourt (25 octobre 1495), il est atteint, dans son cachot, de fièvres et de rhumatismes aigus qui résistent à tous les efforts de la médecine. Dans sa détresse, il se tourne vers le ciel et invoque Bonaventure. Une guérison subite et radicale est le prix de sa confiance. Aussi, dès qu’il a recouvré la liberté, s’empresse-t-il d’accourir à Lyon, pour remercier publiquement son céleste bienfaiteur (2).
Nous avons parcouru le registre des phénomènes surnaturels attribués à l’intercession de notre Bienheureux. Ce que nous y relevons de particulier, c’est le rang d'honneur qu'y occupe la ville de Lyon. La plupart des noms, les Dussolier, les Morget, les Davégnier, sont des noms lyonnais. Les plus beaux miracles sont pour cette grande cité. Nous remarquons, entre autres, celui de 1628. En cette année, la peste se déclare et entame les quartiers les plus populeux. Alors, les habitants, effrayés, ont recours au céleste patron qui les a tant de fois protégés. On porte ses reliques en procession, et bientôt le fléau disparait, comme repoussé par un bras invisible (3).
Ainsi se continue, surnaturalisé et perfectionné après la mort, le doux commerce d’affection ou de vénération qui a commencé pendant la vie. Les