CHAPITRE XXVII
Vers le milieu du xiv° siècle, l’église des Cordeliers tombait en ruines. D'ailleurs, elle était étroite et basse, et ne suffisait pas à contenir les flots de pelerins qu’attirait le tombeau du saint cardinal. Les religieux, persuadés que tôt ou tard le Docteur séraphique serait élevé sur les autels, résolurent de construire en son honneur un temple plus grandiose, mieux en harmonie avec la splendeur de ses mérites comme avec la dévotion des fidèles, et qui lui serait dédié, dès que le Saint-Siège aurait prononcé le jugement attendu. Leur projet fut accueilli avec enthousiasme par la population. Les seigneurs de Grolée, insignes bienfaileurs du monastère, se mirent à la tête du mouvement. Les comtes et les bourgeois de Lyon apportérent leur or, les pauvres leur obole; et le prince de Savoie lui-même envoya une riche offrande. Au bout de trois ans, le nouveau sanctuaire, bel édifice ogival à trois nefs, dressait sa tourelle dans les airs; el au mois de septembre 1398, il était solennellement consacré par Pierre de Savoie,
archevêque de Lyon, qui le plaçait sous le vocable de saint François (1).
L’écrin réclamait son joyau, les restes de Bonaveniure; et quoique la cause de la canonisation fût toujours pendante, on fixa au 14 mars 1434 la cérémonie de la translation. C'était l'heure choisie de Dieu pour attester, à la face de toute la ville, la sainteté du vaillant défenseur de la foi. Voici, en effet, l’émouvant spectacle qui s’offrit aux regards, à l’ouverture du tombeau. Les ossements étaient ou desséchés ou réduits en poussière; seule la tête était intacte, fraiche et vermeille, majestueuse et sereine, comme au jour où, cent soixante ans auparavant, le Bienheureux s'était endormi dans la paix du Seigneur. Le Ciel avait préservé des atteintes de la corruption cette lête qui avait toujours été le siège de saintes pensées, ces lèvres qui avaient modulé tant de suaves cantiques, cette langue qui n'avait jamais servi qu’à louer et bénir le Créateur (2). C’étaient les merveilles de Padoue renouvelées sur un autre terrain, un prodige manifeste, indéniable et de bon augure; car tous les assistants comprirent que ce n’était pas sans un dessein spécial que le Très-Haut avait ainsi dérogé aux lois ordinaires de la nature. Le bruit de cette découverte se répandit vite d’un bout à l’autre de l’Europe, et y excita une noble ému-